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France: des travailleurs de la grande distribution font grève alors que les baisses de salaire et les licenciements se multiplient

Par Will Morrow
29 juillet 2020

Des milliers de travailleurs de Castorama, la chaîne de bricolage grande distribution en France, ont lancé de multiples débrayages depuis la semaine dernière pour s'opposer au refus de l'entreprise de verser des milliers d'euros de primes liées à la pandémie de coronavirus.

Les travailleurs d'environ deux tiers des 100 magasins Castorama en France ont participé à des arrêts de travail ou à des opérations de coup de poing tout au long de la semaine dernière. Le nombre d'employés impliqués n'a pas été signalé, mais l'entreprise elle-même admet qu'au moins 20 pour cent des employés y ont participé. Castorama emploie 11 000 personnes en France. Elle appartient à 100 pour cent au groupe britannique Kingfisher, qui exploite également des magasins en Pologne et en Russie.

L'entreprise utilise l'accord qu'elle a signé avec les syndicats l'année dernière pour réduire les primes versées aux salariés. Par le passé, la prime était plafonnée en fonction du salaire d'un travailleur sur une année, mais Castorama l'applique maintenant sur la base du dernier trimestre, au cours duquel l'entreprise a été partiellement fermée en raison de la pandémie. Les syndicats calculent que la prime baisse de son niveau antérieur de 3 600 euros à seulement 900 euros, pour un salarié gagnant juste au-dessus du salaire minimum de 1 500 € brut par mois.

L'affirmation de la Fédération française démocratique du travail (CFDT) et de la Confédération générale du travail (CGT) selon laquelle elles sont choquées que Castorama applique l'accord le plus récent qu'ils ont signé, plutôt que le sens «comme prévu», est absurde. Les travailleurs sont habitués à ce que ces clauses soient régulièrement insérées dans des accords derrière leur dos par les syndicats et les entreprises lors de négociations en coulisses, leur permettant de réduire en cachette les salaires et les avantages sociaux des travailleurs.

Le fait que l'entreprise ait pu poursuivre ses activités dans tous les magasins sauf un, malgré l'opposition massive du personnel à ses réductions de salaires, montre que les travailleurs n'ont guère confiance dans les syndicats, qui ne sont rien de plus que des partenaires sociaux à la botte du patronat. Les syndicats se sont largement limité à des opérations coup de poing démoralisantes, avec des photos postées de travailleurs brandissant des pancartes devant des magasins restés ouverts.

Castorama réduit les avantages sur fond de ventes record depuis la fin du confinement. La société utilise la menace du chômage collectif comme une épée de Damoclès pour réduire les salaires tandis que les licenciements et les fermetures se propagent dans le secteur de la vente au détail.

Des dizaines de détaillants ont été placés en liquidation judiciaire. Le détaillant de mode Camaïeu est en liquidation et pourrait fermer, menaçant 3 900 emplois. Les repreneurs potentiels ont déclaré qu'ils conserveraient au plus les deux tiers des emplois.

Les travailleurs du magasin de mobilier de maison Alinéa au Mans ont organisé samedi une grève contre la fermeture prévue du magasin. La société est en liquidation et les repreneurs potentiels qui devraient prendre le contrôle de la société le 31 août prévoient de maintenir ouverts au maximum 9 des 28 magasins. Aucun des travailleurs qui ont fait grève n'appartenait à un syndicat, et le débrayage comprenait tous les caissiers du détaillant, pour faire en sorte que les clients puissent entrer dans le magasin sans rien acheter.

La principale préoccupation des syndicats est d'empêcher un mouvement social de toute la classe ouvrière en France et à travers l'Europe contre la vague de licenciements et d'austérité poursuivis par la classe dirigeante européenne. En France, le gouvernement Macron a installé un nouveau cabinet dirigé par le premier ministre Jean Castex avec pour mission d'accélérer le programme d'austérité qu'il poursuit depuis son entrée en fonction en 2017.

Castex a exclu tout retour à un confinement, quelle que soit la propagation du virus qui a déjà tué plus de 30000 personnes en France. Avec des cas quotidiens atteignant plus de 1100 en France la semaine dernière, contre quelques dizaines peu après le déconfinement du 11 mai, il est clair qu'il y a une résurgence du virus. Castex a déclaré samedi qu'un confinement « brise la progression de l'épidémie, certes, mais au niveau économique et social, c'est catastrophique... »

En d'autres termes, la mort potentielle de centaines de milliers de personnes ne peut pas faire obstacle au fonctionnement de la machine à profit des entreprises françaises.

Le gouvernement Macron prépare un plan de relance économique de 100 milliards d'euros qui sera annoncé le mois prochain et qui permettra de canaliser davantage de richesse dans les comptes bancaires et les portefeuilles d'actions des super-riches. Des coupes radicales dans les régimes de retraite, de chômage et d'autres services sociaux sont en cours de préparation pour financer les aides aux entreprises. Pendant tout ce temps, Castex rencontre continuellement les syndicats pour organiser cet assaut et tenter de réprimer une large opposition à cette politique dans la classe ouvrière.

Le 17 juillet, le gouvernement a annoncé qu'il reportait à l'année prochaine les négociations sur ses réformes des retraites avec les syndicats et qu'il retarderait l'imposition des réductions des allocations de chômage à l'année prochaine également.

Cela n'a rien à voir avec un changement de politique. Castex et Macron ont déclaré à plusieurs reprises qu'ils étaient déterminés à imposer des coupes impopulaires dans le système de retraite, y compris l'introduction d'un système de pension basé sur des points qui peut être utilisé pour réduire continuellement les droits conformément aux exigences budgétaires.

Castex a déclaré que le report des réformes était nécessaire parce qu'elles étaient une source particulière de « division». Les réformes des retraites ont déclenché des grèves massives des cheminots et d'autres travailleurs du secteur public à la fin de l'année dernière. Le gouvernement attend son heure jusqu'à ce qu'il ait imposé davantage de renflouements d'entreprises, et change potentiellement la forme de ses compressions budgétaires.

Les syndicats saluent le gouvernement Castex, affirmant frauduleusement qu'il se détourne de l'austérité, pour cacher aux travailleurs les attaques que Macron et les syndicats préparent.

Le chef de la CFDT Laurent Berger a répondu à l'annonce de Castex le 17 juillet par un tweet déclarant croire à la « sincérité du Premier ministre sur sa volonté de dialogue social et la conviction que la priorité est placée au bon endroit en termes d'objectifs et de calendrier : l'emploi ! »

Philippe Martinez, le chef de la CGT, a déclaré sur France Inter le 18 juillet que Castex était quelqu'un qui « connaît bien les syndicats, c'est quelqu'un de direct et c'est bien de ne pas tourner autour du pot ».

Le «passé» de Castex comprend la supervision de la restructuration du système public de santé en tant que conseiller, de 2005 à 2007, du gouvernement droitier de Nicolas Sarkozy. Il a introdui le modèle de «tarification à l'activité», permettant un financement aux hôpitaux en fonction du nombre d'interventions effectuées, ce qui a eu un impact dévastateur sur le système de santé. Cependant, il est connu pour avoir favorisé la poursuite de ces politiques favorables aux entreprises en étroite collaboration avec les syndicats, ce qui est la revendication majeure de la bureaucratie syndicale.

(Article paru en anglais le 28 juillet 2020)

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