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Crise du coronavirus: Québec solidaire se rallie à la droite autour du nationalisme économique

Par Louis Girard et Richard Dufour
29 juin 2020

Le World Socialist Web Site a récemment détaillé comment Québec solidaire (QS) a  endossé la gestion désastreuse de la pandémie de COVID-19 par les autorités canadiennes et facilité les efforts de l'élite dirigeante pour forcer un retour prématuré au travail et faire passer le profit avant les vies humaines.

La crise du coronavirus a également fourni à QS l'occasion de faire bloc avec la Coalition Avenir Québec (CAQ), qui forme depuis octobre 2018 un gouvernement de la droite dure sous la direction de François Legault, autour d'un programme commun basé sur le nationalisme économique.

Québec solidaire a accueilli l'initiative gouvernementale du «panier bleu», un site web faisant la promotion des produits «faits au Québec» selon le principe, énoncé par Legault, «qu'on devrait être autonome pour les biens qui sont essentiels». QS «demande au gouvernement de montrer l'exemple pour investir dans nos entreprises locales» et propose de «remplacer 40% des achats faits hors Québec par les institutions et ministères par des achats locaux d'ici 4 ans».

À l'autre appel protectionniste de la CAQ, concernant l'autosuffisance sur le plan du matériel médical, Québec solidaire répond positivement en demandant le «contrôle de notre approvisionnement médical». Il réclame une nouvelle institution de l'État québécois, Pharma-Québec, qui permettrait à un vaccin contre le coronavirus d' «être produit ici au Québec dès qu'il sera prêt, avec comme seul objectif de le rendre accessible rapidement à la population québécoise».

Alors que la pandémie de COVID-19 menace des millions de vies dans le monde et démontre la nécessité d'une réponse basée sur la science et coordonnée à l'échelle internationale, Québec solidaire fait étalage de son égoïsme national et de son esprit de clocher.

Son utopie réactionnaire de «l'achat local» ou du «vaccin québécois» fait partie d'un vaste tournant des élites dirigeantes au Canada, aux États-Unis et sur une échelle internationale vers le protectionnisme national.

On y retrouve toutes les sections de l'establishment - des courants d'extrême-droite aux tendances de la pseudo-gauche telles que Québec solidaire et le Parti de gauche allemand, en passant par les partis traditionnels conservateurs, sociaux-démocrates ou libéraux.

Ces forces tentent d'exploiter la catastrophe sanitaire et socio-économique déclenchée par la pandémie de COVID-19, qui est le résultat des décennies d'austérité capitaliste ayant dévasté les réseaux de santé publique et de la négligence criminelle des élites dirigeantes face à l'éclosion mondiale du coronavirus.

Les tenants du nationalisme économique utilisent la crise la plus profonde du capitalisme mondial depuis les années 30 pour porter aux nues l'État national et réclamer une production locale des ressources stratégiques. Tout cela, dans le contexte d'une lutte de plus en plus féroce sur la scène mondiale pour le contrôle des marchés et des profits.

C'est la signification des appels hystériques du président fascisant des États-Unis, Donald Trump, pour que les compagnies américaines réduisent leur présence en Chine et leur dépendance sur les produits chinois.

Abondant dans le même sens, la vice-première ministre du Canada, Chrystia Freeland, a réclamé dans une récente entrevue un «changement» dans le «modèle» économique canadien afin de mettre «plus d'accent sur des chaînes d'approvisionnement qui soient plus proches de chez nous».

En reprenant avec enthousiasme ce discours basé sur le nationalisme économique, Québec solidaire se joint aux forces anti-mondialisation dominées par l'extrême-droite. Mais l'intégration économique sans précédent permet en réalité de décupler les capacités productives de l'humanité et offre le potentiel de satisfaire pleinement les besoins sociaux de tous. Le vrai problème c'est que l'économie mondiale reste enchaînée au système de profit capitaliste et au carcan des États-nations rivaux.

Le protectionnisme et le nationalisme économique ne sont, en dernière analyse, que des préparatifs à la guerre.

