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 Vladimir Poutine pourrait bientôt recevoir les négociateurs américains, selon le Kremlin

Trump et les Rrrrusses

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Par Patrick Lawrence, le 24 octobre 2026

Au vu du déferlement de critiques acerbes et de condamnations depuis le 9 octobre, date à laquelle Donald Trump a annoncé son accord pour importer 5 millions de tonnes de gazole russe, soit environ 37 millions de barils, on pourrait penser que le président a cédé la souveraineté des États-Unis au Kremlin, ou livré les Ukrainiens à l'armée russe, ou trahi les Européens de la pire des façons, ou encore renoncé purement et simplement à ce que nous appelons pompeusement la civilisation occidentale.

C'est, en effet, ce que nous lisons quotidiennement dans la presse grand public ces jours-ci et ce que nous sommes censés croire. On dirait un retour en 2016. Une nouvelle vague de "Russiagate" pourrait bien bientôt déferler, alors que 16 députés démocrates ont déposé un projet de loi interdisant les accords pétroliers douteux avec la Russie et que 12 sénateurs qualifient désormais l'accord sur le diesel de "cadeau à notre adversaire".

Si nous ne devions retenir qu'une chose essentielle de ces mornes années, c'est que cette construction bancale du "Russiagate" toute entière repose sur la désinformation, l'hyperbole, les insinuations, des abus de pouvoir flagrants et une propagande diffusée sans relâche par les médias grand public.
En bref, ce n'était qu'une tentative de l'"État profond" de saboter toute tentative de dépasser la russophobie toxique qu'il a passé une décennie à cultiver (je me réfère ici au  discours de Vladimir Poutine, qui a marqué son époque, prononcé lors de la Conférence de sécurité de Munich en 2007).

Nous assistons au même scénario aujourd'hui, alors que Trump tente une nouvelle fois de mettre fin à la guerre en Ukraine et de redéfinir les relations Est-Ouest, un projet que l'ancien "MICIMATT" - ce bloc tentaculaire regroupant l'industrie militaire, le Congrès, les services du renseignement, les médias, le monde universitaire et les think tanks - ne peut tout simplement pas tolérer.

Écoutons donc cette nouvelle série d'inepties en tenant compte des évènements récents.

"Donald Trump, laissez-moi vous présenter Neville Chamberlain". Ce sont les propos de Tom Friedman,  dans un article publié la semaine dernière dans The New York Times sous le titre "L'accord 'démocratie vs diesel' de Trump nous fait honte à tous".

"Lorsque les futurs étudiants chercheront en ligne les termes 'vendu', 'pacifiste' ou 'traître aux valeurs de son pays'", précise Friedman, "ce sont leurs deux photos qui apparaîtront en premier, côte à côte".

Personne n'égale notre cher Tom en matière de références historiques tirées par les cheveux déguisées en profondeur intellectuelle.

Harold Meyerson,  écrivant mardi dans The American Prospect sous le titre "Pourquoi Poutine est désormais notre allié", déplore que les Américains ne soient pas plus en colère et dédaigneux envers la dernière démarche de Trump à l'égard de la Russie.

"Nous sommes désormais tellement habitués aux scandales de Trump", écrit-il, "que son alliance avec le régime impérialiste néo-tsariste du président russe Vladimir Poutine n'a pas encore suscité le niveau d'horreur et de rage qu'elle mérite".

Le régime impérialiste néo-tsariste de Poutine. On en est encore là, c'est ça ?

On en revient aussi, semble-t-il, à la bonne vieille histoire de la "bromance" entre Trump et Poutine, comme le montre cette phrase :

"L'admiration que Trump porte au dictateur russe est bien documentée et n'a plus besoin d'être racontée dans tous ses détails pompeux".

Cette étrange suggestion d'homophilie reprend un cliché éculé des années "Russiagate" - qui, pour mémoire, n'a jamais été confirmé par la moindre preuve - et elle émane cette fois de Tom Nichols, un plumitif néolibéral de longue date. Dans un article publié le 18 octobre dans The Atlantic, Nichols souhaite nous faire voir les choses ainsi :

"Donald Trump a désormais abandonné tout semblant de dissimulation et aide ouvertement le Kremlin dans sa guerre contre un ami et partenaire des États-Unis. Le commandant en chef américain a renoncé à l'ordre occidental, le dispositif de sécurité le plus abouti - et le plus puissant - de l'histoire de l'humanité".

C'est bon, tout est clair pour vous ? Le régime corrompu et infesté de nazis de Kiev est l'ami et partenaire des États-Unis, c'est aussi simple que cela.
L'ordre occidental tel que nous le connaissons serait donc la plus belle réalisation que l'humanité ait jamais accomplie, et Donald J. Trump aurait renoncé à cet ordre sans pareil.

Tout cela parce que le "Trumpster" a signé un accord en vertu duquel les États-Unis vont acheter, au total, l'équivalent d'environ deux semaines de carburant diesel russe.

La paranoïa gagne du terrain, comme chacun peut le constater alors que l'empire sombre dans un naufrage dont il est lui-même responsable. Elle s'insinue dans les pages de The Atlantic dès que le sujet porte sur la "Russie de Poutine" (par opposition à la "Russie" tout court).

