Par Alexandra Buste, Xavier Lalbin
"Assistanat", "pognon de dingue", "traverser la rue"... le discours politique néolibéral sur la pauvreté repose sur un postulat : les aides sociales sont trop généreuses et elles décourageraient de chercher un travail. C'est faux. Une étude de l'OFCE montre qu'il est toujours plus rémunérateur de travailler que de percevoir les minima sociaux, y compris à mi-temps. Le revenu disponible d'une personne seule peut doubler lors du passage de l'inactivité au SMIC à temps plein. Pourtant, plus de 2 millions de travailleurs vivent sous le seuil de pauvreté et plus d'un citoyen français sur sept est désormais en situation de pauvreté monétaire, un plus haut historique. Le problème n'est pas "l'assistanat", ce sont les politiques qui fabriquent de la précarité tout en accusant ceux qui la subissent.
C'est un refrain qui revient inlassablement dans le débat public français. Laurent Wauquiez égrène ses propositions pour durcir les conditions d'accès aux minima sociaux. Bruno Retailleau fustige "l'assistanat" devant les caméras. Macron, lui, s'étonne que l'on mette un " pognon de dingue" dans les aides sociales sans que "les gens" sortent de la pauvreté, avant de conseiller aux chômeurs de " traverser la rue" pour trouver du travail. Un comble alors que depuis plus de dix ans, entre 3 et 3,5 millions de chômeurs "traversent la rue" tous les jours pour n'y trouver que quelques centaines de milliers d'offres d'emplois (10 % à 11 % de taux de chômage catégorie A pour seulement 250 000 offres d'emplois France Travail fin 2025). Le message est limpide : si les pauvres restent pauvres, c'est qu'ils ne veulent pas travailler et qu'ils préfèrent profiter des aides sociales trop généreuses.
Une étude de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) torpille ce postulat. Les économistes Guillaume Allègre et Muriel Pucci montrent que le système socio-fiscal français assure qu'il est toujours plus rémunérateur d'occuper un emploi par rapport à la simple perception des minima sociaux, dans toutes les configurations familiales et y compris pour de faibles durées de travail. Une personne seule au RSA perçoit 851 euros de prestations ; au SMIC à temps plein, son revenu disponible double à près de 1 700 euros. Le "problème de l'assistanat" n'existe pas.