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Jean-Bernard Pinatel : « Macron a perdu l'opportunité de jouer un rôle historique »

Né à Biarritz, Général (2s), Vice-Président GEOPRAGMA, officier parachutiste, docteur en études politiques, maitrise de physique, expert en géopolitique et en IE, créateur d'entreprise et auteur. conférencier

Par  al-ain.com - 2022/11/28

Dans une interview exclusive à Al-Aïn News, le Général (2S) Jean-Bernard Pinatel, Vice-président de GEOPRAGMA et expert dans la gestion des risques géopolitiques, s'est penché sur plusieurs axes concernant la crise russo-ukrainienne.

Q- Crise... guerre... conflit ou encore invasion, les termes changent d'un média à un autre voire d'un pays à un autre, ce qui se passe en Ukraine est encore ambiguë... Quelle nature conférez-vous à cette- disons- « situation » en Ukraine ?

La guerre en Ukraine est formellement une guerre limitée entre la  Russie et l'Ukraine mais est en fait une guerre voulue par les Etats-Unis pour éviter toute  alliance stratégique de l 'Europe de l'Ouest avec la Russie. Si cette alliance avait lieu elle aurait affaibli la domination que le camp anglo-saxons exerce sur le monde depuis la fin de l'URSS

Q- L'arrivée de Zelenski a fait basculer le pays dans le chaos, comment évaluez-vous ce président ukrainien jusqu'à présent ?

Pour moi Zélinsky n'est jusqu'à présent que le serviteur des intérêts américains, étroitement contrôlé depuis Washington. Mais deux actions qu'il a entreprises récemment pour essayer de faire escalader ce conflit (sabotage du pont de Crimée, missile S300 envoyé en Pologne) montre qu'il cherche à devenir acteur de cette relation qui ne lui offre aucune perspective pour reconquérir le terrain perdu.

Q- L'Ukraine ne cesse de formuler des demandes d'adhésion à l'OTAN, mais aucune suite favorable pour Zelenski!

Pourquoi cet atermoiement de la part du NATO?

Parce qu'un  affrontement entre l'OTAN et la Russie conduirait immanquablement à une guerre nucléaire ce que Washington veut absolument éviter comme l'a montré le refus de Biden, début mars, d'instaurer une zone d'exclusion aérienne au-dessus de l'Ukraine qui aurait conduit à un affrontement direct entre pilotes américains et russes avec les risques d'escalade inévitables. On l'a encore vu avec le missile S300 qui est tombé en Pologne. Alors que Zelensky proclamait que c'était un missile russe, les Etats-Unis et l'Otan l'ont démenti immédiatement

Q- Si, on ne sait jamais, l'OTAN approuve l'adhésion de l'Ukraine ?

Ce serait la guerre nucléaire mondiale

- Ca va changer quoi au niveau de l'équation Ukraine-Russie?

- L'OTAN peut riposter contre Moscou à votre avis en vertu des fameux articles 4 et 5 de sa charte?

- Comment y réagira Moscou? Elle recourra à ses alliés comme la Chine?

Non, le but des Etats-Unis est de maintenir cette guerre dans son périmètre actuel car le but de Washington est d'empêcher toute alliance stratégique entre l'Europe et la Russie et d'affaiblir la Russie et l'Europe. Car s'il y avait cette alliance, il y aurait la création d'un troisième acteur mondial qui arbitrerait l'affrontement des USA et de la Chine pour la suprématie mondiale. Les USA veulent rester dans un monde bi-polaire où l'Europe reste arrimée au monde anglo-saxon quitte à rejeter la Russie dans les bras de la Chine

Q- La Russie montre à chaque fois ses muscles en matière de nucléaire?

Il y dans le monde 9 pays qui possèdent des armes nucléaires dont deux superpuissances la Russie et les Etats-Unis. La Russie ne peut sanctuariser son territoire qui est étendu comme 35 fois la France que grâce à l'arme nucléaire. Elle n'a pas les  moyens militaires et économiques pour avoir une armée classique suffisante s'opposer autrement à une attaque classique de grande envergure

- Quelle possibilité pour le déclenchement d'une guerre nucléaire?

