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Une vue générale montre les sièges sociaux des banques françaises à La Défense, près de Paris. [Photo d'illustration]
D'ici 2030, l'intelligence artificielle pourrait entraîner la suppression de près de 200 000 emplois dans les banques européennes, soit environ 10 % des effectifs actuels. C'est la projection établie par Morgan Stanley alors que les établissements cherchent à automatiser toujours plus leurs services pour réduire leurs coûts.
Les banques européennes amorcent une transformation profonde. Selon une analyse de Morgan Stanley, relayée par le Financial Times, environ 200 000 emplois pourraient disparaître d'ici 2030 sous l'effet de l'intelligence artificielle (IA). Cela représenterait près de 10 % des 2,12 millions de salariés du secteur.
Les postes les plus menacés se concentrent dans les « services centraux » : middle-office, back-office, conformité et gestion des risques. Des fonctions cruciales mais facilement automatisables. « L'IA a déjà supprimé des emplois dans la partie qui n'est pas face aux clients », a reconnu Niccolò Ubertalli, patron de CCF (ex-HSBC France), sur BFM Business. Il cite l'exemple du crédit immobilier désormais délivré en une journée - au prix de suppressions de postes supplémentaires.
La tendance est bien amorcée. En novembre 2023, ABN Amro avait annoncé vouloir supprimer 20 % de ses effectifs d'ici 2028. En France, le directeur général de Société Générale, Slawomir Krupa, a confirmé son intention de repenser en profondeur l'organisation de la banque, déclarant que « rien n'est sacré ».
L'IA, outil d'optimisation sous surveillance
Face à une rentabilité en retard sur leurs homologues américains, les banques européennes sont poussées à réduire leurs coûts. Selon Morgan Stanley, l'IA pourrait générer jusqu'à 30 % de gains d'efficacité, notamment en améliorant le ratio coûts/revenus, indicateur clé pour les investisseurs.
Dans une note, UBS estime que 2026 pourrait marquer un tournant si l'IA démontre un réel impact sur la productivité. La banque suisse a d'ailleurs envoyé 250 de ses hauts dirigeants à un sommet sur l'IA à Oxford.
Pourtant, les résultats concrets tardent. « Les banques ne rapportent pas encore d'amélioration en termes d'efficacité », constate Jason Napier, responsable de la recherche sur les banques européennes chez UBS. Selon lui, « ces outils puissants n'ont pas encore été pleinement déployés ».
Une dépendance technologique accrue
Plusieurs voix s'élèvent pour alerter sur les risques d'une adoption précipitée. Conor Hillery, codirecteur Europe de JPMorgan Chase, rappelle dans le Financial Times que « dans cette ruée vers l'IA, nous devons veiller à ne pas perdre la compréhension des fondamentaux ». Il insiste sur la nécessité de former les jeunes recrues aux bases du métier.
La banque d'investissement n'échappe pas à la vague. En octobre 2023, Bloomberg a révélé qu'OpenAI avait lancé le projet « Mercury », visant à créer une IA capable de remplacer les analystes juniors dans les tâches de modélisation financière. Plus de 100 anciens banquiers auraient été recrutés.
En Europe, des pays comme la France et l'Allemagne sont particulièrement exposés, leurs banques souffrant de ratios de coûts élevés. Derrière l'automatisation se cache surtout l'intérêt de grands groupes technologiques américains, comme Microsoft, Google ou Oracle. Loin d'émanciper les banques européennes, l'IA semble accentuer leur dépendance à des infrastructures étrangères, au détriment de leur souveraineté économique.