QS a démontré qu'il est un parti pro-impérialiste et pro-guerre. Il a appuyé les interventions néo-coloniales menées par Ottawa aux côtés de Washington - que ce soit en Afghanistan, en Libye, en Syrie ou en Irak - en les couvrant de prétextes «humanitaires». Il a maintenu un silence complice non seulement sur la hausse drastique des dépenses militaires du Canada, mais aussi sur la participation des forces armées canadiennes aux opérations de l'impérialisme américain, en particulier contre ses rivales stratégiques que sont la Chine et la Russie. Et, fait significatif, QS a voté à son dernier congrès pour qu'un Québec indépendant bâtisse sa propre armée.

QS et le programme réactionnaire de l'indépendance du Québec

La promotion par QS d'un Québec indépendant - la formation d'un nouvel État capitaliste et impérialiste sur le territoire actuel de la province canadienne du Québec - est un programme profondément réactionnaire.

Non seulement a-t-il été complètement discrédité par son champion historique, le Parti québécois (PQ) pro-patronal, qui a appliqué la plus féroce austérité capitaliste chaque fois qu'il a formé le gouvernement provincial au cours du dernier demi-siècle.

Plus fondamentalement, le programme indépendantiste sert à diviser les travailleurs québécois de leurs frères et sœurs de classe du reste du Canada, des États-Unis et d'outremer.

Il sert aussi à subordonner politiquement la classe ouvrière à l'aile «souverainiste» de la classe dirigeante québécoise, qui réclame plus de pouvoirs d'Ottawa (et même un État séparé) comme levier pour faire valoir ses intérêts géopolitiques sur la scène mondiale et intensifier son assaut anti-ouvrier au pays au nom de «l'intérêt national».

En mettant de l'avant son «projet national», Québec solidaire prend sa place au sein de la section de la bourgeoisie québécoise qu'il appelle familièrement «la grande famille souverainiste».

Il se retrouve aux côtés des éléments les plus réactionnaires, y compris le Journal de Montréal, porte-voix de l'agitation contre les immigrants et les réfugiés. Un de ses chroniqueurs vedettes, l'idéologue ultra-droitier Mathieu Bock-Côté, a vigoureusement défendu le protectionnisme de Legault. «Une nation ne maîtrisant pas les leviers de sa souveraineté et une relative autonomie industrielle dans les domaines stratégiques», a-t-il écrit, «se met à la merci de ses fournisseurs étrangers en période de crise».

QS fait cause commune avec la CAQ nationaliste de droite

Québec solidaire est resté largement silencieux sur les deux lois chauvines adoptées par le gouvernement Legault: la loi 9 qui abaisse les quotas d'immigration et ajoute des «critères culturels» à la sélection des immigrants; et la loi 21 sur la «laïcité» qui cible les minorités ethniques en interdisant le port du foulard islamique ou autre signe religieux par les enseignants, et prive les femmes musulmanes au visage voilé de services publics essentiels.

QS a vite mis au rancart sa promesse de former la «véritable opposition» à la CAQ, faite au lendemain de l'élection québécoise d'octobre 2018, lorsqu'il avait profité de l'hostilité populaire aux partis traditionnels de l'establishment pour faire élire dix députés. Son orientation demeure une alliance politique avec l'aile «souverainiste» de la bourgeoisie québécoise - d'abord avec le PQ, et maintenant de plus en plus avec la CAQ.

Les critiques dirigées à l'occasion par Québec solidaire contre la CAQ sont complètement hypocrites. Lors d'un point de presse tenu le 26 mai dernier, par exemple, le co-porte-parole et leader parlementaire de QS, Nadeau-Dubois, accusait Legault de faire «partie de cette classe politique qui a tenu le discours d'austérité pendant des années». Mais peut-on parler d'un simple «discours» pour un homme qui dirige l'État québécois depuis octobre 2018?

