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Assemblée nationale. [Photo d'illustration]
Adoptée sans portée contraignante, la résolution LR sur les Frères musulmans a révélé de profondes fractures à l'Assemblée. Le gouvernement et la gauche pointent l'absence de fondement juridique solide et le risque d'amalgames. Le débat, dominé par les tensions entre LFI et le RN, a éclipsé toute discussion sereine sur l'islamisme politique.
Adoptée le 22 janvier par 157 voix contre 101, la proposition de résolution portée par Les Républicains (LR), visant à inscrire la mouvance des Frères musulmans sur la liste des organisations terroristes de l'Union européenne, a surtout mis en lumière les profondes divisions politiques à l'Assemblée nationale.
Inscrit à l'ordre du jour de la niche parlementaire de LR, ce texte non contraignant a donné lieu à près de cinq heures de débats particulièrement houleux, éclipsant largement ses initiateurs.
À l'origine du texte, le député LR Éric Pauget a défendu une démarche ciblant non pas l'islam ou les musulmans, mais une idéologie politique islamiste qu'il accuse de chercher à imposer la charia par des stratégies d'entrisme et de double discours. Pour étayer son propos, il s'est appuyé sur le rapport du ministère de l'Intérieur publié en mai 2025 sur l'islamisme politique en France, abondamment cité par l'ensemble des groupes, chacun y trouvant des arguments en faveur de sa position.
Un débat plus que clivant
Le gouvernement, par la voix de la ministre déléguée Éléonore Caroit, a reconnu partager les préoccupations sécuritaires exprimées, tout en formulant de fortes réserves juridiques. Selon l'exécutif, l'absence de preuves établissant un lien direct et systémique entre les Frères musulmans et des actes terroristes expose la France à d'importants risques de contentieux, notamment devant la Cour de justice de l'Union européenne. Ces réserves n'ont toutefois pas empêché les groupes du bloc central de voter le texte aux côtés de LR et du RN.
Pour contourner cette faiblesse juridique, la droite et l'extrême droite ont mis en avant le Hamas, branche palestinienne issue des Frères musulmans et déjà classée organisation terroriste par l'UE, ainsi que des exemples étrangers comme l'Autriche ou les États-Unis. À gauche, ces comparaisons ont été vivement contestées, les députés dénonçant l'exemple de régimes autoritaires arabes et accusant la résolution de nourrir des amalgames dangereux.
Le débat a rapidement dégénéré en affrontement idéologique entre LFI et le RN, ponctué d'invectives et d'incidents de séance, illustrant l'impossibilité d'un échange apaisé sur les questions de laïcité et d'islam politique. Pour la gauche, cette résolution relève davantage d'une manœuvre politique destinée à séduire l'électorat conservateur que d'un outil efficace de lutte contre l'extrémisme.