10/05/2020 wsws.org  5 min #173644

Contre le déconfinement, exerçons collectivement le droit de retrait!

Par le Comité national du Parti de l'égalité socialiste
9 mai 2020

Le Parti de l'égalité socialiste (PES), section française du Comité international de la IVe Internationale, appelle les travailleurs non-essentiels à exercer collectivement et en masse leur droit de retrait contre les tentatives de Macron d'imposer le déconfinement le 11 mai.

En pleine pandémie du COVID-19, les conditions d'un retour au travail en sécurité ne sont pas réunies, alors que les gouvernements déconfinent à travers l'Europe. Si le confinement imposé dans plusieurs pays d'Europe réduit l'afflux des nouveaux cas, environ 20.000 nouveaux cas sont encore confirmés chaque jour en Europe, y compris des centaines et souvent des milliers en France. Aux États-Unis, il y a 30.000 nouveaux cas journaliers. Tout en déconfinant, l'administration Trump dit dans ses documents internes que les Américains doivent se résigner à 3.000 morts par jour.

Avec mépris pour les vies humaines, l'Union européenne lance un déconfinement prématuré. Des centaines ou des millions de vie sont menacées à l'échelle européenne. Macron ferme les yeux aux projections épidémiologiques de ses propres conseillers: le déconfinement pourrait faire grimper le nombre de morts en France de 25.000 jusqu'à 60.000, voire 110.000 avant la fin de 2020.

Le PES rejette le mensonge qu'il faille reprendre le travail parce que la société n'aurait pas assez d'argent pour rester confinée et se protéger du COVID-19 en attendant le développement de vaccins et de traitements. Les banques centrales et les États abreuvent les marchés financiers et les milliardaires de milliers de milliards de dollars et d'euros d'argent public. Si les petites entreprises sont menacées de faillite, si les travailleurs perdent leurs salaires, et si les précaires ont faim, c'est que les ultra-riches monopolisent et se gavent de richesses publiques.

Les travailleurs n'ont pas à mourir au travail pour les profits des banques. A travers des générations de lutte révolutionnaire au 20e siècle, en France spécifiquement après la grève générale de Mai 68, ils ont établi leur droit de retrait: les capitalistes ne peuvent les forcer à travailler à des postes non-essentiels dans des conditions mettant leur vie en danger. L'exercice de ce droit ne doit entraîner aucune perte de salaire. Or le nombre faramineux de morts du COVID-19 démontre qu'on est pleinement justifié d'exercer le droit de retrait.

Face à une pandémie mondiale, il ne s'agit pas d'une lutte à l'intérieur des frontières de la France ou du cadre du droit syndical français. Il s'agit de mobiliser toute la puissance de la classe ouvrière internationale pour une lutte politique révolutionnaire, afin d'exproprier une classe dirigeante dont la réaction à la pandémie du COVID-19 a démontré la faillite et l'illégitimité.

Cette lutte est nécessairement internationale. Vu la transmission mondiale du virus, un déconfinement prématuré et le rebond du virus dans un pays menacent les travailleurs de tous les autres pays. L'exercice du droit de retrait en France n'aura l'effet nécessaire que si les travailleurs mettent au centre de leur lutte une campagne pour mobiliser la classe ouvrière internationale contre le déconfinement lancé en Amérique et dans les autres pays d'Europe et du monde.

Les travailleurs devront s'organiser afin d'exercer collectivement ce droit, mais ils ne peuvent se servir des appareils syndicaux à cette fin. Pour généraliser l'exercice du droit de retrait et lancer la lutte contre Macron et les autres régimes impérialistes, les travailleurs devront former des comités d'action, indépendants des syndicats. Seuls de pareils organismes peuvent vérifier la sécurité des lieux de travail et coordonner la lutte contre Macron et l'aristocratie financière.

