06/06/2022 arretsurinfo.ch  13 min #209679

Entretien de Poutine avec Pavel Zaroubin de « Russia 1 »

Précision utile pour les experts ès complotisme russe de LCI, BFTMV, France télévision, et autres « décodeurs » de Libé et de l'Immonde, qui tous doutent que Vladimir Vladimirovich soit encore réellement le Poutine qui apparaît quasi quotidiennement sur les médias (russes).

Petite leçon d'économie politique par Vladimir Vladimirovitch à l'usage des économistes vulgaires et autres jocrisses occidentaux.

« L'inflation occidentale vient d'une surproduction de papier monnaie, sans précédent »

Le dirigeant russe a souligné les conséquences de la politique américaine de « planche à billet » et de celle d' « énergie verte » de l'UE.

L'inflation aux États-Unis est une conséquence des erreurs des autorités financières américaines, qu'elles ont d'ailleurs elles-mêmes concédées, a déclaré vendredi le président russe Vladimir Poutine. Il a ajouté que les problèmes de l'UE, à cet égard, sont dus aux politiques énergétiques à courte vue de Bruxelles. Quoi qu'il en soit, la situation n'a rien à voir avec Moscou ou ses actions en Ukraine, a insisté Poutine.

Tenter d'attribuer aux troubles en Ukraine la responsabilité de la montée en flèche du coût de la vie en Occident revient à esquiver ses responsabilités, a déclaré Poutine dans l'interview télévisée (reproduite plus loin) qui a suivi sa rencontre avec le chef de l'Union africaine, Macky Sall, à Sotchi. Presque tous les gouvernements ont eu recours à des mesures de relance budgétaire pour soutenir la population et les entreprises touchées par les blocages de Covid-19. La Russie l'a fait « beaucoup plus soigneusement et scrupuleusement », sans perturber le tableau macroéconomique ni alimenter l'inflation, a expliqué V. Poutine. Aux États-Unis, en revanche, la masse monétaire a augmenté de 38% - de 5 900 milliards de dollars - en moins de deux ans, dans ce qu'il a appelé la « production sans précédent de papier monnaie ».

« Apparemment, les autorités financières américaines ont supposé que puisque jusqu'ici le dollar est la monnaie mondiale, cela se dissiperait dans toute l'économie mondiale et ne serait pas perceptible aux États-Unis. Il s'est avéré que ce n'était pas le cas. »

La secrétaire américaine au Trésor, Janet Yellen, a lâché le « morceau » en admettant qu'elle s'était trompée sur l'inflation, a déclaré Poutine. « C'est donc une erreur des autorités financières et économiques des États-Unis, et cela n'a rien à voir avec les actions de la Russie en Ukraine. » Dans une interview accordée à CNN mardi, Yellen a déclaré qu'elle ne comprenait pas pleinement les « chocs imprévus et importants sur l'économie qui ont fait grimper les prix de l'énergie et des denrées alimentaires, et les goulots d'étranglement de l'offre » qui ont fini par alimenter l'inflation. Quant à l'UE, Poutine a suggéré que l'inflation y était due à la « politique à courte vue » de la Commission européenne dans le secteur de l'énergie en promouvant « l'agenda vert » des millénaristes climatiques. Les Européens ont également rejeté les propositions russes de contrats de gaz naturel à long terme, ce qui a fait grimper les prix sur le marché au comptant, a déclaré Poutine.

« Tout est interconnecté », a précisé le dirigeant russe, notant que la hausse des prix du gaz a ensuite « considérablement » fait grimper le prix des engrais - entre autres - et rendu de nombreuses industries non rentables, les forçant même à fermer. Pour de nombreux politiciens européens, a-t-il déclaré, il s'agissait d'une évolution totalement inattendue. « Mais de notre côté nous avons mis en garde contre cela, et cela n'a clairement rien à voir avec une opération militaire russe dans le Donbass, rien à voir... », a déclaré Vladimir Poutine.


Entretien de Vladimir Poutine avec Pavel Zaroubin de Rossiya 1, à la suite de la visite de Macky Sall à Sotchi, le 3 juin 2022 à Sotchi

Petite leçon d'économie politique par Vladimir Vladimirovitch
Zaroubine : Vladimir Vladimirovitch, nous venons d'observer votre rencontre avec le Président du Sénégal, qui est aussi le leader de l'Union Africaine.

