
Au sud d'Israël, le désert du Néguev représente plus de la moitié de la surface d'Israël.
Les Bédouins ont été regroupés dans moins de 10% de cette surface : le "Siyag"
Loin des médias la colonisation se poursuit dans le désert du Néguev. Rien à voir avec l'horreur de Gaza ni les violences de Cisjordanie, c'est petit à petit qu'Israël détruit tous les villages Bédouins, expulsant les gens sans aucune indemnité afin de construire des villes juives sur les terres volées. (C'est bien comme ça que les premiers colons s'y sont pris en s'emparant de force des terres, achetées ou pas à un lointain propriétaire foncier mais des terres cultivées par des paysans palestiniens).
Etat des lieuxAvant 1948, environ 92 000 Bédouinshttps://ujfp.org/dans-le-silence-du-desert|1 vivaient paisiblement d'agriculture et d'élevage, oubliés, loin des régions fertiles de la Galilee et de la Shéphélah. Mais, avec la guerre, eux aussi ont connu la Nakba, la majorité d'entre eux s'enfuyant en Egypte, à Gaza ou en Jordanie. Seuls 11 000 d'entre eux sont restés et ont immédiatement été soumis au régime militaire (limitant les possibilités de déplacement) imposé à tous les Palestiniens.
Israël a alors commencé à les regrouper de force dans un espace plus restreint situé à l'Est de Beer Sheva. Espace que les Bédouins ont appelé par dérision Siyag (سياج, enclos en arabe), le lieu où ils enferment leurs bêtes.
Dès 1965 Israël a commencé à bâtir des cités-dortoirs (il y en aura 7 au total) afin de regrouper encore plus. Malgré les pressions exercées par l'Etat, seule la moitié des 300 000 Bédouinshttps://ujfp.org/dans-le-silence-du-desert|1 recensés aujourd'hui dans le Néguev ont accepté ce type d'habitat complètement à l'opposé de leur mode de vie.
L'autre moitié a décidé de rester dans le Néguev, le Dukiumhttps://ujfp.org/dans-le-silence-du-desert|2 compte 46 villages bédouins. De ces 46, seulement 11 villages ont été "reconnus" par l'Etat d'Israël mais, bien que peuplés d'Israélienshttps://ujfp.org/dans-le-silence-du-desert|3, ces villages ne disposent pas tous des services minimum (eau, électricité, routes, santé, écoles...) de l'Etat.
Quant aux villages non reconnus, c'est simple : ils ne figurent sur aucune carte et sont donc ignorés (ainsi diverses usines bruyantes ou polluantes se sont installées en toute légalité à proximité de certains d'entre eux). Reconnus ou pas, leurs habitants sont victimes d'une injustice flagrante puisque, soit ils existaient avant l'établissement d'Israël (Al-Araqib), soit ils ont été créés par Israël quand les tribus bédouines ont été artificiellement regroupées dans le Siyag.
Les destructions des villages bédouinsIsraël n'a pas l'intention de laisser le Néguev aux Bédouins. Plusieurs tentatives de peuplement juif ont échoué ("Opération Terre Promise" destinée aux Juifs d'URSS et d'Ethiopie dans les années 1980, puis Blueprint Néguev en 2004 destinée aux Juifs anglo-saxons) qui ont convaincu les autorités de construire d'abord des logements avant d'y inviter des populations juives. Et pour pouvoir construire, il faut d'abord détruire...

Al-Araqib a été un des premiers villages choisi, la tribu Al-Turi y est installée au XIXe siècle sur des terres achetées au pouvoir ottoman. Shimon Perez, homme de gauche, choisi la méthode douce pour en chasser les habitants : épandre du Roundup sur les champs (un homme et 300 moutons tués) ! Comme les habitants résistent à toutes les tentatives, ce sera finalement la méthode forte : en juillet 2011 une noria de bulldozers et de véhicules de police détruit totalement le village.
Le soir même, le village sera reconstruit avec des tentes installées par des Bédouins d'autres villages et des militants juifs !

Depuis, le village aura été détruit 249 fois par la police israélienne... Pied de nez aux autorités, les habitants d'al-Araquib ont célébré par un festival dédié au sumud (de l'arabe صمود, persévérance, résilience, ténacité...) la 250e reconstruction qui coïncidait avec le début de la 16e année de résistance... 600 participants venus de tout le pays ont participé aux activités de la journée, ils ont même pu planter des fleurs et des arbres.

