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Marine Le Pen en compagnie du maire RN d'Hénin-Beaumont Steeve Briois en mars 2025.
La cour d'appel de Paris envisage «une décision à l'été 2026» dans l'affaire de Marine Le Pen, condamnée à cinq ans d'inéligibilité. Une annonce saluée par la principale intéressée après le choc de la décision de première instance.
La cour d'appel de Paris a jeté une lueur d'espoir dans le camp de Marine Le Pen en annonçant le 1er avril qu'elle examinerait son dossier dans des délais permettant «une décision à l'été 2026». Condamnée le 31 mars à quatre ans de prison, dont deux avec sursis, et surtout à cinq ans d'inéligibilité avec exécution provisoire pour détournement de fonds publics dans l'affaire des assistants parlementaires du Front national (devenu RN), la présidente du groupe RN à l'Assemblée nationale voit dans cette rapidité judiciaire une opportunité. «C'est une très bonne nouvelle dans laquelle je veux voir le trouble qu'a créé le jugement», a-t-elle déclaré au Parisien, soulignant l'impact de cette peine qui, à ce stade, l'empêche de se présenter à la présidentielle de 2027.
Marine Le Pen engage de multiples recours
La cour d'appel, saisie de «trois appels» après les condamnations de Marine Le Pen et du Rassemblement national, a surpris par cette diligence inhabituelle. À titre de comparaison, François Fillon avait attendu 679 jours entre sa condamnation initiale et l'appel, un calendrier qui aurait repoussé le verdict de Marine Le Pen à février 2027, trop tard pour la course à l'Élysée. Cette accélération, qualifiée d'«exceptionnelle» par son avocat Maître Rodolphe Bosselut, pourrait permettre une décision favorable avant l'élection, soit une relaxe, soit une levée de l'exécution provisoire de l'inéligibilité. «C'est un désaveu de la première décision, tellement disproportionnée», a estimé son conseil, voyant dans cette hâte un signe de malaise judiciaire.
Marine Le Pen ne compte pas s'arrêter là. Elle a annoncé vouloir saisir le Conseil constitutionnel via une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) pour contester «l'incompatibilité» entre son inéligibilité immédiate et la liberté des électeurs garantie par la Constitution. Parallèlement, elle envisage un recours en référé auprès de la Cour européenne des droits de l'homme, arguant que le jugement «crée un préjudice irréparable». «Nous croyons que nous allons gagner», a-t-elle assuré, refusant pour l'instant d'envisager un «plan B» avec Jordan Bardella, président du RN, comme alternative.
Malaise jusqu'à Matignon
Cette affaire a aussi suscité des réactions au-delà du RN. François Bayrou, Premier ministre, s'est exprimé lors d'un petit déjeuner à Matignon le 1er avril, déclarant : «C'est le seul pays où on fait ça». Une prise de position qui a surpris, François Bayrou semblant critiquer l'application immédiate de l'inéligibilité, une mesure rare en droit français. Son entourage avait déjà confié à l'AFP qu'il était «troublé par l'énoncé du jugement». Cette sortie a provoqué une réplique du député RN Jean-Philippe Tanguy, qui a lancé : «Si Monsieur Bayrou pense cela, qu'il dépose un projet de loi pour éclaircir la loi». Le malaise du chef du gouvernement reflète un débat plus large sur l'équilibre entre justice et droits politiques, dans un contexte où la condamnation de Marine Le Pen divise l'opinion, notamment à gauche.
À deux ans de l'élection présidentielle, ce calendrier judiciaire redessine les perspectives du RN. Une décision à l'été 2026, si elle est favorable, pourrait relancer sa candidature. Mais le chemin reste semé d'embûches : la confirmation de sa peine en appel signerait un coup d'arrêt définitif à ses ambitions élyséennes. En attendant, le parti mise sur ses recours et sur une mobilisation de ses soutiens pour transformer cette épreuve en tremplin politique.