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Des policiers à Évian-les-Bains, lors du sommet du G7, le 17 juin 2026 [Photo d'illustration].
Selon l'hebdomadaire Le Point, afin de traiter la demande expresse de Gérald Darmanin de réétudier d'ici mi-juillet les 70 000 dossiers de plaintes pour violences sexuelles sur mineurs dans la foulée du scandale Lyhanna, consigne aurait été donné aux forces de l'ordre de lever le pied sur les interpellations le temps de ce réexamen.
"Le système est complètement thrombosé". Tel est le constat dressé par Jean-Baptiste Bladier, procureur de Meaux, cité par Le Point. Dans une enquête publiée ce 22 juin, l'hebdomadaire jette la lumière sur les consignes qui ont été données aux policiers et gendarmes à la suite de l'ordre du ministre français de la Justice de réétudier les dossiers de plaintes pour violences sexuelles sur mineurs.
"Ils ont jusqu'au 14 juillet, c'est-à-dire un mois, pour reprendre l'intégralité des plaintes qui touchent les enfants. L'intégralité", avait martelé Gérald Darmanin, lors d'une interview sur LCI le 7 juin, trois jours après la découverte du corps de la jeune Lyhanna dans un silo agricole du Gers. Cette adolescente de 11 ans avait été enlevée, violée et tuée par un homme ayant pourtant fait l'objet de plusieurs signalements et plaintes restés sans réponses.
Une directive qui n'est visiblement pas sans conséquence sur le travail des fonctionnaires et militaires du ministère de l'Intérieur. "Plus aucune interpellation jusqu'au 14 juillet, le temps que les dossiers de viol et d'agressions sexuelles soient traités", a déclaré au Point un policier en poste dans l'ouest de la France. "Hors la flagrance" précise un gendarme, également cité par l'hebdomadaire au lendemain de la Fête de la musique au cours de laquelle 268 interpellations ont été effectuées en France, "on ne doit plus faire d'autres opérations qui génèrent des arrestations pour ne pas engorger le parquet".
"On va générer du stock sur d'autres infractions. Les atteintes aux biens, les abus de faiblesse, le trafic de stup, la violence du quotidien, peut-être même les violences conjugales de nouveau", a confié un procureur toujours auprès du Point qui dresse le constat de magistrats débordés et dorénavant sous pression.
Tribunaux français : 2,7 millions de procédures en stock
Comme le relate Le Point, qui évoque des "injonctions qui pleuvent", les futurs dossiers relatifs à des plaintes pour violences sexuelles sur mineurs devront "être notifiés à la permanence par mail, avec le criblage du suspect, le lieu des faits et le domicile de la victime et de l'auteur, les actes d'investigation envisagés".
Par ailleurs, a ajouté l'hebdomadaire citant une "note express" de la Direction générale de la gendarmerie, les magistrats devront demander chaque mois "un inventaire des stocks par unités, par ancienneté et par index" et la transmission des procédures entre deux services devra s'effectuer "selon des modalités permettant sa réception immédiate" et "s'accompagner systématiquement d'un échange direct permettant de s'assurer de la bonne prise en compte des enquêtes".
Ce branle-bas de combat, dans les palais de justice, n'octroie pas pour autant un blanc-seing au ministre de la Justice aux yeux du Point. "Risque-t-il d'y avoir d'autres Lyhanna, d'autres Rosa ?", s'est interrogée l'autrice de cet article-fleuve. "À la lumière crue de ces deux crimes, les politiques sont hantés par cette question, car ils savent pertinemment qu'il existe 2,7 millions de procédures en stock actuellement dans les services de police, un chiffre issu d'un rapport de juin 2023 gentiment mis sous le boisseau par le ministre de l'Intérieur d'alors, Gérald Darmanin", a-t-elle enchaîné.