16/06/2026 euro-synergies.hautetfort.com  5min #317282

Au-delà de la remigration: les questions que la politique italienne n'aborde pas

Luca Bagatin

Source:  amoreeliberta.blogspot.com

La remigration fut, historiquement, un projet promu par le syndicaliste et écrivain jamaïcain Marcus Garvey (1887-1940) (photo).

Garvey fut parmi les premiers promoteurs du mouvement panafricain, fondé sur l'unité des peuples d'origine africaine et sur la recherche de leur autodétermination et de leur émancipation, sur les plans culturel, politique et économique, afin de s'affranchir du colonialisme et du racisme européen et américain.

Son slogan, "L'Afrique aux Africains", s'inscrivait dans cette logique et il fut l'un des premiers à théoriser la naissance d'une nation africaine forte, souveraine et indépendante.

C'est dans ce contexte qu'est né son concept de remigration, ou de "retour en Afrique" (Back to Africa), c'est-à-dire encourager le retour volontaire en Afrique des peuples qui avaient dû la quitter, afin de s'affranchir des sociétés occidentales et de travailler à la construction d'une nation africaine sur leur terre d'origine.

Un projet souvent saboté par les gouvernements occidentaux, qui tiraient leur force du colonialisme et de l'exploitation des Africains.

Le panafricanisme d'inspiration nationaliste de Garvey, mais aussi celui d'inspiration socialiste de W. E. B. Du Bois, ont d'ailleurs beaucoup influencé les mouvements pour les droits civiques et des personnalités politiques telles que Thomas Sankara, Kwame Nkrumah, Mouammar Kadhafi et, plus récemment, Kemi Seba.

Cela a de quoi surprendre d'entendre une certaine extrême droite italienne parler aujourd'hui de "remigration", en utilisant ce terme à des fins de propagande et en ignorant sa signification originelle.

Dans leurs programmes et projets, il n'est en effet jamais fait mention des responsabilités occidentales, ni des guerres d'invasion et de prédation menées contre les peuples du Tiers et du Quart Monde, qui figurent parmi les principales causes de l'immigration de masse.

Un aspect, d'ailleurs, qui n'est nullement abordé non plus par la droite gouvernementale ni par la prétendue gauche d'opposition, en Italie.

Peut-être parce que l'immigration arrange les entreprises, qui peuvent ainsi payer moins leurs employés immigrés. Peut-être parce que nous continuons d'être alliés à des gouvernements qui, ces guerres d'exportation de mort et de prédation, continuent de les mener ou, comme la France et/ou les États-Unis, continuent d'être fiers de leur passé colonial et de leur présent néocolonial.

Ce qui devrait pourtant scandaliser, c'est qu'il existe encore des forces politiques qui agitent des épouvantails propagandistes, sans jamais aller au cœur du problème.

Et ce sont, malheureusement, la très grande majorité.

Il est étonnant que l'on crie au scandale lorsqu'un crime est commis par un immigré, alors que l'on s'abstient de le faire lorsqu'il est commis par un compatriote.

Et ainsi, on sous-estime le phénomène, extrêmement dangereux, des bandes de jeunes, des viols, des violences domestiques ou en maison de retraite, des féminicides. On pense tout résoudre avec des mesures ridicules comme le bracelet électronique ou l'assignation à résidence, au lieu d'introduire et d'appliquer des peines sévères et exemplaires, qui pourraient aller jusqu'à la déchéance de la nationalité et la perpétuité incompressible, y compris pour les citoyens italiens qui commettent des crimes contre la personne, surtout s'ils visent des mineurs, des personnes âgées ou des personnes incapables de se défendre.

On parle à tort et à travers de "remigration", mais on se garde bien de parler de la défense des droits humains de chaque victime de violence. Une violence de plus en plus répandue dans les rues et qui n'est aucunement endiguée par une classe politique qui, en dehors de la propagande électorale, se garde bien d'intervenir et de soulever sérieusement la question, en la plaçant au premier plan de l'agenda politique.

Est-il possible qu'il existe des pays où, si un mineur commet un délit ou des actes de violence contre une personne, il va en prison dès l'âge de 12 ans (et, à mon avis, il serait juste qu'il soit également incorporé dans l'armée à 18 ans, afin d'être utile à la société toute sa vie et d'apprendre la discipline) et où les parents sont sanctionnés par une amende et un parcours de rééducation, alors qu'en Italie cela n'existe pas ?

Sans une société moralement assainie et ordonnée, on n'ira pas loin et les violations des droits des victimes n'iront qu'en augmentant de façon démesurée, mais cela, la classe politique ne veut ni le comprendre, ni en assumer la moindre responsabilité.

L'agenda politique devrait être centré sur peu mais de vrais points fondamentaux, dont personne ne parle actuellement dans ce pauvre pays : justice sociale, souveraineté nationale, indépendance économique, ordre et respect d'autrui.

Et tout cela n'est ni de droite, ni de gauche, mais devrait, à mon sens, être au service de la communauté.

Une communauté qui devrait enfin être placée au centre. Non pas au sens politique ou idéologique (d'autant que, désormais, ceux qui se disent du centre regardent vers l'extrême droite), mais au sens pratique et pragmatique.

Luca Bagatin

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