La décision "facile" de Trump

Comment expliquer le déferlement d'absurdités de tous ces pseudo-intellectuels ? Pourquoi le monde semble-t-il si soudainement toucher à sa fin ?

Trump II s'est révélé catastrophiquement pire que Trump I, pour énoncer une évidence. Il a eu quelques bonnes idées lors de son premier mandat : mettre fin aux aventures guerrières, ramener les soldats au pays, démanteler l'OTAN, instaurer une nouvelle détente avec Moscou.

Cette fois - et il faut bien reconnaître cela au "Trumpster", aussi étrange que cela puisse paraître de reconnaître quoi que ce soit à Trump -, il n'en a eu qu'une seule. Il souhaite toujours rétablir des relations fonctionnelles avec la Russie, et pour cela mettre fin à la guerre que le régime Biden a provoquée peu après la défaite électorale de Trump.

Il ne faut pas oublier que Trump est un promoteur immobilier de Manhattan pour qui tout n'est que transaction. La recherche d'"accords" ne figure pas parmi les priorités de la politique d'État - notamment compte tenu des enjeux entre la Russie et l'Occident - mais il s'agit là d'une question de méthode, et non d'objectif. Ne perdons pas de vue ce dernier en nous égarant dans la première.

Des relations pacifiques et constructives avec la Russie, fondées sur un règlement durable profitant à toutes les parties, constituent dans l'ensemble une bonne chose qu'il faut saluer, même si l'on répète souvent aux Américains et aux Européens de l'Ouest qu'une telle éventualité équivaudrait à l'horreur des horreurs.

Comme l'ont fait remarquer tous ceux qui se sont penchés sur la question, l'intention immédiate de Trump en concluant cet accord sur le diesel est de faire baisser les prix au maximum avant les élections de mi-mandat et de prétendre que la crise des prix a d'autres causes que l'offensive américano-israélienne contre l'Iran.

Je suis favorable à ce que l'on mette la politique de côté. Quelques jours de diesel - tout ce qui peut éventuellement provenir des raffineries russes avant le 3 novembre - ne feront aucune différence, et Trump le sait forcément.
Je repense à une  remarque faite par Trump sur Truth Social, son porte-voix numérique, en début de semaine, en réponse à tout le tapage qui a accompagné son annonce du 9 octobre :

"Ma décision concernant la Russie est très simple. Je suis en train de négocier la paix dans la guerre entre la Russie et l'Ukraine, et je ne veux rien faire qui éloignerait bêtement la Russie de la table des négociations".

Il faut lire ces propos à la lumière d'autres agissements récents du régime Trump. Alors que les États-Unis se livrent à un déni plausible, Kiev signale que certains de ses systèmes de renseignement par satellite d'alerte précoce, essentiels à la défense de l'Ukraine, ont été perturbés. Elon Musk, apparemment après consultation de la Maison Blanche, a restreint l'utilisation par l'Ukraine de Starshield, la version militaire du système de communication Starlink.

Ce sont là des moyens de survie quotidiens. Il en va de même pour la "Prioritized Ukraine Requirement List" (P.U.R.L.), le dispositif permettant aux États-Unis de vendre des armes aux Européens qui les acheminent ensuite vers l'Ukraine. À ce jour, le volume des livraisons via le canal P.U.R.L.  s'élève à 7 milliards de dollars. Trump aurait menacé, selon certaines sources, de mettre fin à ce programme.

Pour couronner le tout, il a suspendu la mise en œuvre d'un projet de loi sur les sanctions qu'il a promulgué il y a à peine un mois. Parallèlement, le duo Witkoff-Kushner a présenté à Volodymyr Zelensky, le dictateur ukrainien, une nouvelle proposition d'accord qui ressemble à une version condensée du très crédible  plan en 28 points présenté il y a un an ce mois-ci.

Il se trame quelque chose, me semble-t-il. Je vois dans tout ce processus une stratégie mûrement réfléchie. Je perçois une détermination renouvelée de la part de Trump.

Trump a enfin dit les choses telles qu'elles sont - et avec une parfaite justesse - en affirmant que Zelensky est le principal obstacle à un accord de règlement et qu'il devra donc être soit destitué, soit contraint d'accepter la défaite et de reconnaître les intérêts légitimes de la Russie.

La nouvelle initiative de Trump pour mettre un terme à la crise ukrainienne, soyons clairs sur ce point, ne constitue pas une trahison du peuple ukrainien. C'est même tout le contraire.

Il faut se demander, pour bien des raisons, jusqu'où Trump pourrait aller, que ce soit pour mettre fin à la guerre ou pour rétablir avec la Russie une détente viable. Mais s'il maintient l'élan actuel, nous assistons peut-être au début de la phase finale en Ukraine.

Il s'agit bien d'un "peut-être", d'un verbe au conditionnel. Mais c'est cette perspective qui fait frémir tous les bellicistes du complexe MICIMATT.

Il serait certes étrange qu'un président qui se trompe sur tant de choses parvienne à instaurer la paix qu'il poursuit. Mais peut-être que les Tom Friedman, Tom Nichols et leurs semblables font office de révélateurs.

Peut-être que l'ampleur de leur panique laisse entrevoir les chances de succès de "Trumpster", cette fois.

Traduit par  Spirit of Free Speech

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