Le procès contre le conglomérat industriel américain 3M s'est ouvert mardi 24 février en Belgique. Plus d'un millier de riverains ont attaqué l'usine chimique pour les avoir exposés à des PFAS, aussi appelés polluants éternels.
Le procès opposant l'usine 3M à un collectif de citoyens devrait durer au moins trois jours. D'un côté, la mise en cause : l'usine du groupe 3M - connu pour son Scotch et ses Post-it - située à Zwinjndrecht, près du port d'Anvers en Belgique. De l'autre, quelque 1 400 riverains réunis sous l'appellation "Darkwater3M".
Le collectif de plaignants accuse le groupe étasunien de les avoir exposés pendant des années aux rejets de composants de la famille des PFAS.
Parmi eux, un couple de retraités atteint d'un cancer de la prostate et de troubles thyroïdiens, une mère et ses enfants au sang fortement contaminé aux PFAS, des produits chimiques très utilisés dans l'industrie pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes ou de résistance à la chaleur, mais dont on craint de graves effets sur la santé.
Un échantillon du nombre grandissant d'Européens affectés par les polluants éternels se trouve dans la salle d'audience d'Anvers, en Belgique.
"C'est du poison qu'on a reçu dans notre jardin, dans notre sang, dans notre corps", gronde une plaignante. Une accusation, qui semble fondée. "Le gouvernement flamand a fait un test sur le voisinage de la fabrique 3M dans un rayon de 5 km", justifie l'avocat des habitants, Geert Lessens, "et il s'est avéré que la moitié d'entre eux présente un taux trop élevé de PFAS dans le sang. On parle là de 45 000 personnes."
L'affaire remonte à 2021, lorsque des niveaux de pollution anormaux ont été révélés dans les eaux souterraines et les sols lors d'un chantier situé à proximité de l'usine. À l'époque, il avait été déconseillé, dans un rayon de 15 kilomètres, de manger les fruits et légumes des jardins ou les œufs des poulaillers.
Avec cette procédure collective, les riverains espèrent que leur droit à un environnement sain, inscrit dans la Constitution belge, et leur droit à une bonne santé seront reconnus. Ils demandent aussi une indemnisation de 25 euros par jour depuis la révélation, en 2021, de la pollution autour de l'usine. Soit 20 000 euros par personne.
Et ce n'est qu'un début, assure l'avocat, car tous les impacts des PFAS sur leur santé ne sont pas encore mesurables. "C'est comparable avec l'amiante. L'amiante a eu une période d'incubation d'une dizaine d'années", explique-t-il.
Le groupe 3M rappelle, quant à lui, qu'il a signé un accord amiable avec le gouvernement régional pour financer une vaste opération de dépollution des sols, à hauteur de 570 millions d'euros.
Dans le même temps, en France, 18 villages du nord-est du pays ne peuvent plus boire l'eau du robinet contaminée aux PFAS. Une plainte a été déposée dans les Vosges et une enquête judiciaire a été ouverte dans la Meuse.
