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Déportation humanitaire : comment l'Occident collabore au nettoyage ethnique de Gaza

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Par Tareq S. Hajjaj

À travers des évacuations organisées par des ambassades, des bourses universitaires, et des corridors médicaux de l'OMS, des Palestiniens quittent Gaza en nombre restreint mais constant. Les responsables israéliens appellent cela une "migration volontaire", mais les habitants de Gaza contraints de partir savent que cela fait partie du plan d'Israël.

Par Tareq S. Hajjaj, correspondant de Mondoweiss à Gaza

 Mondoweiss, 21 septembre 2026

Traduction et notes entre crochets  Alain Marshal

Note d'Alain Marshal : De même que les médias se sont rendus complices de l'extermination à Gaza dès le 7 octobre en relayant avec zèle la propagande de l'armée d'occupation, ils persistent aujourd'hui à faciliter le parachèvement du projet terroriste sioniste en invisibilisant la perpétuation du génocide (les meurtres quotidiens, l'état de siège cruel qui étrangle la population de l'enclave, l'absence de logements et des services indispensables à une vie décente, ainsi que toutes les autres mesures moins sanglantes visant à pousser la population à l'émigration, comme les prétendues évacuations "humanitaires" évoquées dans l'article ci-dessous). Ne nous y trompons pas : il s'agit d'autant d'actes de déportation, constitutifs des mêmes crimes de guerre et crimes contre l'humanité qui ont été jugés en 1945.

De même que le tribunal de Nuremberg a pu condamner à mort des journalistes pro-nazis (cf. l'exemple de Julius Streicher), il sera nécessaire, après l'inéluctable libération de toute la Palestine, de traduire en justice non seulement les politiciens qui auront collaboré économiquement, diplomatiquement et militairement au génocide, mais également les gratte-papier qui auront prêté leur plume (et leur silence) à sa perpétration. Mediapart a largement gagné sa place sur le banc des accusés, cochant toutes les cases de l'infamie depuis la promotion zélée des mensonges les plus éhontés à la déshumanisation constante des Palestiniens, et étant allé jusqu'à censurer arbitrairement mon blog pour éviter la diffusion d'articles tels que celui-ci. Continuez à  signer la pétition dénonçant ces tartuffes sionistes !

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Des patients palestiniens accompagnés de leurs proches font la queue pour quitter Gaza par le point de passage de Rafah, afin de se faire soigner à l'étranger, le 17 juin 2026. (Photo : Tariq Mohammad/APA Images)

Le 25 novembre 2025, Wissam Yassin, 50 ans, a quitté la bande de Gaza avec ses deux filles par le point de passage de Kerem Shalom, dans le cadre d'une évacuation organisée par l'ambassade de France. Cela est survenu après plusieurs tentatives de Yassin, qui travaille pour la chaîne de télévision Alhurra, financée par les États-Unis, et de son ex-mari, qui travaille pour Radio France, pour trouver un moyen de faire sortir leurs deux filles.

Yassin et sa famille ont reçu l'instruction de se rendre dans un établissement de l'UNICEF, après quoi l'ambassade de France a pris en charge leur départ. Elles sont parties par le point de passage de Rafah, ont transité par Kerem Shalom, ont atteint la Jordanie, et ont été envoyées directement par avion en France.

"J'ai eu l'impression d'avoir été déracinée de mon endroit et emmenée ailleurs", a déclaré Yassin, qui s'est occupée seule de ses enfants tout au long d'au moins cinq déplacements. "J'aurais voulu pouvoir rester à Gaza, mais en même temps, je voulais un avenir et une vie digne pour mes enfants."

La famille de Yassin est l'une des milliers de familles contraintes de quitter Gaza depuis octobre 2023, par des évacuations organisées par des ambassades, des bourses universitaires, et des corridors médicaux de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Ce sont là les seuls canaux par lesquels le départ est actuellement possible, et ils fonctionnent lentement et de manière sélective. Les personnes qui partent le font en étant pleinement conscientes qu'elles pourraient ne pas pouvoir revenir, mais elles sont également conscientes que des responsables israéliens ont ouvertement déclaré, aux plus hauts échelons du gouvernement, que vider Gaza de sa population palestinienne est une politique explicite et un objectif ultime.

Le plan de déplacement

Les déclarations israéliennes appelant au retrait de la population de Gaza n'ont pas été dissimulées. Depuis le début de la guerre, des responsables israéliens les ont formulées à plusieurs reprises et publiquement.