Il en a parlé, et en général on sent, bien sûr, depuis la semaine dernière, que beaucoup de ces pays sont extrêmement préoccupés non pas tant par la crise alimentaire, mais parce qu'ils ont peur d'une famine à grande échelle, car les prix mondiaux des denrées alimentaires montent en flèche, les prix du pétrole et du gaz montent en flèche. Tout est lié bien sur et l'occident nous en rend responsables. En réalité, quelle est la situation actuelle, comment est-elle en train d'accumuler ces facteurs ?

Et qu'adviendra-t-il, selon vous, des marchés de l'alimentation et de l'énergie ?

Poutine : Oui, bien sûr, nous assistons aujourd'hui à des tentatives de transfert de responsabilité pour ce qui se passe sur le marché alimentaire mondial, les problèmes émergents dans ce marché sont attribués à la Russie. Je dois dire que c'est une tentative, comme on dit chez nous, de repasser ces problèmes d'une tête malade à une tête saine.

Pourquoi ? Parce que, premièrement, La situation défavorable sur le marché alimentaire mondial n'a pas commencé à se dessiner hier ni même à partir du moment où la Russie a lancé son opération militaire spéciale dans le Donbass et en Ukraine. Elle a commencé à prendre cette forme dès février 2020 dans le processus de lutte contre les conséquences de la pandémie de coronavirus, alors que le monde économique, l'économie mondiale sombrait et qu'il a fallu la restaurer.

Les autorités financières et économiques n'ont rien trouvé d'autre, aux États-Unis mêmes, que de prendre l'option d'injecter de grosses sommes d'argent en faveur de la population, en faveur des individus, des entreprises et autres secteurs de l'économie.

De manière générale, en gros c'est aussi ce que nous avons fait, mais je peux vous assurer, et les résultats sont là pour le démontrer, nous nous l'avons fait beaucoup plus rationnellement, nous l'avons fait ponctuellement et avec discernement, nous avons atteint le résultat souhaité, sans que toutes ces mesures affectent des indices macroéconomiques essentiels, tels la hausse incommensurable de l'inflation.

La situation fut bien différente aux États-Unis. Pendant deux ans, en moins de deux ans, de février 2020 à fin 2021, la masse monétaire aux États-Unis a augmenté de 5,9 milliards de dollars. C'est une « croissance » sans précédent de l'imprimerie monétaire : la masse monétaire totale a subitement augmenté de 38,6 %.

Apparemment les autorités financières des États-Unis partaient du fait que le dollar reste la monnaie mondiale, et pensaient que, comme d'habitude, comme autrefois, cette masse monétaire se dissiperait dans l'ensemble de l'économie mondiale, et qu'aux États-Unis, elle serait imperceptible. Il s'est avéré que ce n'était pas le cas. En fait, c'était clair pour toutes les personnes lucides et raisonnables, et il y en a aussi aux États-Unis, comme le secrétaire au Trésor qui a récemment déclaré qu'ils avaient fait une erreur. C'est donc bien une erreur financière, économique des autorités américaines, et cela n'a rien à voir avec les actions de la Russie en Ukraine, pas le moins du monde.

Et ce ne fut que la première étape, une étape déjà décisive vers le développement d'une situation défavorable sur le marché alimentaire, car, tout d'abord, nous avons vu monter, monter les prix de l'alimentaire. C'est le premier point.

La deuxième raison en est la politique à courte vue des pays européens, et surtout de la Commission européenne, dans le domaine de l'énergie. Nous voyons ce qui se passe là-bas. Personnellement, je crois que de nombreuses forces politiques, tant aux États-Unis qu'en Europe, ont commencé à spéculer sur l'inquiétude compréhensible, propagée parmi les habitants de la planète, pour le changement climatique, ils ont commencé à promouvoir leur « agenda vert », y compris et surtout dans le secteur de l'énergie.

Tout ça pouvait passer pour raisonnable, mais pas seulement... lorsque des recommandations non qualifiées et infondées furent données sur ce qui doit être fait dans le secteur de l'énergie, les possibilités d'énergies alternatives furent volontairement surestimées : solaire, éolien, ou que sais-je, l'hydrogène - c'est une perspective, probablement, mais aujourd'hui ce n'est pas pertinent que ce soit en volume, en qualité ou en coûts et prix. Et en même temps, ils ont commencé à minimiser l'importance des énergies traditionnelles, y compris et surtout les hydrocarbures.

À quoi cela a-t-il conduit ? Les banques ont cessé de prêter, sous la pression « climatique ». Les compagnies d'assurance ont cessé d'assurer les transactions concernées. Ils ont cessé d'octroyer des parcelles de terrain aux autorités locales pour accroître la production, réduit la construction de logistique adaptée, y compris les pipelines.