Legault est non seulement un millionnaire, ex-PDG d'Air transat, qui a fait toute sa carrière politique en tant que défenseur acharné de la privatisation, de la déréglementation, et du démantèlement des services publics. Avant de devenir premier ministre du Québec, il a été successivement ministre de l'Industrie, ministre de l'Éducation et ministre de la Santé sous les gouvernements péquistes de Lucien Bouchard et Bernard Landry, qui ont appliqué de massives compressions budgétaires. Celles-ci, conjuguées aux vastes coupes des gouvernements libéraux et péquiste subséquents, ont réduit le système de santé à son état lamentable actuel, qui a facilité la rapide propagation de la COVID-19.

Nadeau-Dubois ne se contente pas de falsifier le passé politique de Legault pour en dresser un portrait moins marqué à droite. Il falsifie également son rôle politique actuel. «Le gouvernement de la CAQ», affirme le co-porte-parole de QS sur un ton nonchalant, «est arrivé au pouvoir dans une situation où il bénéficiait d'un surplus créé par des années d'austérité. Alors, il n'a pas eu à en faire lui-même.»

En fait, toute la politique menée par la CAQ depuis son arrivée au pouvoir a été marquée du sceau de l'austérité capitaliste la plus brutale - la constitution d'un gouvernement de chefs d'entreprise voué à la déréglementation et aux privatisations; la réduction des taxes sur la grande entreprise et la poursuite des compressions budgétaires; l'introduction de lois chauvines ciblant les immigrants et les minorités ethniques; la dénonciation des salaires «trop élevés» dans l'industrie manufacturière du Québec.

Le gouvernement Legault a profité de la crise du coronavirus pour invoquer l'état d'urgence sanitaire et s'arroger des pouvoirs extraordinaires lui permettant de passer outre les conventions collectives, réaffecter des employés au mépris des définitions de tâches, allonger les heures de travail, et annuler ou restreindre les vacances et congés fériés.

Avec la bénédiction du gouvernement fédéral libéral de Justin Trudeau, le premier ministre québécois a organisé un retour prématuré au travail qui met des milliers de vies en danger, dans un contexte où le coronavirus est plus présent que jamais, afin de permettre à ses amis et partenaires de la grande entreprise de continuer à s'enrichir sur le dos des travailleurs.

Legault cherche maintenant à imposer, avec la pleine complicité des centrales syndicales du secteur public, une nouvelle convention collective qui va réduire les salaires réels et empirer les conditions de travail pour plus d'un demi-million d'employés de l'État. Tout cela, dans un contexte où des milliers de travailleurs de la santé ont été contaminés, et plusieurs sont morts, par manque d'équipement de protection individuelle.

La déclaration de Québec Solidaire que le gouvernement Legault ne poursuit pas l'austérité capitaliste n'est pas seulement une absurdité politique. C'est un sérieux avertissement aux travailleurs que ce parti de la pseudo-gauche, qui représente les classes moyennes privilégiées, va tout faire pour étouffer l'opposition montante à la CAQ et à toute l'élite dirigeante canadienne.

La négligence criminelle des autorités face au coronavirus a exposé au grand jour l'incompatibilité entre le système de profit et les besoins les plus élémentaires des masses, y compris le droit à la vie. C'est ce qui alimente une résistance de plus en plus vive parmi les travailleurs.

Mais plus la lutte de classe gagne en intensité, plus QS se tourne vers la droite. Il se prépare ainsi à jouer un rôle aussi pernicieux que lors de la grève étudiante québécoise de 2012 et des luttes ouvrières du secteur public en 2015, lorsqu'il a répandu le poison du nationalisme et aidé les syndicats à contenir l'explosion de colère sociale dans le cadre capitaliste existant.

Les travailleurs et les jeunes qui cherchent une issue à la faillite du capitalisme en tant que système mondial doivent rejeter le programme nationaliste et pro-capitaliste mis de l'avant par Québec solidaire. La seule alternative progressiste à la crise actuelle réside dans l'unité internationale de la classe ouvrière et la lutte pour le socialisme mondial. C'est le programme pour lequel lutte le Parti de l'égalité socialiste au Canada, en étroite collaboration avec nos partis frères du Comité international de la Quatrième Internationale.

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