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⚔️ 23/10/2026 reseauinternational.net  6min ⁑️ 10 #330894

Une première sur le front ukrainien : un soldat blessé évacué de la ligne de front par un drone

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par Paolo Hamidouche

Un drone soulève un blessé du sol et l'éloigne de la ligne de contact avec l'ennemi ; cette image est tirée d'une vidéo diffusée par la 92e Brigade d'assaut séparée de l'armée ukrainienne.

Un drone soulève un blessé du sol et l'éloigne de la ligne de contact avec l'ennemi. Cette image est extraite d'une vidéo diffusée le 19 octobre dernier par la 92e Brigade d'assaut séparée de l'armée ukrainienne. Il s'agit de ce qui a été présenté comme la première évacuation documentée d'un soldat blessé sur le front au moyen d'un drone (UAV, ou  Unmanned Aerial Vehicle). Après des années d'études et de programmes visant à développer des plateformes pilotées à distance pour des missions d'évacuation ou d'exfiltration de personnel, il s'agit de la toute première opération de ce genre. Car, une fois de plus, c'est la guerre en Ukraine qui permet de passer de la théorie à la pratique.

L'opération - qualifiée d'historique par les responsables des forces armées de Kiev - ouvre de nouvelles perspectives pour la récupération des blessés dans des zones du front inaccessibles aux moyens traditionnels, tels que les hélicoptères ou les véhicules blindés de transport de troupes. Elle repose sur l'utilisation de drones à six rotors, modifiés pour transporter un être humain au lieu de leur cargaison habituelle de munitions et de ravitaillement. Une telle opération suppose, dans tous les cas, que le soldat blessé soit en mesure de s'attacher lui-même, ou que des camarades soient présents pour le faire à sa place, garantissant ainsi au pilote du drone que la "charge" est bien fixée au harnais. Dans la vidéo diffusée par les forces terrestres ukrainiennes, on peut voir un soldat blessé s'attacher à l'aide de sangles, avant d'être soulevé dans les airs par l'hexacoptère, qui le transporte ensuite vers un point d'évacuation prédéfini. Cette mission inhabituelle a été menée à une date et dans un secteur inconnus, là où opère la 92e Brigade d'assaut séparée de l'armée ukrainienne. Cette unité porte le nom du @Koshovyi Otaman Ivan Sirko, commandant d'un groupe de Cosaques qui remportèrent 60 victoires majeures contre l'Empire ottoman, donnant naissance à d'innombrables mythes et légendes associés à son nom. Depuis l'invasion russe, cette brigade a pris part à la défense et à la contre-offensive de Kharkiv, tout en freinant l'avancée russe en direction de Bakhmout. Le drone utilisé pourrait appartenir au 429e Régiment séparé - qui opère avec les systèmes pilotés à distance "Achilles" - et être déployé sur les axes de Pokrovsk et Dobropillia, dans la région de Donetsk.

Le recours à une solution aussi singulière a été dicté par les conditions opérationnelles particulières de la zone où se trouvait le soldat blessé : l'intense activité des drones ennemis et la présence de terrains minés rendaient toute évacuation par voie terrestre impossible, y compris au moyen de véhicules robotisés chenillés, que les forces armées de Kiev utilisent régulièrement pour récupérer les blessés dans les positions les plus exposées aux tirs adverses. L'emploi d'un hexacoptère modifié, doté d'une capacité de charge élevée, a permis de franchir les obstacles au sol, évitant ainsi d'exposer d'autres militaires aux risques inhérents à une mission de récupération dans une zone sous surveillance constante des systèmes sans pilote ennemis. Le soldat a été transporté vers un lieu sûr, puis confié aux soins du personnel médical. Selon les informations communiquées par l'armée ukrainienne, il est actuellement hospitalisé et ses jours ne seraient plus en danger.

L'évolution des évacuations sur le champ de bataille

Cet épisode constitue un nouvel exemple de la manière dont la guerre en Ukraine accélère le développement de nouvelles applications militaires pour les systèmes sans pilote, imposant des solutions qui, il y a encore quelques années, en étaient au stade expérimental. La prolifération des drones de reconnaissance et d'attaque a rendu les opérations traditionnelles d'évacuation sanitaire particulièrement périlleuses, surtout à proximité de la ligne de front, où les hélicoptères, ambulances, véhicules blindés et équipes de secours peuvent être facilement repérés et pris pour cible, avec des conséquences désastreuses. Pour faire face à de telles difficultés et atteindre des positions avancées - des zones de première ligne jonchées d'obstacles et de champs de mines -, les forces armées ukrainiennes ont progressivement mis en service des véhicules terrestres sans pilote (UGV, pour  Unmanned Ground Vehicles). Initialement destinés au transport de munitions, de vivres et de matériel, ces engins - qu'ils soient à chenilles ou à roues - ont été adaptés pour permettre l'évacuation des blessés, atteignant des zones extrêmement dangereuses sans exposer les équipages des véhicules de secours.

Une opération similaire, bien que très différente par son contexte et les moyens employés, a eu lieu au large des côtes d'Oman : l'équipage d'un hélicoptère d'attaque AH-64 Apache de l'armée américaine a été secouru et exfiltré par un drone naval. Ce dernier a rejoint les deux militaires et les a transportés vers une zone sécurisée, où un hélicoptère de sauvetage a pris le relais.

La possibilité de réaliser une évacuation aérienne sans recourir à un hélicoptère piloté pourrait ouvrir de nouvelles perspectives, notamment lorsque les conditions du terrain rendent tout déplacement impossible via les voies d'accès habituelles. Il subsiste toutefois plusieurs limites techniques et opérationnelles. Le transport d'une personne exige une capacité de levage considérable, des systèmes d'arrimage fiables et un pilotage extrêmement précis de l'aéronef. À ces facteurs s'ajoutent l'autonomie de vol, les conditions météorologiques ainsi que la vulnérabilité des drones lourds face aux interférences électroniques et aux tirs ennemis. Par ailleurs, cette solution ne saurait être considérée comme universellement applicable, notamment dans le cas de blessés incapables de s'attacher eux-mêmes au dispositif de transport - lequel, dans ce scénario, serait vraisemblablement un modèle AYUDAG-6 ou un dérivé de celui-ci.

L'opération menée par la 92e brigade ukrainienne constitue un cas particulièrement significatif car, contrairement aux essais réalisés avec des mannequins, elle a permis l'évacuation réelle d'un militaire blessé en zone de combat. Reste à déterminer si cette solution peut être transformée en une procédure opérationnelle reproductible et suffisamment sûre. Mais le principe démontré sur le terrain est d'ores et déjà probant : un drone conçu pour transporter des charges lourdes peut être adapté pour sauver la vie d'un soldat, lorsque personne d'autre ne peut l'atteindre sans s'exposer au même danger.

source :  Paolo Hamidouche

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