
© Adnan Farzat Source: Gettyimages.ru
Emmanuel Macron, président de la République française, le 21 février 2026 [Photo d'illustration].
Invoquant une "période de rupture" sur le plan géopolitique qui justifierait un "durcissement" de la doctrine nucléaire française, Emmanuel Macron a annoncé ce 2 mars depuis l'Île Longue la "mise en place progressive" d'une "dissuasion avancée" à laquelle participeraient des pays du continent européen.
"La France assumera donc toujours seule - en intégrant à sa réflexion les intérêts de nos alliés - le franchissement délibéré du seuil nucléaire". Dans un discours à rallonge, teinté d'un en même temps dont il a le secret, Emmanuel Macron a présenté ce 2 mars depuis la base militaire l'Île Longue - située dans la rade de Brest - sa conception de l'avenir de la dissuasion nucléaire française.
De la même manière que les "intérêts vitaux" intrinsèques à la doctrine nucléaire française n'ont "jamais énoncés précisément, à dessein", le locataire de l'Élysée semble également avoir joué sur cette ambiguïté stratégique pour entrouvrir la porte de cette singularité tricolore à des "partenaires" européens.
S'il assure qu'"il n'y aura aucun partage de la décision ultime, ni de sa planification, ni de sa mise en œuvre" de l'arme nucléaire, et que la définition de ces fameux intérêts vitaux "restera d'appréciation souveraine pour notre pays", Emmanuel Macron a également mis en avant "la dimension européenne" que ces mêmes intérêts vitaux auraient. Il a également estimé qu'"aujourd'hui plus que jamais, l'indépendance ne peut être la solitude".
Une approche que l'actuel locataire de l'Élysée - dont le mandat présidentiel s'apprête à entrer dans sa dernière année - a baptisée "dissuasion avancée" et qui selon lui offrirait une "profondeur" aux forces stratégiques françaises au travers du "continent européen". "La dissuasion avancée proposée à nos partenaires européens organise un épaulement stratégique nouveau, qui renforce la sécurité collective tout en maintenant la décision ultime au niveau national", a-t-il présenté. Un "épaulement" qui, a-t-il détaillé, prend la forme de capacités conventionnelles telles que l'"alerte avancée", la "défense aérienne élargie" ou encore la "frappe dans la profondeur" de territoires adverses.
"Dès cette année"
Dans la forme, les "premières étapes de cette coopération" voulue par Macron, autour de cette dissuasion nucléaire développée aux frais du contribuable français au fil des décennies, se concrétiseraient "dès cette année" au travers de "visites de sites stratégiques" et d'"exercices conjoints".
Au-delà du Royaume-Uni dont de "hauts responsables" auraient "dès cet hiver [...] assisté à des exercices de nos forces aériennes stratégiques", ou de l'Allemagne "partenaire clé de cet effort", figureraient également la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark d'après le président français.
Fort du fiasco annoncé du SCAF, qu'il avait tenu à recentrer sur les Allemands au lendemain du Brexit, Emmanuel Macron a par ailleurs annoncé que Français, Britanniques et Allemands allaient "travailler ensemble à des projets de missiles de très longue portée". Une collaboration qui, a-t-il précisé, s'inscrit "dans le cadre de l'initiative dite ELSA", pour European Long Range Strike Approach, lancée en 2024 et incluant également l'Italie, la Pologne et la Suède.
"Cela nous donnera de nouvelles options pour gérer conventionnellement l'escalade à l'heure où les adversaires déploient technologies et armements nouveaux", s'est-il notamment justifié dans ce discours où il a - une fois n'est pas coutume - pointé du doigt la Russie, mais également la Corée du Nord et la Chine.