Une loi stratégique qui n'est jamais mise en avant est qu'une puissance nucléaire non seulement sanctuarise son territoire mais dispose d'UNE LIBERTE D'ACTION MILITAIRE QUASI-TOTALE dans les régions qu'elle est seule à considérer comme vitales pour sa sécurité. On la vu en 1963 lors de la crise des fusées de Cuba. On le voit aujourd'hui en Ukraine où la Russie et le seul pays nucléaire à considérer que ses intérêts vitaux sont menacés. On le v

Q- Sur le plan diplomatique, le Président français Emmanuel Macron, est en contact permanent avec Poutine.

erra demain à Taïwan si d'aventure les Taïwanais proclamaient leur indépendance et leur refus de faire partie désormais de la « Grande Chine ».

- Quel rôle pour Macron.. médiateur..ou autre chose?

- Comment évaluez la diplomatie française dans ce conflit?

Malheureusement proche de zéro c'est de la communication à usage interne.

 Le président Macron aurait pu jouer un rôle historique lorsqu'il était le Président de l'UE et qu'il discutait avec le Président Poutine avant le déclenchement de la guerre. Il lui suffisait de dire que la France d'accepterait jamais l'entrée de l'Ukraine dans l'OTAN et qu'il prenait ce même engagement pour l'UE mais par idéologie atlantiste et par manque de courage, il a perdu l'opportunité de jouer un rôle historique.

Q- La chine malgré son soutien un timide, ne serait-ce que sur le plan médiatique, à Poutine, demeure un allié de poids pour Moscou...

Oui

- Moscou peut compter sur le soutien de Pékin dans le conflit ukrainien?

Oui

Q- Iran...Russie.. et l'affaire des drones...

Quel rôle de l'Iran dans cette guerre?

L'Iran n'a pas voté les sanctions contre la Russie et donc peut vendre ses armes à la Russie. Cependant n'amplifions pas exagérément le rôle des drones encore aujourd'hui dans la guerre d'Ukraine même s'ils joueront un de plus en plus grand dans la guerre future.

Source: fr.al-ain.com

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 Jean-Bernard Pinatel

Le 28 novembre 2022

Philippe Gélie, le directeur adjoint de la rédaction du Figaro vient de publier sur figaro vox un article intitulé « le pari perdu de Poutine ». Certes Poutine, je lui accorde, a sous-estimé la préparation et la résistance héroïque des ukrainiens; oui une centaine de milliers de russes fortunés se sont repliés sur leur résidence secondaire en Occident mais ce journaliste comme les autres prend ses désirs pour la réalité.

Le 24 février 2023 lorsqu'on fera le bilan d'un an de guerre que constaterons nous ? Une Ukraine amputée de 4 oblats représentant 15% de son territoire et 25% de son PIB, des forces russes installées en défensive et une Ukraine, exsangue dont les pertes sont supérieures à 100 000 hommes (d'après le chef d'Etat-major américain), incapable de reprendre le terrain perdu malgré la centaine de milliards de dollars et de matériels fournis par l'occident (sans compter les milliards détournés par les oligarques ukrainiens vers les paradis fiscaux); enfin une Europe affaiblie et pratiquement en récession car elle ne peut se passer du gaz russe. Je pense au contraire que les dirigeants européens s'ils avaient défendus les intérêts leurs peuples au lieu d'être soumis à Washington auraient pu éviter cette guerre. Et en plus des conséquences importantes sur notre prospérité, elle va constituer une étape dramatique de plus dans la perte d'influence de l'occident après nos échecs en Afghanistan, Pakistan, Irak, Syrie, Libye avec les conséquences sur le Sahel et l'Afrique sub sahélienne. En effet, la Chine, l'Inde, la majorité des pays musulmans et 40% des pays africains représentants les deux-tiers de l'humanité n'ont pas voté les sanctions contre la Russie. Oui malheureusement s'il y avait un « pari perdu » à prendre, je ne parierai pas sur Poutine !

(Page Facebook  Jean-Bernard Pinatel)

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