En 1952, sur ordre militaire, la tribu Al Qian a été déplacée au nord du Siyag où elle a créé 2 villages : Attir et Umm al-Hiran. Bien que créés par l'autorité israélienne aucun des deux villages n'a jamais été reconnus.
Au début des années 2010 les autorités israéliennes ont décidé qu'Attir, un village d'environ 1000 habitants, devait être détruit pour laisser place à la forêt et au parc Yatir financés par le Fonds national juif (JNF/KKL). A ce jour, grâce à de nombreux recours juridiques, le village n'a pas été rasé.
Le village "jumeau" d'Umm al-Hiran a aussi fait appel à la loi israélienne le 14 novembre 2024 : la mosquée du village et les dernières maisons ont été rasées par la police, mettant fin à la bataille juridique. A noter que la plupart des habitants avaient démoli eux-mêmes leurs maisons pour éviter les frais d'une démolition forcée. Et, évidemment, personne n'a reçu la moindre indemnité ni ne s'est vu proposer de logement !
Il faut dire que Umm al-Hiran a été détruit pour faire place à une ville juive, Dror, et que pendant plusieurs années 30 familles de colons religieux du mouvement Or (אור תנועת, Tnoat Or) se sont installées à côté dans des préfabriqués fournis par le KKL !https://ujfp.org/dans-le-silence-du-desert|4

Les équipements du KKL/JNF, censés "faire refleurir le désert", participent à l'éviction des Bédouins du Néguev.
Et maintenant Tel Arad ?Tel Arad est un village d'environ 2 500 habitants ; son nom vient du site archéologique de Tel Arad situé à proximité (un site cananéen des 4e et 3e millénaires AEC abandonné puis redevenu forteresse pendant la révote de Bar-Khorba (135-136 EC).
L'histoire est toujours la même : les membres de la tribu Jahalin furent transférée de force par Israël en 1951 dans cet endroit éloigné situé non loin de la Mer Morte. Par la suite d'autres Bédouins déplacés par l'armée y ont été rajoutés. Et bien entendu le village n'a toujours pas été reconnus par l'État...
Le mois dernier (juin 2026) une quarantaine de maisons et leurs structures agricoles d'un premier secteur, le quartier d'Al-Nabari, y ont été démolies laissant près de 200 personnes, dont des enfants et nourrissons, sans abri (l'école du village a été transformée en centre d'hébergement pour femmes et enfants !).
Et là aussi, des habitants ont détruit eux-mêmes leur maison pour éviter les lourdes amendes ! Tous attendent avec inquiétude les ordres d'évacuation pour les autres quartiers !
Bientôt as-Sirrah ?Situé non loin de Beer Shéva, le village a été fondé en 1921 (37 ans avant la création d'Israël !) par cinq familles bédouines qui ont acheté ces terres pour s'y installer.
Malgré cela l'Etat a commencé à les harceler il y a 20 ans, parfois de façon très violente !
En juin dernier des centaines de policiers, des chevaux, des véhicules tout-terrain ont investi le village. Près de 100 maisons du village d'As-Sirah ont reçu des ordres d'évacuation avant démolition (voir ujfp.org). Certains habitants qui devaient payer des frais de démolition en sont venus à incendier leurs maisons en signe de protestation !
Et ensuite ?Dans le passé les moyens les plus divers ont été utilisés pour chasser les Bédouins. Par exemple, en 2012 à Bir Hadaj, les autorités ont utilisé des mistaharvim (מסתערבים - unités de soldats "déguisés en Arabes" opérant habituellement dans les Territoires occupés) pour créer des provocations afin de permettre à la police de "riposter" avec violence et envahir le village.

Le 25 juin 2026, environ 1 000 Bédouins ont manifesté à Beer Sheva contre cette vague de démolitions dans le cadre d'une mobilisation plus large contre la politique du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir.

Aujourd'hui chaque famille bédouine vit sous la menace de nouvelles démolitions. On ne peut que constater une intensification très nette des déstructions dans le Néguev depuis 2023-2024. Itamar Ben Gvir, ministre de la Sécurité nationale et dirigeant du parti national-religieux Force juive (Otzma Yehudit, ְיהּוִדית ָעוְצָמה) en a fait une priorité assumée). La majorité des partis ne sont d'accord que sur un point: chasser les Palestiniens. Israël sait s'adapter à chaque terrain : bombes à Gaza, colons violents en Cisjordanie et police dans le Néguev pour faire respecter une loi sélective !
- Chiffre fourni par Adalah[ ⇧][ ⇧]
- Le Forum pour la coexistence et pour l'égalité des droits dans le Néguev, aussi appelé NCF: dukium.org
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- Comme les autres Palestiniens, les Bédouins ont obtenu la nationalité israélienne à la fin de la période de régime militaire, en 1966[ ⇧]
- Bedouin Village Was Destroyed So That Israel Can Build a Jewish Village in Its Place Raad Abu al-Kiyan, Haaretz, 10 Jan 2025 - haaretz.com
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Source : UJFP
ujfp.org
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