11/05/2020 wsws.org  5 min #173691

Le gouvernement britannique obligé de faire en partie marche arrière sur son déconfinement

Par Robert Stevens
11 mai 2020

Le gouvernement conservateur de Boris Johnson fait face à une crise politique croissante du à son plan d'imposer un retour massif au travail.

Il y a deux semaines, il avait concrétisé ses plans d'arrêt du confinement après des mois de discussions avec les dirigeants patronaux et les syndicats. Il était tellement résolu à faire avancer sa stratégie de reprise du travail qu'il a abandonné les propositions du Congrès des syndicats d'adopter quelques mesures symboliques de protection - que les syndicats superviseraient - pour donner l'impression qu'il se souciait de la sûreté publique.

Vers le milieu de la semaine, les médias de droite triomphaient, annonçant l'intention du gouvernement d'abandonner sa devise du «rester à la maison», au point que le Daily Telegraph pro-conservateur célébrait en gros titres, « La consigne du 'Restez à la maison' bientôt mise au rebut.»

Braquant l'attention de la population sur la déclaration de Johnson prévue le dimanche soir, les médias prédisaient avec confiance qu'il présenterait une «feuille de route» signifiant que le lendemain verrait effectivement la fin du confinement et le «déverrouillage de l'économie britannique ».

La une du Sun déclarait que «Happy Monday» signifierait «l'assouplissement des restrictions de verrouillage». Le Daily Star proclamait un «Lundi magique» avec à côté la date du 11 mai. Le Daily Mail disait: «Hourra! La liberté du déverrouillage approche » et le Daily Express annonçait, « Premiers pas vers la liberté ». Le Daily Mirror pro Parti travailliste titrait à la une, «Cinq étapes pour mettre fin au déconfinement - un plan d'assouplissement échelonné a été dévoilé... de lundi à octobre».

Le plan d'arrêt du confinement le plus tôt possible de l'élite dirigeante s'est heurté à une opposition généralisée des travailleurs face à une politique si criminelle et dangereuse. Alors qu'un sondage après l'autre révélait un soutien écrasant pour le maintien du confinement, le gouvernement s'est retrouvé politiquement surexposé par le triomphalisme des médias.

Malgré l'affirmation de Johnson que le Royaume-Uni avait «dépassé le pic» de la pandémie et qu'il était « dans la courbe descendante», des millions de gens savent que ce sont là des mensonges éhontés. Chaque jour, des centaines de nouveaux décès et des milliers de nouveaux cas de coronavirus sont annoncés. Vendredi, 626 décès ont été enregistrés, portant le total du Royaume-Uni à 31 241. 4 649 nouveaux cas ont porté leur total à 211 364. Rien que depuis le 1er mai, 40 111 nouveaux cas ont été annoncés, et 4 470 décès. Ces trois derniers jours, l'offensive de retour au travail s'intensifiant, il y eut 16 374 cas et 1 814 décès.

Le bilan des morts au Royaume-Uni, même selon les chiffres truqués du gouvernement, dépasse désormais de plus d'un millier celui de l'Italie. Les 243 décès annoncés par Rome vendredi y ont porté le nombre des morts à 30 201, le troisième pays, après les États-Unis et le Royaume-Uni, à dépasser les 30 000 morts.

L'opposition parmi des millions de travailleurs et dans la population en général s'est exprimée dans les hashtags les plus populaires de jeudi #KeepTheLockdown (maintenir le confinement) et #extendthelockdown (prolonger le confinement).

Un commentaire disait: «Les journaux à sensation britanniques ont massivement méjugé le sentiment public. Nous sommes blessés, nous sommes en deuil, nous luttons, nous sommes en colère, nous sommes fatigués et nous en avons marre qu'un gouvernement qui ne sert à rien et quelques fraudeurs fiscaux milliardaires et magnats des médias nous disent que tout va bien #KeepTheLockdown. »

Cette précipitation à imposer un retour au travail n'a aucun base scientifique. Un certain nombre de scientifiques éminents ont d'ailleurs créé un comité indépendant la semaine dernière contestant la réponse du gouvernement au COVID-19. Jeudi dernier, John Drury, professeur de psychologie sociale à l'Université de Sussex, a déclaré au Guardian: « Le langage des médias de droite et la célébration prématurée de la fin supposée du confinement est une présentation dangereuse et irresponsable de ce qui pourrait arriver ». Il a averti que ce message était en contradiction avec le «besoin de maintenir un lavage des mains et une distanciation sociale qui seront toujours nécessaires».

