
par Nournews
Mohammad Baqer Ghalibaf, président du Parlement iranien, a déclaré hier soir que le cycle "guerre, négociations et paix" devait être transformé en une équation "guerre, négociations et dissuasion". L'importance de cette formulation réside dans le fait qu'elle présente la dissuasion durable non pas simplement comme une issue possible de la guerre ou des négociations, mais comme un objectif auquel ces deux instruments doivent contribuer. Ses propos peuvent être considérés comme l'expression plus explicite d'un changement dans la vision stratégique de l'Iran : il ne s'agit plus de se concentrer sur la fin d'un conflit, mais de chercher à empêcher qu'il ne se reproduise.
Dans les relations entre l'Iran et les États-Unis, la question centrale depuis des années est de savoir comment parvenir à un accord qui mette fin au conflit et ouvre la voie à la paix. Cependant, l'expérience des récentes confrontations a mis en avant une question plus épineuse : si un accord ne peut empêcher la guerre d'éclater à nouveau, quelle valeur stratégique revêt la fin d'une guerre en soi ?
Mohammad Baqer Ghalibaf, président du Parlement iranien, a apporté une réponse différente à cette question dans son discours d'hier soir, en affirmant que le cycle "guerre, négociations et paix" devait être transformé en une équation "guerre, négociations et dissuasion". L'importance de cette formulation réside dans le fait qu'elle présente la dissuasion durable non seulement comme un résultat possible de la guerre ou des négociations, mais aussi comme un objectif auquel ces deux instruments doivent servir. Ses propos peuvent être considérés comme l'expression plus explicite d'un changement dans la vision stratégique de l'Iran : passer de la priorité accordée à la fin d'un conflit à la volonté d'empêcher sa récurrence.
Pourquoi la paix ne suffit-elle plus à elle seule ?
Selon la logique conventionnelle des relations internationales, les guerres prennent fin pour instaurer la paix, et les négociations constituent un moyen de transformer la cessation des hostilités en un accord politique. Cependant, ce modèle ne fonctionne que lorsqu'un accord permet de réguler le comportement des parties et de réduire le risque d'un retour à la guerre. Si l'une des parties viole ses engagements ou considère l'accord comme une simple pause pour se réorganiser, la simple signature d'un document ne garantira pas une sécurité durable.
Ghalibaf fonde précisément son argumentation sur cette prémisse. Il juge insuffisante l'hypothèse selon laquelle les négociations et un accord avec les États-Unis suffiraient, en eux-mêmes, à empêcher une nouvelle attaque. Dans le même temps, il rejette l'idée selon laquelle le simple fait de combattre et d'augmenter les coûts pour l'adversaire suffirait nécessairement à le dissuader de poursuivre ses objectifs. De son point de vue, la solution ne réside pas dans le choix entre ces deux voies, mais dans leur combinaison pour établir une dissuasion.
Il s'agit là d'une distinction importante. Selon cette formulation, les négociations ne constituent plus simplement un effort visant à parvenir à un accord qualifié de "paix", pas plus que la guerre ne doit devenir une guerre d'usure sans fin. Les deux doivent contribuer à modifier les calculs de l'adversaire, de sorte que les coûts d'une agression contre l'Iran l'emportent sur ses avantages potentiels.
Cependant, la méfiance envers les États-Unis et les doutes quant à leur engagement envers les accords ne signifient pas nécessairement que la diplomatie soit inefficace. Au contraire, si un accord doit s'inscrire dans une stratégie de dissuasion, il doit être conçu avec des engagements, des garanties d'application et des sanctions en cas de violation suffisamment sévères pour assurer que la sécurité du pays ne dépende pas uniquement de la volonté et des promesses de la partie adverse. La question centrale n'est pas de savoir s'il faut négocier, mais ce que les négociations apportent à la sécurité à long terme de l'Iran.
Du champ de bataille à la puissance nationale : construire une dissuasion durable
Un autre aspect clé des propos de Ghalibaf réside dans l'accent qu'il met sur la transformation de la victoire militaire en gains politiques. Il interprète le Mémorandum d'Islamabad dans ce cadre, en faisant valoir qu'il a non seulement consolidé les acquis sur le champ de bataille, mais qu'il a également créé une opportunité de renforcer la puissance nationale de l'Iran. Quelle que soit la mesure dans laquelle ces objectifs ont été atteints, le principe sous-jacent revêt une importance stratégique : les gains militaires deviennent durables lorsqu'ils peuvent se traduire par des résultats politiques.