Les appareils syndicaux et leurs alliés politiques sont intégrés à la campagne pour le déconfinement. Ils négocient avec le patronat, alors que le Medef appelle à éliminer les congés payés et à attaquer les heures supplémentaires. Les syndicats indiquent qu'ils ne s'opposeront pas au déconfinement, même pour sauver les vies. Sommé de dire s'il appelait à l'exercice du droit de retrait, le chef de la CGT, Philippe Martinez, a dit: «Non, non, je crois que je vous ai bien expliqué; nous appelons à travailler tant que les conditions de protection sont réunies.»

De même les partis politiques petit-bourgeois tels que La France insoumise, le Nouveau parti anticapitaliste ou Lutte ouvrière. «Il n'est pas question d'agresser ceux qui nous gouvernement», a dit le chef de LFI, Jean-Luc Mélenchon dont le parti déclare: «On ne privilégie pas le choc frontal.»

Seule une initiative des travailleurs indépendante des appareils syndicaux et de leurs alliés politiques de pseudo-gauche peut empêcher un désastre. La pandémie, qui a fait à présent au moins 4 millions de malades et plus qu'un quart de million de morts dans le monde, est un élément déclencheur qui révèle la crise historique qui traverse la société capitaliste.

Depuis 2018, une vague inédite de mobilisations contre les inégalités économiques secoue le monde. Le mouvement des «gilets jaunes» et la plus longue grève des transports depuis Mai 68 en France participaient à cette montée internationale de la lutte des classes. La première vague de grèves d'enseignants et de l'automobile aux USA depuis les années 1970; la grève des infirmières portugaises menée sur les réseaux sociaux; la première grève nationale des enseignants polonais depuis la restauration stalinienne du capitalisme en 1989; et les soulèvements de masse en Algérie, au Liban, en Irak, en Inde, en Bolivie, ou au Chili annonçaient une nouvelle époque.

L'épidémie a démontré la faillite de l'Union européenne créée par la restauration du capitalisme par les régimes staliniens en Europe de l'Est entre 1989 et 1991, et le Traité de Maastricht en 1992. Les systèmes de santé, saignés à blanc par l'austérité et les sauvetages des banques adoptés après le krach de 2008, ne pouvaient même pas fournir assez de masques au personnel soignant. De vastes couches de travailleurs - infirmières, saisonniers agricoles, routiers, livreurs, caissières - sont à la fois «essentielles» et payées à des salaires de misère.

L'opposition au déconfinement n'est qu'un premier pas vers une révolution socialiste qui seule donnera aux travailleurs le pouvoir politique dont ils ont besoin pour défendre leurs intérêts et défendre l'humanité du COVID-19. Le PES avance donc les revendications suivantes:

  • Accès aux soins et à une alimentation de qualité pour tous sans distinction, avec une protection spéciale accordée aux personnes âgées, prisonniers et réfugiés. Pour la régularisation de tous les immigrés et réfugiés et la libération de tout prisonnier détenu dans des conditions insalubres.
  • Pas d'emplois de perdus ou de petite entreprise de liquidées, pas de réductions de salaire ni de droits sociaux abandonnés pendant la pandémie.
  • Pour des comités d'action indépendants des syndicats sur les lieux de travail et dans les quartiers populaires.
  • Nationalisation sous contrôle ouvrier de toutes les grandes entreprises et expropriation des grandes fortunes sauvées par les plans de relance organisés après 2008 ou lancés en 2020.

Un ordre social qui joue avec la mort de millions de personnes dans l'intérêt des élites financières est condamné. Il n'y a rien à négocier avec Macron, le Medef ou l'aristocratie capitaliste. Le PES luttera pour lier l'opposition au déconfinement en France et internationalement à un mouvement politique socialiste et internationaliste des travailleurs pour prendre le pouvoir et réorganiser la vie économique sur la base des besoins sociaux, et non pas du profit. Ceci nécessite le renversement de l'Union européenne et son remplacement par les États socialistes unis d'Europe.

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