
par Paolo Hamidouche
Après l'évocation par Trump d'une intervention navale à Cuba, Rubio a invité les Cubains à nouer un "partenariat discret avec la CIA".
Appel à un changement de régime à Cuba après des mois de "pression maximale" de la part des États-Unis. Le secrétaire d'État américain, Marco Rubio, a invité sur les réseaux sociaux les citoyens cubains souhaitant transformer leur pays à passer à l'action. "C'est le moment", a-t-il écrit sur X, quelques instants après que le président Donald Trump - lors d'un meeting en soutien aux candidats républicains dans le sud de la Floride - a évoqué une possible intervention de navires de guerre américains à Cuba, au retour d'une guerre contre l'Iran.
Le message de Rubio, rédigé en anglais et en espagnol, est sans équivoque et s'adresse "à ceux qui cherchent à créer un changement positif". Dans sa publication, Rubio évoque des "promesses non tenues", la "corruption" et les "vies privilégiées d'une minorité". Il suggère aux Cubains de saisir cette opportunité "par le biais d'un partenariat discret avec la CIA". À noter que, dans le texte anglais, le terme utilisé est "discrete" (qui signifie "séparé" ou "distinct") plutôt que "discreet" ("réservé" ou "secret"). Il s'agit très probablement d'une erreur, qui ne modifie toutefois pas le sens de l'appel. La publication a également été relayée par le compte officiel de l'agence de renseignement américaine. La CIA elle-même a publié, en espagnol, un véritable manuel expliquant aux Cubains comment contacter les services secrets américains en toute sécurité - notamment via des VPN et d'autres dispositifs - sans se faire repérer par le contre-espionnage de La Havane.
La réponse de La Havane et le commentaire de Blumenthal
La réaction des autorités cubaines ne s'est pas fait attendre. Le vice-ministre des Affaires étrangères, Carlos Fernández de Cossío, a écrit sur X : "Voilà que les États-Unis ont recours au recrutement public pour la CIA". Il a ajouté : "Il doit régner une telle désespérance ou une telle misère au sein de l'agence pour qu'elle soit contrainte de vendre ses services comme un tube de dentifrice". Le journaliste américain Max Blumenthal, fondateur de Grayzone, livre un commentaire cinglant : "Il est révélateur de voir le département d'État faire tomber le masque de la diplomatie pour apparaître comme une couverture aux opérations de déstabilisation malveillantes de la CIA, visant à installer des gouvernements fantoches. Le tweet de Rubio confirme la thèse développée dans Killing Hope, de William Blum". Le journaliste fait référence à Killing Hope: U.S. Military and CIA Interventions Since World War II, ouvrage de l'historien et ancien fonctionnaire du département d'État William Blum, qui documente des dizaines d'interventions - militaires ou relevant du renseignement - menées par les États-Unis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cet essai rappelle comment, de manière systématique, les États-Unis ont tenté - avec plus ou moins de succès - de renverser des gouvernements indépendants, nationalistes ou de gauche, afin de les remplacer par des régimes plus accommodants envers leurs propres intérêts stratégiques et économiques. Autrefois, ces manœuvres s'opéraient avec plus de discrétion ; aujourd'hui, à l'ère de Rubio et de Trump, on appelle ouvertement au changement de régime.
Porte-avions et sanctions
La déclaration de Rubio ne sort pas de nulle part. Depuis des mois, l'administration Trump a mis en place des mesures visant à rendre la vie sur l'île insoutenable et à provoquer un changement de régime. Selon le Commandement Sud des États-Unis, le porte-avions Nimitz et ses navires d'escorte ont pénétré dans le sud de la mer des Caraïbes en mai. À la même période, comme l'a rapporté Andrea Muratore sur InsideOver, le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s'est rendu à La Havane pour une rencontre surprise avec de hauts responsables du gouvernement cubain, sans qu'aucun détail n'ait filtré. En mai, Rubio lui-même avait déclaré privilégier un accord négocié et pacifique, tout en ajoutant que la probabilité d'y parvenir - "compte tenu de nos interlocuteurs" - était faible. Enfin, le département de la Justice a inculpé l'ancien président cubain Raúl Castro.
Ces derniers jours, Cuba a accusé les États-Unis de menacer plusieurs pays - par le biais de droits de douane, de restrictions en matière de visas et d'autres mesures de rétorsion - afin de les pousser à modifier leur vote sur une résolution que l'Assemblée générale des Nations unies s'apprête à examiner, laquelle réclame la levée du long embargo imposé à l'île. Chaque année, une large majorité de l'Assemblée approuve ce texte, dépourvu de caractère contraignant, qui condamne les sanctions instaurées par Washington au début des années 1960. Cet embargo, considéré comme le plus long de l'histoire moderne, est perçu comme l'une des causes majeures des difficultés économiques que traverse l'île. Mercredi, le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodríguez, a dénoncé les pressions exercées par l'administration Trump sur les membres de l'Assemblée pour qu'ils votent contre cette résolution. Selon M. Rodríguez, cette campagne - qui, d'après lui, dure depuis des mois - serait personnellement dirigée par le secrétaire d'État Marco Rubio et l'ambassadeur des États-Unis auprès de l'ONU, Mike Waltz.
source : Paolo Hamidouche