Si la supériorité sur le champ de bataille ne débouche pas sur des accords permettant de réduire les menaces, de consolider la position du pays et de renforcer ses capacités de Défense et économiques, une partie de son impact risque de s'estomper avec le temps. À l'inverse, des négociations qui préservent des gains tangibles et créent des opportunités de renforcer la puissance nationale peuvent compléter les efforts militaires.
Cette logique repose toutefois sur une condition essentielle : toute victoire militaire ne se traduit pas nécessairement par des gains politiques durables, et tout accord ne revient pas à consolider une victoire. Les résultats doivent être évalués à l'aune de critères tels que l'ampleur de la réduction des menaces, la possibilité de mettre en œuvre les engagements pris et l'impact d'un accord sur les capacités de Défense et économiques du pays.
Un autre aspect notable des propos de Ghalibaf réside dans sa conception plus large de la puissance, qui dépasse ses dimensions militaires. Outre les capacités offensives, la défense aérienne, les drones, l'Axe de la Résistance et la position de l'Iran dans le détroit d'Ormuz, il cite la cohésion nationale, la résilience sociale et économique, ainsi qu'une vision claire de l'avenir.
Cette insistance met en évidence le lien entre la dissuasion et le développement de l'Iran. Une puissance militaire dépourvue de fondements économiques durables se heurte à des limites ; la cohésion nationale est compromise sans la confiance du public ; et la résilience sociale ne peut se construire simplement en demandant à la population d'endurer des épreuves. La qualité de la gouvernance, la stabilité économique, l'espoir en l'avenir et le sentiment des citoyens de participer à la construction du destin de leur pays contribuent tous à la capacité nationale à faire face aux menaces.
Dans cette perspective, une dissuasion durable ne peut se définir uniquement en termes de renforcement des capacités militaires. Elle ne repose sur des bases solides que lorsque la puissance militaire s'accompagne d'une économie résiliente, d'une société cohésive et d'institutions efficaces. Pour que la sécurité soit durable, elle doit également créer les conditions propices au développement.
Néanmoins, contrairement à un document signé, la dissuasion n'est pas une condition figée qui peut être atteinte une fois pour toutes puis maintenue indéfiniment. Elle dépend de l'évaluation permanente, par la partie adverse, des capacités d'un pays, de sa détermination et des coûts d'une action militaire. Par conséquent, même un renforcement des capacités de défense ne peut à lui seul garantir la disparition de toutes les menaces.
De plus, une dissuasion durable se distingue d'une guerre sans fin. Si un pays reste constamment révélé aux conflits, à l'épuisement économique et à l'incertitude sociale, une stratégie destinée à assurer la sécurité peut, en fin de compte, aller à l'encontre de son propre objectif. Le succès de cette approche doit être mesuré non seulement à l'aune de la capacité à riposter à une attaque, mais aussi à sa capacité à réduire la probabilité d'une guerre, à préserver les capacités du pays et à ouvrir la voie au développement.
Les nouvelles responsabilités de la diplomatie
Dans ce contexte, la diplomatie a un rôle qui va au-delà du simple fait de gagner du temps. Les opportunités créées par les négociations doivent conduire à un véritable renforcement de la puissance du pays, et les accords doivent être structurés de manière à permettre la vérification des engagements et le traitement des violations potentielles. Sans ce lien, le cycle de la guerre et des négociations risque simplement de se répéter sans rapprocher le pays d'une situation plus stable.
Les remarques de Ghalibaf méritent d'être soulignées car elles font évoluer le débat au-delà du choix binaire entre guerre et négociations vers une question plus fondamentale : comment créer les conditions qui dissuadent l'autre partie de revenir à la guerre ? Sa réponse consiste à relier la puissance militaire, la diplomatie et le renforcement continu des composantes de la puissance du pays au sein d'une stratégie de dissuasion durable.
Dans ce cadre, la paix ne signifie plus simplement la cessation des hostilités ou la signature d'un accord. Il s'agit d'une condition qui doit reposer sur des bases solides et résister aux changements dans les calculs de la partie adverse. Cependant, la dissuasion ne doit pas devenir un objectif détaché de la paix et du développement. Sa valeur ultime réside dans la réduction du risque de guerre et dans la possibilité pour le pays de se concentrer sur son avenir.
Selon cette formulation, le défi de l'Iran ne consiste pas simplement à mettre fin à la guerre actuelle, mais à empêcher un retour à la case départ. La mesure dans laquelle ce changement de rhétorique se traduira par une évolution concrète des politiques de sécurité et de politique étrangère du pays dépendra de la manière dont il sera mis en œuvre. Le test ultime est clair : le fait de lier la guerre, les négociations et la puissance nationale peut-il garantir une sécurité plus durable et créer davantage de ressources et d'opportunités pour le développement de l'Iran ?
source : Nournews via China Beyond the Wall