Tout cela a conduit à un sous-investissement dans le secteur mondial de l'énergie, et le résultat est une augmentation des prix. Voyez par exemple : l'année dernière n'était pas assez « ventée », le vent a « déçu », l'hiver s'est prolongé - et immédiatement les prix se sont... envolés.

Les Européens de plus n'ont pas retenu nos propositions opportunes de maintien des contrats à long terme pour la fourniture de gaz naturel aux pays européens, ils ont même commencé à les dissimuler. Beaucoup y travaillent encore, mais « à couvert ». Tout cela eut des conséquences négatives pour l'Europe et son marché de l'énergie : les prix ont grimpé. Mais, clairement, la Russie n'y est pour rien.

Ainsi, dès que les prix du gaz, par exemple, ont augmenté, les prix des engrais ont immédiatement augmenté, car certains de ces engrais sont produits, entre autres, « aux dépens » de gaz. Tout est interconnecté. Dès que les prix des engrais ont grimpé, de nombreuses entreprises, y compris celles des pays européens, sont devenues non rentables, ont commencé à fermer complètement - et le volume d'engrais sur le marché mondial a fortement chuté, et les prix, symétriquement, ont augmenté. Les prix ont même augmenté de façon spectaculaire, pourrait-on dire, car de manière tout à fait « inattendue » pour de nombreux politiciens européens.

Pourtant nous les avions mis en garde à ce sujet, et cela n'a donc rien à voir avec l'opération militaire spéciale de la Russie dans le Donbass, rien à voir !

Puis on a vu à l'étape suivante, quand notre opération a commencé, des partenaires européens, américains qui ont soi-disant commencé à prendre des mesures mais celles-ci n'ont fait qu'aggraver la situation, à la fois dans les secteurs de l'alimentation et des engrais. Soit dit en passant, en termes d'engrais, la Russie occupe 25% du marché mondial et, rappelons que, en engrais potassiques, comme me l'a dit Alexander Grigoryevich Loukachenka - il faut bien sûr vérifier, mais je pense que cela correspond à la réalité - pour les engrais potassiques Russie et Biélorussie - à 45 % du marché mondial. C'est un volume énorme.

Or, le rendement dépend de la quantité d'engrais investie dans le sol. Une fois que il est devenu clair qu'il n'y aurait plus de nos engrais sur le marché mondial, les prix ont immédiatement grimpé tant pour les engrais que pour la nourriture, car s'il n'y a plus d'engrais, il n'y a plus le volume de production agricole nécessaire. Une chose entraine l'autre, mais la Russie n'a absolument rien à voir là-dedans. Nos « partenaires » eux-mêmes ont fait beaucoup d'erreurs, et maintenant ils cherchent un bouc émissaire pour les conséquences, et, bien sûr, dans ce sens, la Russie est le candidat le plus commode.

Pavel Zarubin : Tout à l'heure, au fait, l'information est « tombée » que dans le nouveau paquet de sanctions européennes - figure l'épouse du patron de l'une de nos plus grandes entreprises d'engrais. À quoi tout cela mènera-t-il, à votre avis ?

Vladimir Poutine : Voici à quoi : la situation va empirer.

Après tout les Britanniques, puis les Américains - les Anglo-Saxons - ont imposé des sanctions sur nos engrais. Puis, réalisant ce qui se passait, les Américains ont levé les sanctions... mais pas les Européens.

Lors de leurs contacts avec moi, ils me disent eux-mêmes : oui, oui, il faut y penser, il faut y faire quelque chose, mais aujourd'hui j'observe qu'ils n'ont fait qu'aggraver cette situation, sur les marchés mondiaux des engrais, et donc les perspectives de récolte sont beaucoup plus modestes, ce qui signifie que les prix ne feront qu'augmenter - c'est tout. C'est absolument myope, erroné, je dirais donc... juste stupide une politique qui mène à une impasse.

Pavel Zarubin : Mais la Russie est accusée, depuis de hautes tribunes, du fait qu'il y aurait en réalité du grain, mais... dans les ports ukrainiens, et la Russie n'autoriserait pas l'exportation de ce grain.

Vladimir Poutine : C'est du bluff. Et voici Pourquoi.

