🧱 23/10/2026 reseauinternational.net  7min ⁑️ 16 #330896

Le Moyen-Orient va-t-il s'embraser d'ici aux élections en Israël et aux États-Unis ?

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par Daniel Godet

Lors des prochaines élections fin octobre, Netanyahou risque de perdre la majorité à la Knesset, et les poursuites pour corruption contre lui devraient dans ce cas reprendre leur plein cours. Aux États-Unis, les élections au Congrès de mi-mandat pourraient bien se traduire pour Trump par la perte de la majorité républicaine à la Chambre des représentants, voire aussi au Sénat.

Dans ce contexte particulier, peut-on attendre une "surprise d'octobre", une initiative d'un leader politique essayant d'influencer les électeurs encore indécis pour inverser la tendance défavorable ?

Dans ce domaine, le leader israélien actuel pourrait en effet envisager d'attaquer l'Iran au nom de la sécurité d'Israël, et d'y attirer les États-Unis ; le scénario serait, parait-il, une frappe intense de trois jours se voulant décisive. Cela ressemble à l'attaque de fin février, qui devait durer quelques jours, aboutir à la débandade du 'régime' de Téhéran, et qui a échoué. Pas facile d'identifier comment le même scénario aboutirait à un résultat différent, d'autant que les attaquants potentiels disposent de moins de munitions largables à distance... Par contre, il est probable qu'Israël recevrait une riposte iranienne plus forte encore qu'au printemps, et risquerait une destruction de ses infrastructures critiques (énergie, usines de dessalement, bases militaires). Et il est aussi probable qu'au Liban le Hezbollah pourrait reprendre ses activités de bombardements d'Israël. Avec Netanyahou, menacé de lourdes peines de prison, ce type de scénario ne peut être exclu, d'autant que les États-Unis ne semblent pas capables de modérer les ardeurs belliqueuses d'Israël. Et les frappes de rétorsion sur Israël pourraient aboutir à l'utilisation par Israël de son 'option Samson', son armement nucléaire.

Côté USA, Trump a évoqué l'idée de reprendre les frappes sur l'Iran, évoquant la possibilité d'une destruction du pays, rien de moins, mais après les élections mid-term. Cela ne signifie pas qu'il ne prend pas l'initiative avant ces élections, soit dans la roue d'une initiative israélienne, soit volontairement, de façon peu rationnelle puisque l'opinion étatsunienne est largement contre le conflit en Iran, mais suivant la logique floue que l'on constate souvent chez Trump. L'hypothèse de l'utilisation de la bombe MOAB contre la base nucléaire iranienne de Pickaxe Mountain semble fantaisiste, car cette bombe n'a aucun pouvoir pénétrant, et est si lourde, 11 tonnes, que seuls seraient capables de la transporter et de la larguer au-dessus de l'objectif le quadrimoteur C130 et le quadriréacteur de transport C17, des cibles aisées à déceler et abattre en vol.

Dans un tel cadre, si les États-Unis attaquent l'Iran, leurs bases du Golfe, de Jordanie et en Israël seront frappées autant qu'au printemps, voire plus car, selon la CIA, l'Iran aurait augmenté son potentiel de missiles ; de même, leurs porte-avions, s'ils se risquent à approcher de l'Iran, seront la cible des nouveaux missiles antinavires dont semble maintenant disposer l'Iran. Si les attaques s'en prennent aux infrastructures de production d'hydrocarbures ou d'eau de l'Iran, celles du Golfe seraient attaquées immédiatement, aggravant encore la crise énergétique mondiale actuelle, et transformant le Golfe en zone inhabitable car privée de son eau potable.

L'Iran semble considérer probable une attaque US ou israélienne. D'ailleurs, les effectifs d'avions étatsuniens ravitailleurs en vol se sont récemment étoffés dans la région, et le porte-avions Bush est revenu en mer d'Arabie après une escale en Thaïlande ; le Roosevelt se dirige vers la région, mais il serait sensé remplacer l'Eisenhower dans la région plutôt que renforcer à 3 la flottille de porte-avions. L'Iran pourrait d'ailleurs avoir décidé de lancer une attaque préemptive si une attaque israélienne ou étatsunienne lui semblait imminente, ce qui passerait par exemple par des tirs de missiles sur des rassemblements d'avions ravitailleurs en vol massés sur les quelques bases pouvant les abriter (Jordanie, Israël...) ou sur les navires de l'US Navy.