La première étape majeure vers le déplacement est survenue en  octobre 2023, lorsque plus de 1,1 million de Palestiniens ont été poussés du nord de Gaza vers le  sud, un mouvement largement décrit comme un possible prélude à un retrait forcé de la population par le point de passage de Rafah. L'opposition égyptienne [pour des raisons de sécurité intérieure : l'Egypte est partie prenante à l'asphyxie de Gaza depuis des décennies] aux pressions israéliennes et américaines visant à accueillir la population déplacée a empêché cela et a maintenu la population à l'intérieur de Gaza.

Le 2 septembre 2026, le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a  déclaré qu'il n'y avait "aucune solution réelle pour Gaza" sans une telle migration forcée, et qu'"Israël faciliterait la migration des Palestiniens hors de Gaza vers d'autres lieux, par la mer, par les airs, et par tous les moyens possibles".

Le lendemain, le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir a dévoilé un  plan d'action national pour ce qu'il a appelé la "migration volontaire" des Palestiniens de Gaza, visant 1,8 million d'habitants sur sept ans, avec environ 250 000 personnes devant être transférées dès la première année.

Le 16 septembre, Katz a déclaré que ce n'était qu'une question de temps avant qu'Israël ne reprenne la guerre contre Gaza, encourageant sa population à évacuer la Bande.

En mars 2025, les médias israéliens ont rapporté la création de l'Administration de l'émigration volontaire, au sein de son ministère de la Défense, chargée d'élaborer des destinations vers lesquelles envoyer la population de Gaza, en collaboration avec ses alliés.

C'est dans ce contexte que les Palestiniens qui hésitent à partir doivent prendre leur décision.

"Ils veulent tuer l'idée même de la résilience"

L'écrivain et universitaire palestinien Yousri Al-Ghoul, 46 ans, a passé toute la durée de la guerre dans le nord de Gaza, une région qui a été délibérément coupée du reste de la Bande, soumise à un siège prolongé et à la famine, et qui a subi certains des bombardements les plus implacables de tout le génocide, avec des quartiers entiers rasés et sa population réduite à une fraction de ce qu'elle était avant octobre 2023. Tout au long de cette période, ce père de six enfants était actif  sur les réseaux sociaux, appelant les gens à rester résolus et à demeurer dans la Bande.

Le 15 décembre 2025, lui et sa famille ont été évacués vers la Suisse dans le cadre d'une bourse universitaire avec une université de Lausanne. Alors qu'il se trouvait dans le nord de Gaza, Al-Ghoul avait vécu dans la crainte d'être assassiné, les forces israéliennes ayant systématiquement pris pour cible des écrivains, des intellectuels, et des personnalités en vue de Gaza tout au long de la guerre.

Après avoir épuisé les voies de survie à Gaza, Al-Ghoul a contacté des amis dans des pays européens et leur a demandé de l'aide pour évacuer sa famille de six personnes, afin d'assurer leur sécurité.

Selon Al-Ghoul, il existe actuellement trois canaux principaux par lesquels les gens peuvent quitter Gaza : le regroupement familial, pour les Palestiniens disposant de la citoyenneté ou d'un titre de séjour européen, qui peuvent déposer une demande pour faire venir des membres de leur famille bloqués dans la Bande ; les évacuations médicales de l'OMS, pour les patients et leurs familles ; et les bourses universitaires, pour les étudiants ou les universitaires.

Au-delà de ces options, dit Al-Ghoul, il n'existe aucun autre moyen de quitter Gaza.

Al-Ghoul est franc sur ce que signifie son propre départ, en tant qu'influenceur bénéficiant d'un lectorat important, dans le contexte des objectifs plus larges d'Israël. "Israël avait également intérêt à retirer les personnes qu'il considérait comme recherchées ; son objectif ne se limitait pas à tuer des gens, mais faisait partie d'un objectif stratégique plus profond, celui de vider Gaza de sa population palestinienne."

Il présente son propre cas avec une clarté particulière. "Quand Yousri Al-Ghoul quitte Gaza, l'homme qui avait appelé à la résilience depuis le début de la guerre et exhorté la population du nord de Gaza à rester dans le nord et à ne pas partir, l'objectif atteint par l'occupation grâce à son départ est plus grand que celui de le tuer", a-t-il expliqué. "En m'obligeant à partir, ils veulent tuer l'idée même de la résilience."

