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Israël limite les livraisons de gaz à Gaza ; nous devons brûler du plastique toxique pour cuisiner

Ces émanations nauséabondes imprègnent nos aliments de leur odeur. L'inhalation quotidienne de ces fumées toxiques issues de la combustion des plastiques nous tue à petit feu.

Source :  Truthout, Nour Abo Aisha
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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Mohammed al-Tarabish, père de cinq enfants, déplacé de son domicile à Beit Hanoun, au nord de la bande de Gaza, et vivant actuellement dans une tente à Bureij, au centre de la bande de Gaza, allume, le 24 août 2026, des matériaux inflammables récupérés dans une décharge pour les utiliser comme combustible de cuisson en raison d'une pénurie de gaz ménager. Eyad BABA / AFP via Getty Images

Avant le cessez-le-feu de l'année dernière, Israël a imposé à Gaza un siège total et rigoureux qui a empêché l'entrée dans la bande de Gaza d'innombrables produits de première nécessité, notamment le gaz ménager. Cependant, après la signature de l'accord Witkoff en octobre 2025, qui comportait une clause humanitaire autorisant l'entrée de 600 camions par jour, dont 50 destinés au carburant et au gaz ménager, nous, les Gazaouis, pensions que nous pourrions enfin utiliser un gaz sain et sûr et que nos souffrances liées à la recherche de solutions de remplacement pour cuisiner prendraient fin.

Cependant, l'occupation israélienne a mis en place une politique de rationnement et a considérablement réduit le nombre de camions de gaz convenu, réduisant ainsi cette clause à de simples mots sur le papier. Aujourd'hui, le "cycle de distribution du gaz" est régi par un rythme lent où chaque famille est desservie une fois tous les trois mois ou en fonction des quantités autorisées à passer par tranches. À chaque fois, une bouteille contenant à peine 8 kilogrammes de gaz est achetée pour 75 shekels, soit 25 dollars. Selon des déclarations du bureau de presse du gouvernement de Gaza citées par le site d'information Ultra Palestine (Ultrasawt), la demande de base de Gaza en gaz ménager, dans des conditions normales, se situe entre 400 et 500 tonnes de gaz par jour - cette quantité est nécessaire pour approvisionner les foyers, les boulangeries et les hôpitaux. Or, la quantité de gaz ménager qui entre effectivement à Gaza ne dépasse actuellement pas 120 tonnes - soit moins d'un tiers du minimum nécessaire à la survie.

Aujourd'hui, près de trois ans après le début de la guerre du 7 octobre, les femmes de Gaza sont contraintes d'ordonner à leurs enfants de ramasser des sacs en plastique, des tuyaux d'arrosage parmi les décombres des maisons détruites, des emballages alimentaires usagés, des tissus et des chaussures pour les brûler comme combustible afin de préparer leurs repas. Il y a une pénurie totale de bois de chauffage en raison de sa consommation excessive et de ses prix élevés. Pour cuisiner, les femmes sont donc contraintes de s'asseoir directement sous un soleil de plomb, à côté de leurs tentes, et de respirer les émanations toxiques dégagées par ces matériaux, ce qui a entraîné de graves problèmes de santé, psychologiques et respiratoires. Leur corps est exposé quotidiennement à des risques liés à l'inhalation de toxines, dans un contexte de troubles psychologiques graves résultant de la comparaison inévitable entre les joies de la vie d'avant-guerre et la tragédie vécue aujourd'hui.

Je ne me souviens plus combien de fois j'ai dit à ma mère : "Je suffoque dans tous les sens du terme, et si je ne meurs pas sous les bombardements, ces gaz mortels finiront par m'emporter", tandis qu'elle allumait le feu et plaçait des tuyaux en plastique sous ce poêle de fortune pour préparer le déjeuner. Les toxines imprègnent la nourriture de leur odeur, ce qui fait de celle-ci un simple moyen de survivre, et non plus un plaisir.

"Je suffoque au sens propre comme au figuré, et si je ne meurs pas sous les bombardements, ces gaz mortels auront raison de moi."

Ma mère ne peut pas cuisiner au gaz tous les jours sans vider la bouteille en deux semaines ; nous allons donc devoir attendre notre tour sur la liste pendant deux mois entiers. En hiver, je n'arrivais jamais à allumer le feu de la cuisinière, qui s'éteignait sans cesse, et je me disais avec regret : "Pourquoi suis-je condamné à toutes ces souffrances simplement pour réchauffer un peu d'eau afin de me laver ?"

Cependant, en écoutant les témoignages des femmes dans les tentes, j'ai pris conscience que mes petits tracas avaient perdu de leur importance face à leurs souffrances. Les corps épuisés de nombreuses femmes sont engagés dans un combat physique acharné en raison du manque de gaz ménager, ce qui représente bien plus qu'une simple difficulté supplémentaire dans le quotidien.