Forcé de s'adapter face à la colère du public, Johnson a déclaré jeudi matin au Conseil des ministres que le verrouillage devrait rester en place, avec quelques modifications mineures. Opération de limitation des dégâts oblige, le porte-parole officiel de Johnson a dit aux médias: «Le Premier ministre a déclaré qu'en examinant s'il pouvait y avoir un allègement des directives existantes, nous n'allons rien faire qui risque une deuxième vague. Nous avancerons avec un maximum de prudence afin de protéger le NHS (Service national de santé) et de sauver des vies. »

S'exprimant lors d'une conférence de presse depuis le bureau du Premier ministre plus tard jeudi, le ministre de la Santé, Dominic Raab, a officiellement prolongé le verrouillage de trois semaines et a déclaré que toute modification au confinement que Johnson devait annoncer dimanche serait «modeste, petite, progressive et soigneusement surveillée».

Dès jeudi soir, il ne restait plus rien des gros titres célébrant le 11 mai comme jour de la libération. Le gros titre du Daily Mail déclarait: «Tenez vous bien et attendez Boris». Ce journal écrit qu'« un sondage pour MailOnline a mis en évidence le défi que la 'coronaphobie' est susceptible de poser au gouvernement alors qu'il tente de remettre le pays en marche ». Le sondage révélait que «62 pour cent des Britanniques étaient plus préoccupés par les effets d'un arrêt trop rapide des restrictions draconiennes...» Il note avec inquiétude: «Environ sept personnes sur 10 pensent que les conducteurs d'autobus et de train, les enseignants et le personnel de santé devraient avoir le droit de refuser de reprendre le travail, même si le gouvernement dit que c'est sûr de le faire. Quelque 60 pour cent disent que l'État devrait continuer à couvrir une partie du salaire des gens, même si en théorie ils pouvaient reprendre leur travail. »

La retraite de Johnson a provoqué une intervention de Sajid Javid, ex ministre des Finances qui a démissionné en février. Dans sa première interview majeure depuis, il a insisté pour dire que les besoins des banques et des grandes entreprises devaient l'emporter. Alors que le Financial Times pointait une prévision de la Banque d'Angleterre que le Royaume-Uni était entré dans sa récession la plus profonde depuis 300 ans, Javid a déclaré qu'il était « inquiet pour la santé de nos banques ». Il a conseillé « une sorte de soutien aux banques quant à certains prêts les plus douteux et un effort pour aider les banques de cette manière, afin qu'elles puissent à leur tour aider l'économie et prêter ».

Bien qu'affirmant respecter les vues des scientifiques, son message principal était de «réfléchir attentivement à l'impact sur le reste de la société et sur l'économie et les emplois et les impacts sociaux plus larges et cela signifie, je pense, que lorsqu'il s'agit de tout rouvrir, il faudrait aller aussi loin et aussi vite que possible ».

Pointant la nécessité de renforcer l'exploitation de la classe ouvrière, il a ajouté: «Beaucoup de choses vont changer à la suite de cette crise.... Une chose qui ne devrait pas changer est notre compréhension du modèle économique qui conduit au taux de croissance le plus élevé possible, qui restera une économie de libre entreprise, à faible fiscalité et compétitive ».

Les événements de la semaine passée révèlent à quel point le gouvernement Johnson est un gouvernement de crise aiguë. Il a été installé par le Parti travailliste de Jeremy Corbyn et ne reste au pouvoir que grâce à l'appui de la bureaucratie syndicale et du Parti travailliste dirigé par Sir Keir Starmer.

Pendant cinq ans, Corbyn, en alliance avec les syndicats, a supprimé toutes les luttes de la classe ouvrière contre les conservateurs et a maintenu fermement la droite blairiste au sein du parti. Starmer, qui était assuré de la loyauté de Corbyn, s'est engagé à travailler de manière constructive avec les conservateurs tout au long de la pandémie dans un gouvernement d'unité nationale de fait.

(Article paru en anglais le 9 mai 2020)

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