
par Amal Djebbar
PAS ASSEZ CHER ! Toujours pas assez cher, vous entendez ?
Ça geint, ça proteste à demi-mot, ça soupire dans les files d'attente... Et puis quoi ? Rien. On passe à la caisse, on rentre sagement, et le silence retombe. Une indignation de façade, aussitôt avalée, aussitôt digérée.
Alors, oui, qu'on augmente tout ! Absolument tout ! Puisqu'il reste encore de quoi presser, encore de quoi ponctionner. Ceux qui ont, paieront sans broncher - ou presque - et ceux qui n'ont déjà rien, se serreront davantage la ceinture. Après tout, ils ont l'habitude, non ? Rogner sur la nourriture, sur le nécessaire, sur leur dignité même.
Plus cher ! Toujours plus cher ! Qu'on pousse la farce jusqu'au grotesque. Qu'on observe, amusés, ces révoltés de salon qui tempêtent, mais ne bougent jamais. Ça crie, ça s'indigne, ça "chourine" à tous les coins de rue - mais jamais un regard levé, jamais un doigt pointé vers les véritables responsables.
Ici, on prépare Pâques, on se promène en voiture, et toutes les machines de taille tournent à plein régime. Personne ne râle ; je n'entends même pas de plaintes. Par chez moi, c'est un autre degré d'hypnose : une mollesse épaisse qui engloutit tout. On enchaîne les apéros, les sorties, et les achats de chocolats de Pâques - surtout, ne rien oublier.
Le courage, il n'y en a jamais eu ici, et il n'y en aura jamais... C'est un fait historique même.
Car il faudrait peut-être finir par le dire clairement : le problème n'est pas une étiquette de prix. Le problème, c'est un système politique qui vous tond, vous taxe, vous essore - pour financer ses ambitions, ses privilèges, ses héritiers - et qui, dans le même mouvement, vous méprise ouvertement.
Et vous payez. Encore. Toujours.
P.S. : N'attendez pas que les Gilets jaunes aillent se faire casser la gueule à votre place. Débrouillez-vous ! Autre chose, ce matin au café, on ne parlait pas de la hausse de l'essence, mais d'un WE au palace et du voiturier voilà, voilà