Shadia Mahdi, âgée de 40 ans, est le témoin de cette politique de "compromis mortel" qui impose une survie de force dans l'une des tentes destinées aux personnes déplacées, au nord-ouest de Gaza. En l'absence de soins médicaux gratuits, Shadia, qui lutte contre des tumeurs cancéreuses au niveau des intestins et des glandes et souffre de diabète et d'hypertension, a dû vendre la bouteille de gaz de sa famille pour pouvoir payer son traitement.

"Cela fait plus de 50 jours que je n'ai plus une seule goutte de gaz", a déclaré Shadia, épuisée. Après avoir vendu sa bouteille de gaz pour acheter une dose d'insuline qui lui permettrait de rester en vie, Shadia n'a eu d'autre choix que de rassembler des vêtements usagés, des rubans et des chaussures en plastique afin d'allumer un feu pour préparer à manger.

L'inhalation quotidienne de fumées et de plastique brûlé transforme nos poêles de fortune en chambres d'exécution à petit feu.

Cependant, l'organisme des personnes atteintes de diabète ou d'un cancer ne peut supporter de telles cruautés. L'inhalation quotidienne de fumées et de plastiques brûlés transforme nos poêles de fortune en chambres d'exécution à petit feu. Shadia a expliqué ce qui arrive à son corps devant le feu : "Ma poitrine se serre, et j'ai l'impression que mon âme s'en va ; je me mets à sangloter et je deviens extrêmement nerveuse, au point de ne plus pouvoir me contrôler." Elle poursuit : "Quand je tousse, quelque chose de noir sort de ma poitrine avec les mucosités." Elle ajoute d'un ton ferme : "J'ai toutes les maladies du monde, mais je ne m'y résigne pas." À Gaza, la guerre a détruit les maisons tandis que le soi-disant cessez-le-feu ravage les corps : une femme est contrainte de vendre sa bouteille de gaz pour acheter ses médicaments, puis se brûle les poumons avec des fumées de plastique afin de pouvoir manger.

Le danger lié à la fumée de plastique ne touche pas seulement les corps épuisés des adultes, mais affecte également la vie des générations nées en pleine guerre. Khadra Fayez Al-Ghoul, 28 ans, se tient devant le coin cuisine de fortune aménagé dans sa tente, dans le camp égyptien situé au nord-ouest de la ville de Gaza, dans un espace exigu où les tentes ne sont distantes que de quelques mètres les unes des autres. Ici, essayer de préparer un peu de nourriture pour une famille de six personnes comporte un risque constant de voir les tentes voisines prendre feu elles aussi. Le feu, que Khadra avait allumé à l'aide de rubans de tissu et de plastique car elle n'avait pas les moyens d'acheter du gaz ou du bois de chauffage, a failli tourner au désastre lorsqu'il a embrasé les bords de la tente voisine, avant que les voisins ne parviennent à l'éteindre avec soin.

Cependant, c'est la tente de Khadra elle-même qui représente le plus grand danger pour Laila, sa petite fille. Laila n'avait que quarante jours lorsque la guerre a éclaté. La petite fille a souffert d'une grave crise respiratoire due à la fumée âcre des bombes et du plastique en feu au cours de ses premières semaines de vie. Son teint est devenu bleu, et elle a passé plusieurs jours sous oxygène, menacée en permanence de suffocation.

Laila, qui a aujourd'hui trois ans, souffre d'asthme et de douleurs thoraciques fréquentes provoquées par l'inhalation de gaz nocifs. "Chaque fois que je veux faire bouillir un peu d'eau ou préparer du pain pour les enfants, je me retrouve face à un dilemme insurmontable", a expliqué Khadra. Elle a décrit ses difficultés quotidiennes pour protéger sa fille de la fumée du poêle, tout en ayant du mal à convaincre son fils de ramasser les papiers et les morceaux de plastique éparpillés pour allumer le feu.

L'organisme des enfants ne peut pas supporter une exposition répétée à des matériaux contaminés. Laila a besoin de traitements respiratoires et de séances de nébulisation régulières, ce qui coûte environ 50 shekels toutes les deux semaines. Si ce montant peut sembler insignifiant aux yeux du monde extérieur, il est hors de portée d'une famille déplacée dont le soutien de famille a subi des blessures au dos et aux pieds après avoir été pris pour cible par Israël dans la région de Zikim, au nord de Gaza. En l'absence de médicaments provenant des centres médicaux gratuits et d'autres aides humanitaires, chaque flamme allumée pour préparer un repas menace de creuser un nouveau trou dans les poumons de Laila.

Cependant, la fumée omniprésente à Gaza n'affecte pas seulement les poumons, mais aussi tous les sens.