Les États-Unis ont une autre occasion de s'engager dans un conflit, celui qui oppose les Yéménites d'Ansar Allah (ceux que l'on désigne en Occident par le sobriquet de 'houthis') à l'Arabie saoudite : l'Arabie a réveillé ce conflit, mis en sommeil en 2022, en attaquant l'aéroport de la capitale Sanaa au moment où arrivait l'avion ramenant la délégation yéménite des funérailles de Khamenei. Du coup, Ansar Allah a lancé une offensive des plus générales sur terre et dans les airs. Et cette offensive est très réussie : d'une part, sur le terrain yéménite, Ansar Allah a conquis la région côtière du détroit de Bab-el-Mandeb et la ville de Moka, et encercle la ville de Taiz, 3e ville du pays ; d'autre part, les missiles d'Ansar Allah, qui ont gagné en précision depuis 2025, lancés en rétorsion des frappes aériennes saoudites sur son territoire, frappent sans opposition réelle les installations pétrolières (le pipeline est-ouest permettant à l'Arabie saoudite d'expédier 6 millions de barils par jour est ainsi coupé) et les aéroports saoudiens.

Le succès d'Ansar Allah est tel que le régime saoudien semble menacé par l'incapacité de ses moyens militaires (budget de 85 milliards de dollars en 2026, soit 6,3% du PIB, mais réparti entre plusieurs forces militaires parallèles du reste largement formées de mercenaires) à éviter une défaite au Yémen et une catastrophe économique (baisse de 3,5% du PIB en 2026). Les autres signataires du récent accord de défense de la Mecque, le Pakistan et la Turquie, semblent peu pressés d'intervenir dans cette crise contre Ansar Allah. Seuls volontaires, Israël dont l'aide semble refusée par MBS, ce qui ne serait pas le cas de la Syrie, aujourd'hui dirigée par un 'ex'-dirigeant islamiste salafiste.

Le grand mufti d'Arabie saoudite, sunnite de tendance salafiste/wahhabite, a été appelé à la rescousse du régime et a appelé à la guerre sainte pour éliminer les infidèles que seraient les chiites zaïdites d'Ansar Allah. Dans la tournure religieuse que pourrait prendre le conflit, l'accord de la France pour déployer quelques troupes pour protéger les installations pétrolières saoudiennes de Yanbu apparait comme une prise de risque à un analyste chevronné de la région comme Thierry Meyssan.

Une implication US pour venir au secours de l'Arabie et de son leader 'MbS' est souhaitée par beaucoup de parties prenantes, mais pour quoi faire ? Les États-Unis ont déjà été incapables d'empêcher Ansar Allah de fermer le détroit de Bab-el-Mandeb en 2025, et ils n'ont toujours pas de munitions disponibles pour leurs systèmes anti-missiles PATRIOT, du reste peu efficaces, pour protéger le ciel saoudien, ni la moindre intention, ni capacité à court terme, de s'impliquer au sol... D'ores et déjà ce conflit spécifique semble susceptible de déstabiliser le 'régime' saoudien et de remettre en cause le rôle de MBS comme leader de fait du pays. Il doit en effet sa place à une action musclée pour contrôler (et détrousser) les autres leaders des branches familiales au pouvoir, et au fond la plupart de ses initiatives ne sont guère couronnées de succès !

Une remise en cause du leadership de MBS, voire de la famille royale actuelle, pourrait avoir un impact dans toute la région, en commençant par Bahreïn, dont 90% de la population est chiite, et où la famille régnante, sunnite, est contestée en raison de sa contribution aux opérations contre l'Iran des USA ; par ailleurs, au Koweït, indépendant depuis 1961, mais une création assez artificielle des Britanniques, dont 70% des habitants sont étrangers, le régime rencontre des difficultés : l'émir y a suspendu le parlement en 2024, avant même l'impact majeur du conflit de 2026 sur le pays.

Le pire n'est pas toujours sûr : il est possible que rien de majeur ne se passe dans la région d'ici aux élections en Israël et aux États-Unis ; il n'en reste pas moins que la région demeurera prête à s'embraser !

source :  France-Soir

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