En annonçant l'Administration de l'émigration volontaire, Katz aurait  déclaré que la direction opérerait en coordination avec des organisations internationales et d'autres organes de gouvernance, conformément aux instructions du gouvernement, et coordonnerait les activités des ministères concernés.

Al-Ghoul ne suppose pas que les organisations et institutions européennes évacuant des Palestiniens agissent nécessairement pour aider Israël à mettre en œuvre ses plans de déplacement. "Elles sont motivées par des préoccupations humanitaires et croient qu'elles aident les Palestiniens en les retirant de Gaza, plutôt que de les laisser affronter seuls la mort et les tueries", a-t-il noté.

Cela ne change toutefois pas la réalité selon laquelle le processus se déroule conformément au plan d'Israël : créer les conditions qui rendent impossible pour les gens de subsister, et ils chercheront "volontairement" à échapper à l'intolérable.

"Migration douce"

Ahmad Mahmoud - un pseudonyme utilisé pour protéger son identité - a quitté Gaza en mai 2026 par l'intermédiaire de l'Organisation mondiale de la santé. L'un de ses enfants avait besoin d'un traitement à l'étranger. Il a déposé une demande auprès de l'OMS, et après des mois de démarches, on lui a dit que toute la famille pourrait être évacuée vers un pays européen.

L'OMS lui a demandé de se rendre dans un camp géré par l'organisation à Mawasi, Khan Younès, où la famille a passé la nuit. Le lendemain matin, ils ont embarqué dans un bus vers le point de passage de Kerem Shalom, puis vers la Jordanie, et de là vers l'Espagne.

Mahmoud affirme que si une organisation était capable d'aider Israël à vider la Bande, ce serait l'OMS, car elle détient les données et les registres les plus complets sur la population et les familles de Gaza.

Tout en soulignant qu'il n'accuse pas l'OMS de complicité, il décrit ce qui s'est passé après le départ de sa famille comme la preuve de quelque chose de plus qu'une simple évacuation médicale.

"Dès que nous avons atteint la Jordanie, le rôle de l'OMS a complètement pris fin", a déclaré Mahmoud. "Nous avons été pris en charge par des délégations du ministère espagnol des Affaires étrangères, qui ont commencé à nous parler d'asile et de la fourniture d'un logement et d'un lieu sûr en Espagne."

Il a décrit cette dynamique comme une forme de "migration douce", par laquelle des familles quittant Gaza par des canaux humanitaires avec l'intention d'y retourner une fois que cette option deviendrait disponible sont immédiatement orientées vers des demandes d'asile et une installation permanente à l'étranger.

"Ici, personne ne me connaît"

Pour Wissam Yassin, la distance physique par rapport à Gaza n'a pas résolu le conflit intérieur que son départ a créé.

"Bien que partir ait été une occasion de survivre", a-t-elle dit, "je ne voulais pas quitter Gaza. Je n'ai jamais voulu quitter la Bande de cette manière. J'ai toujours aimé voyager puis revenir, mais je n'avais jamais imaginé que je partirais d'une façon qui signifiait que je ne pourrais pas revenir."

"Ce fut un choc de me retrouver dans une tente, une femme seule sans famille, sans personne pour me soutenir ou m'aider à traverser la vie difficile du déplacement, puis, du jour au lendemain, de me retrouver à Paris. Ce fut un choc à tous points de vue."

Bien que des amis et des collègues à Gaza l'enviaient d'avoir pu quitter Gaza, elle dit avoir eu l'impression d'être "une plante qu'on avait déracinée et jetée". Bien qu'elle se trouve dans un lieu sûr, avec la possibilité, depuis longtemps perdue, de planifier sa vie et de jouir d'une certaine normalité, elle se sent toujours étrangère.

"Ici, personne ne me connaît", a déclaré Yassin. "Personne ne sait qui je suis ni ce que je suis. J'ai laissé toute mon histoire à Gaza, parmi ma famille et mes proches qui savent qui je suis, ce que j'ai fait dans ma vie. Ici, en France, je suis complètement étrangère."

Yassin dit qu'il lui arrive parfois de penser que les pays européens qui œuvrent à évacuer les Palestiniens de Gaza aident peut-être Israël à mettre en œuvre ses plans de déplacement. "Mais en même temps, les gens à Gaza méritent une véritable chance de vivre", a-t-elle dit. "Je suis reconnaissante envers la France de m'avoir accueillie et de m'avoir offert suffisamment de sécurité et de stabilité - un foyer, un environnement sûr, et une école pour ses enfants."


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Source : le blog d'Alain Marshal
 alainmarshal.org

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