En 2016, Wissam Al-Shaer a subi une microchirurgie pour une greffe de cornée en Cisjordanie. Pour préserver ce qui lui reste de vision, elle doit éviter à tout prix les températures élevées et les fumées polluantes, tout en prenant des médicaments à base de cortisone qui nécessitent une grande prudence. Mais la réalité en décide autrement ; Aujourd'hui, Wissam, âgée de 29 ans et mère de quatre enfants, doit s'occuper d'une grande partie des affaires familiales, son mari ayant subi une amputation du pied. Elle est contrainte de s'asseoir chaque jour juste devant les feux où brûlent des tissus et du plastique afin de se procurer du pain et de faire bouillir de l'eau pour sa famille, et les médicaments ne sont plus disponibles.

"Mes yeux ne supportent pas la chaleur du poêle ni cette atmosphère polluée", a expliqué Wissam. Elle souffre également de violentes crises d'éternuements dues à des allergies et à une sinusite aiguë qui se déclenchent à chaque fois qu'un feu est allumé. "Mes yeux fragiles ont besoin d'une protection particulière", ajouta-t-elle avec amertume, "mais je ne peux pas me permettre de m'éloigner ; mon mari ne peut pas s'asseoir devant le feu à cause de sa blessure et de son amputation, et mes enfants ont besoin de repas qui nécessitent des heures de cuisson et de marinade au-dessus d'un feu rudimentaire."

"Je suis totalement incapable de payer le prix d'une bouteille, même avec la distribution sporadique de gaz, en raison du manque de revenus et de l'absence d'aide financière directe", a ajouté Wissam avec tristesse. Dans sa tente, la crise du gaz ne se résume pas seulement à un repas retardé, mais à un "choix cornélien" dans lequel une femme sacrifie chaque jour sa vue et sa santé simplement pour maintenir sa famille en vie.

Le Dr Khalil Al-Daqran, porte-parole du ministère de la Santé à Gaza, a déclaré que l'utilisation de matières plastiques pour cuisiner entraînait une forte propagation de maladies respiratoires telles que la pneumonie et l'asthme. "Les femmes de la bande de Gaza en sont réduites à utiliser du papier usagé et du plastique pour cuisiner et faire du pain dans des fours en argile", a déclaré M. Al-Daqran à UN News. "Cela entraîne l'émission de fumées et de vapeurs toxiques, provoquant la propagation de maladies respiratoires au sein de la population, ce qui représente un grave risque pour la santé publique dans la bande de Gaza."

Quand j'étais plus jeune, je lisais avec curiosité les affiches médicales et je tenais compte des mises en garde de ma mère, qui me disait de ne pas utiliser d'assiettes en plastique ni d'y réchauffer des aliments, par crainte de composés chimiques susceptibles de provoquer le cancer.

Notre quotidien repose sur la préparation des repas de nos enfants au-dessus des flammes provenant de chaussures en feu, de tissus synthétiques et de sacs d'emballage en plastique.

La simple idée d'exposer le plastique à la chaleur était considérée comme imprudente et s'était ancrée dans notre conscience collective comme une menace pour la santé humaine. Aujourd'hui, au cœur de Gaza, où l'accès au gaz ménager est restreint et où les produits de première nécessité ont été coupés, le plastique est inévitable ; pire encore, il s'est transformé en un combustible toxique qui contamine chaque bouchée de nourriture que nous préparons. Notre quotidien consiste à cuire les repas de nos enfants sur les flammes de chaussures en feu, de tissus synthétiques et de sacs d'emballage en plastique.

Des études et rapports médicaux menés aux quatre coins du monde ont alerté le grand public sur les dangers insoupçonnés liés à l'exposition aux microplastiques. Nous posons ici la question la plus dérangeante, celle que personne ne se pose : dans quelques années, dans quel état seront nos poumons, notre corps et celui de nos enfants ?

Les répercussions sanitaires et environnementales des restrictions imposées par Israël sur le carburant, qui obligent toute une société à respirer quotidiennement des polluants toxiques, constituent bien plus qu'un simple échec humanitaire passager ; il s'agit d'une sorte d'exécution à petit feu. Cette catastrophe sanitaire et environnementale coûtera très cher aux générations futures. Tandis que le monde ignore notre calvaire, la fumée noire envahit nos poumons, nous brûle les yeux et ravage ce qui reste de nos corps.

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Nour Abo Aisha est une journaliste et traductrice palestinienne indépendante basée à Gaza. Son travail porte principalement sur les droits de l'homme, l'analyse politique et les liens entre la langue et la résilience. Elle a collaboré avec un large éventail de médias internationaux, notamment The Guardian, BBC News, Mondoweiss, The Independent, Prism Reports, Seven Days Magazine, The National Scotland, la Frankfurter Rundschau, Cappuccio Con Chic, et bien d'autres encore. Nour anime également des ateliers d'arts thérapeutiques et a représenté la Palestine en tant que déléguée lors de forums internationaux consacrés aux médias.

Source :  Truthout, Nour Abo Aisha, 29-08-2026

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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