15/01/2022 reseauinternational.net  7 min #200643

Menace de sanctions américaines contre les dirigeants russes : la Russie va-t-elle s'imposer ?

par Karine Bechet-Golovko.

Alors que se termine dans un vide attendu la « semaine diplomatique » initiée par la Russie pour tenter de trouver une sortie de crise politique avec les États-Unis et les organes de gouvernance globale, qui lui sont affiliés, le Sénat américain, soutenu par la Maison Blanche prépare un nouveau paquet de sanctions, équivalent à une rupture des relations entre les pays, conséquence à laquelle doivent s'attendre les États-Unis si le texte est validé. En effet, comment discuter avec un pays qui décide de sanctionner un Président, un Premier ministre, des ministres, etc. ? La diplomatie, pour être efficace exige de la culte politique, ce dont manifestement les élites globalistes sont dépourvues. Dans ce cas, il ne reste que le rapport de force - ou la reddition.

Cette « semaine diplomatique » n'a permis qu'une seule chose : ôter tout doute quant à l'incapacité et à l'absence de volonté des États-Unis, et des structures qui leur sont affiliées, de parvenir à un équilibre géopolitique, reconnaissant à la Russie, comme tout pays souverain, le droit d'avoir des intérêts propres et de les prendre en compte.

En proposant l'intégration de nouveaux pays dans l'OTAN, comme la Finlande et la Suède, V.  Nuland provoque la Russie, cherchant à ridiculiser ses tentatives de sortie de crise, cherchant à la rabaisser en lui niant le droit d'avoir des exigences internationales - n'ayant pas les moyens de les faire respecter. Elle oppose le rapport de force brute à la diplomatie, elle nie la diplomatie. Cela se passe, alors qu'elle fait pression, avec la Maison Blanche, pour que des sanctions sans précédent soient adoptées contre les dirigeants russes, les grandes banques, etc. Sans oublier les déclarations officielles américaines concernant le refus de retirer ou réduire les forces militaires américaines en Pologne ou dans les pays Baltes ; ne parlons même pas de l'Ukraine ou du lancement de grandes manoeuvre en Norvège par l'OTAN à la fin de ces « négociations ».

Cette semaine, avec une violence inouïe, les Etats-Unis ont voulu pulvériser la tentative russe de reprendre la main sur l'ordre du jour international, lui déniant ainsi le droit de se permettre ce genre d'initiative. Sur le fond, la réponse apportée aux propositions russes d'équilibre des forces est claire : nous n'avons aucune raison de limiter nos forces puisque nous ne reconnaissons pas votre force, donc nous ne le ferons pas, nous lutterons jusqu'à la victoire totale, jusqu'à ce que le monde soit enfin complètement global - c'est-à-dire nôtre.

Mais pour cela, les États-Unis ne sont pas prêts à une guerre traditionnelle, qu'ils remplacent par l'instrumentalisation des pays tiers et des conflits aux frontières russes, par l'imposition du calendrier covidien qui permet de déstabiliser les économies et les sociétés tout en fracturant la légitimité des pouvoirs nationaux et enfin par les sanctions. Mais c'est quand même une guerre :

« Menendez a déclaré que la législation envoie un message clair à la Russie : "Poutine n'a pas besoin de faire s'effondrer toute son économie ni de sacrifier la vie de son propre peuple dans une tentative futile de réécrire la carte de l'Europe" ».

Le Sénat américains, sous l'impulsion des Démocrates, met en place un paquet de santions inédites selon le  Washington Post  :

«Le projet de loi, obtenu par le Washington Post avant sa publication, imposerait des sanctions radicales aux hauts responsables militaires et gouvernementaux russes, y compris Poutine et d'autres dirigeants, ainsi qu'aux principales institutions bancaires, si Moscou s'engage dans des hostilités contre l'Ukraine. Elle viserait également les entreprises russes qui proposent des systèmes de messagerie sécurisée tels que SWIFT, que les banques utilisent pour échanger des informations essentielles avec d'autres institutions financières ».

 Concrètement, en cas d'invasion de l'Ukraine, mais aussi d'une escalade militaire significative dirigée vers une tentative de renversement du régime ou d'atteinte à l'intégrité territoriale, le Président américain pourra activer les sanctions suivantes :

  • il sera possible de bloquer les biens accessibles au pouvoir américain et d'interdire l'accès au territoire américain du Président russe, du Premier ministre, du ministre des Affaires étrangères, du ministre de la Défense, du chef de l'État-Major russe et d'autres officiers supérieurs du commandement ;
  • trois banques au moins tomberont sous sanction parmi Saberbank, VTB, Gazprombank, VEB RF, RFPI, Banque de crédit de Moscou, Alfa-Bank, Credit agricole russe, Bank Otkrytie, Promsviazbank, Sovkombank, Transkapitalbank ;
  • les Américains n'auront pas le droit de réaliser des opérations financières avec la dette publique russe et les titres de créance des entreprises publiques russes ;
  • il sera établi une liste de sanctions contre les personnes physiques et morales exerçant dans le domaine du pétrole, du gaz et du charbon, de l'extraction et de la transformation des minéraux et d'autres industries ;
  • toutes les possibilités d'empêcher la mise en service de Nord Stream 2 seront envisagées.

Par ailleurs, un chapitre spécial du projet de loi est consacré à l'augmentation de l'aide militaire apportée à l'Ukraine et en Europe à la « lutte contre la Russie ». Ceci souligne l'absurdité des déclarations à la mode affirmant que les USA se retirent d'Europe, que leurs intérêts stratégiques sont redirigés vers l'Orient, que l'Europe n'est plus à l'heure du jour.

Le  Kremlin a déclaré que si un tel texte est adopté, cela sera équivalent à une rupture des relations entre les pays. La Russie, à diverses occasions ces derniers temps, et les occasions n'ont pas manqué, a réitéré ce type de déclarations : nous allons arrêter de discuter pour discuter, nous allons prendre d'autres types de mesures, nous allons rompre les relations si ceci ou si cela. Le fameux « si » s'est concrétisé, que ce texte soit adopté ou non, puisque les propositions de normalisation des relations adressées par la Russie se sont vues opposer une fin de non-recevoir.

Et il n'y a aucune raison pour laquelle les États-Unis devraient faire marche arrière : c'est leur projet globaliste qui est en jeu, c'est leur vision d'un monde dont il sont le seul et unique centre de pouvoir qui se décide. La Russie, comme pays même relativement souverain, n'y a pas sa place. Et la Russie, comme pays, ne peut pas exister autrement que sur le mode de la souveraineté, sinon elle implose.

Le temps est venu de montrer si ces déclarations des élites russes dirigeantes ne sont que de la communication pour toujours reporter le moment de la décision, espérant qu'un Deus ex Machina descende de Youtube pour sauver la situation, ou s'ils ont la carrure adaptée à un pays qui mérite d'être une contre-puissance dans cette folie globaliste destructrice. Leur marge de manoeuvre est extrêmement réduite, s'ils veulent non pas eux personnellement être pris au sérieux (ce qui est à peine secondaire dans ce jeu), mais s'ils veulent que la Russie, comme joueur international et comme pilier civilisationnel, ait sa place.

 Karine Bechet-Golovko

source :  russiepolitics.blogspot.com

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