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Palais de l'Elysée, siège de la présidence française. [Photo d'illustration]
La justice française enquête sur la société Archange Solutions Osint, fondée par d'anciens militaires, certains d'entre eux ayant travaillé à l'Élysée. Six personnes ont été mises en examen, soupçonnées d'avoir compromis des documents classifiés et envisagé un trafic d'armes de guerre.
Une affaire, révélée par Le Monde, mêlant secret-défense, anciens militaires et possibles trafics d'armes secoue les cercles sécuritaires français. Au centre du dossier : la société privée Archange Solutions Osint, fondée par l'ex-sergent-chef David B., aujourd'hui soupçonnée d'avoir servi de plateforme pour l'exploitation et la commercialisation d'informations classifiées et de matériel de guerre.
L'enquête, menée avec l'appui de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), a déjà conduit à la mise en examen de six personnes pour compromission du secret de la défense nationale, un chef d'accusation particulièrement rare, surtout lorsqu'il vise des militaires ou anciens membres des forces armées.
Parmi les mis en cause figure Ludovic P., militaire français de 38 ans ayant exercé jusqu'en 2025 comme linguiste détaché à l'Élysée. Sa fonction consistait à préparer les communications sensibles du chef de l'État avec la Russie et à produire des notes d'analyse sur l'actualité du Kremlin, un poste nécessitant une habilitation de haut niveau.
Interpellé le 13 avril dans les locaux de la DGSI à Levallois-Perret, il a été mis en examen pour "soustraction, détournement et divulgation du secret de la défense nationale". Les enquêteurs cherchent à établir s'il a transmis des documents confidentiels à la structure Archange.
Des documents sensibles et du matériel militaire saisis
Selon les premiers éléments de l'enquête, une perquisition au domicile de David B. a permis la découverte d'un drone, de lunettes connectées, d'un traceur réseau ainsi que de notes classifiées estampillées "secret" stockées sur les serveurs de l'entreprise.
Officiellement, Archange Solutions Osint se présentait comme une société spécialisée dans l'analyse géostratégique et le renseignement en source ouverte (Osint), mais les investigations ont rapidement révélé des activités bien plus sensibles.
Des échanges récupérés par les enquêteurs évoqueraient en effet des projets de vente d'armes et de matériel de guerre, notamment des hélicoptères, des obus de 120 mm, des munitions et des mines antichars. Certains messages feraient également référence à des transactions potentielles avec des mercenaires ou des États du Sud.
Une affaire aux implications stratégiques
Au total, trois militaires en activité et deux anciens militaires sont directement concernés par l'enquête, auxquels s'ajoute au moins une civile. Parmi les suspects figure également Océane A., elle aussi linguiste et affectée à l'Élysée.
L'affaire soulève de nombreuses interrogations sur la circulation de documents sensibles au sein des cercles militaires et sur l'éventuelle instrumentalisation de compétences stratégiques acquises dans les institutions de l'État à des fins privées.
Au-delà de la compromission du secret-défense, les enquêteurs cherchent désormais à déterminer l'étendue exacte des activités d'Archange, l'origine des documents classifiés retrouvés sur ses serveurs, ainsi que l'identité des éventuels clients ou bénéficiaires de ces informations et matériels.