Premièrement, Il y a des choses objectives, dont je vais parler maintenant. Dans le monde on produit environ 800 millions de tonnes de céréales et de blé par an. On nous dit maintenant que l'Ukraine est prête à exporter 20 millions de tonnes. 20 millions de tonnes par rapport à ce qui est produit dans le monde, 800 millions de tonnes c'est donc 2,5 pour cent. Mais si nous partons du fait que dans la quantité totale de nourriture dans le monde, le blé ne représente que 20 % - et, ce ne sont pas « nos » données, ce sont des données de l'ONU - cela signifie que ces 20 millions de tonnes de blé ukrainien représentent 0,5 %, rien. C'est le premier « fait têtu ».

Deuxièmement, 20 millions de tonnes de blé ukrainien représentent une estimation d'exportation potentielle. A ce jour, les autorités américaines elles-mêmes disent qu'aujourd'hui l'Ukraine pourrait exporter six millions de tonnes de blé - selon notre Ministère de l'agriculture, ça n'est pas six, mais environ cinq millions tonnes, mais disons même six - et, ce sont les données de notre ministère de l'Agriculture, sept millions tonnes de maïs. Nous pouvons conclure que ce n'est pas beaucoup.

Au cours de l'année agricole en cours - 2021-2022 - nous russes, nous exporterons 37 millions, et pour 2022-2023, je pense qu'on va augmenter cette exportation jusqu'à 50 millions de tonnes... soit dit en passant.

Mais pour en revenir à l'exportation de céréales ukrainiennes, nous ne l'empêchons pas. Mais il y a plusieurs façons d'exporter du grain...

J'ai déjà dit maintes fois à tous nos collègues : qu'ils déminent ! Et, s'il vous plaît, laissez les navires chargés de grain quitter les ports. Nous, nous garantissons leur passage pacifique, sécurisé et sans problème dans les eaux internationales. Pas de problème, alors je vous en prie, à vous de jouer.

Pour nous, cela nous impose de déminer les passages et draguer les fonds de la mer Noire des navires sabordés par l'armée ukrainienne pour entraver l'accès aux ports du sud de l'Ukraine et du Donbass. On est prêt à le faire, on ne profitera pas de nos opérations de déminage, pour entreprendre des attaques depuis la mer, je l'ai déjà dit à ce sujet. C'est le premier point.

Le deuxième : il existe une autre possibilité : les ports de la mer d'Azov - Berdiansk, Marioupol - sont sous notre contrôle, nous sommes prêts à permettre une exportation sans problème de ces quantité de céréales ukrainiennes transitant par ces ports. Alors, je vous en prie ! Nous... nous avons déjà engagé, nous terminons le travail de déminage - les troupes ukrainiennes ont miné à trois reprises, mais le travail touche à sa fin. Nous sommes disposés à assurer la logistique nécessaire.

Soyez assurés que nous le ferons.

C'est le deuxième point.

Troisième point : Il est possible d'exporter des céréales d'Ukraine par le Danube et par la Roumanie.

Quatrième : C'est possible via la Hongrie.

Cinquième : C'est possible à travers la Pologne. Oui, il y a des problèmes techniques spécifiques, car le gabarit ferroviaire est différent, il est donc nécessaire de changer les bogies du wagon. Mais c'est l'affaire de quelques heures, c'est tout.

Bien sur, pour cela, il est nécessaire de lever les sanctions sur la Biélorussie... Mais ce n'est pas notre problème. Dans chaque cas, le président de la Biélorussie Alexander Grigoryevich [Loukashenko] soulève la question c'est vrai : si quelqu'un veut résoudre un problème, s'il existe, exportez le Grain ukrainien, je vous en prie ! Le moyen le plus simple est de passer par la Biélorussie.

De notre côté, personne n'interfèrera.

Alors voilà ce qu'il en est du « problème » de l'exportation de la production céréalière de l'Ukraine.

Pavel Zarubin : Qu'est-ce que pourrait être la condition pour assurer la logistique d'exportation depuis les ports qui sont sous notre contrôle ? Quels en seraient les termes éventuels ?

Vladimir Poutine : Aucun, aucune condition.

Comprenez que nous assurerons un transport pacifique, garantirons la sécurité des abords de ces ports, nous assurerons l'entrée des navires étrangers et leur mouvement le long de la mer d'Azov et de la mer Noire dans toutes les directions. Partout où, soit dit en passant, de nombreux navires sont bloqués aujourd'hui dans les ports ukrainiens - des navires étrangers, des dizaines de navires. Ils y sont simplement enfermés et, soit dit en passant, les équipages sont toujours retenus en otage.


Source:  Librairie-tropiques.fr

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