🪬 23/10/2026 linvestigateurafricain.tg  5min ⁑️ 6 #330930

Cameroun : les droits humains sous pression après l'interpellation de l'Onu

1200px/800px - 156.89 Koreduce by 50%del

Komla YAWO

Le Cameroun a été auditionné jeudi 22 octobre à Genève par le Comité des droits de l'homme des Nations unies sur l'application du  Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Corruption, violences dans les régions anglophones et l'Extrême-Nord, détentions arbitraires, justice militaire et droits des personnes homosexuelles; les préoccupations soulevées mettent en lumière les défis persistants du pays en matière de libertés fondamentales.

Le Cameroun de nouveau face aux questions des Nations unies sur le respect des droits humains. Lors de son audition du jeudi 22 octobre à  Genève, devant le Comité des droits de l'homme, les représentants du pays ont été interrogés sur plusieurs sujets sensibles, révélateurs des difficultés auxquelles les institutions camerounaises restent confrontées.

Conduite par l'ambassadeur et représentant permanent du Cameroun auprès des Nations unies, la délégation a mis en avant l'existence d'un cadre juridique destiné à protéger les libertés fondamentales. Elle a toutefois reconnu des décalages possibles entre les textes et leur application. Une concession qui résume l'un des principaux enjeux de cet examen; au-delà des lois, leur mise en œuvre effective et les recours dont disposent les citoyens.

Cette audition s'inscrit dans le mécanisme de suivi du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui engage les États parties à respecter notamment le droit à la vie, la liberté individuelle, le droit à un procès équitable et la liberté d'expression.

Corruption, conflits et détentions; les limites de la protection juridique

Parmi les préoccupations soulevées figure l'efficacité de la lutte contre la corruption. Le problème ne se limite pas à l'existence de textes répressifs. Il concerne également l'indépendance des mécanismes de contrôle, la transparence des procédures et la capacité des institutions à sanctionner les responsables, quel que soit leur statut.

Les violences dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest constituent un autre dossier majeur. Depuis le début de la crise en 2016, les affrontements entre les forces gouvernementales et les groupes séparatistes armés ont provoqué de graves conséquences pour les populations civiles. Dans l'Extrême-Nord, les attaques liées à l'insurrection jihadiste continuent également de poser des défis sécuritaires et humanitaires.

Dans ces contextes, la protection des civils, la prévention des abus et l'établissement des responsabilités restent essentiels. La lutte contre les groupes armés ne dispense pas les autorités de respecter les obligations internationales du pays en matière de droits humains.

Les détentions arbitraires et les procès de civils devant les juridictions militaires ont également retenu l'attention du comité. Ces questions touchent directement aux garanties d'un procès équitable, à l'indépendance de la justice et au droit de toute personne privée de liberté de contester la légalité de sa détention.

L'idée est de s'assurer que les impératifs de sécurité ne deviennent pas un motif permettant de restreindre durablement les libertés ou de limiter les garanties judiciaires.

L'affaire Martinez Zogo et les droits des personnes homosexuelles

L'affaire Martinez Zogo figure aussi parmi les sujets évoqués lors de l'examen. Le journaliste, connu pour ses enquêtes sur des affaires sensibles, a été retrouvé mort en janvier 2023 après son enlèvement. Cette affaire est devenue un symbole des interrogations sur la sécurité des journalistes, la lutte contre l'impunité et la capacité de la justice à établir toutes les responsabilités.

Pour les autorités camerounaises, la gestion de ce dossier représente un enjeu de crédibilité institutionnelle. La progression de la procédure judiciaire, la transparence des investigations et le respect des droits des parties sont déterminants pour répondre aux attentes de justice.

La situation des personnes homosexuelles constitue un autre point sensible. Les relations homosexuelles sont criminalisées au Cameroun, exposant les personnes concernées à des poursuites et à des risques de discrimination ou de violences. Cette situation soulève des questions au regard des principes d'égalité, de vie privée et de protection contre les traitements discriminatoires.

Le débat porte ainsi sur la capacité de l'État à garantir les droits fondamentaux de toutes les personnes, indépendamment de leur orientation sexuelle, conformément à ses engagements internationaux.

Des engagements internationaux à traduire dans les faits

L'audition de Genève rappelle que l'existence d'un arsenal juridique ne suffit pas à garantir le respect des droits humains. L'efficacité des institutions, l'indépendance de la justice, la protection des victimes et l'accès à des recours effectifs déterminent aussi la portée réelle des engagements d'un pays.

Pour le Cameroun, le défi consiste désormais à apporter des réponses concrètes aux préoccupations soulevées et à démontrer que les garanties inscrites dans les textes se traduisent dans la vie quotidienne.

L'examen du Comité des droits de l'homme ne constitue pas un jugement pénal contre l'État camerounais. Il s'agit d'un mécanisme international de contrôle destiné à évaluer le respect des obligations conventionnelles et à formuler des recommandations.

La portée de cette démarche dépendra donc du suivi donné aux observations du comité. Dans un contexte marqué par les conflits, les tensions politiques et les préoccupations liées aux libertés publiques, la crédibilité du Cameroun sur la scène internationale se jouera aussi dans sa capacité à transformer ses engagements juridiques en protections concrètes pour sa population.

 linvestigateurafricain.tg