La Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) appelle à mettre un terme au développement des espaces interdits aux enfants ou "No Kids", estimant que cette tendance favorise l'exclusion des enfants de l'espace public et peut constituer une forme de discrimination.
Dans un avis remis lundi 6 juillet à la Haute-commissaire à l'Enfance, l'institution alerte sur la multiplication des restaurants, des commerces, des hôtels ou encore des espaces de transport réservés aux adultes. Si le phénomène demeure encore moins développé en France que dans certains pays confrontés à un vieillissement plus marqué, comme la Corée du Sud, la CNCDH estime qu'il est en progression et traduit une "intolérance croissante envers les enfants", qualifiée d'"adultisme", c'est-à-dire un système de préjugés et de discriminations fondé sur le jeune âge.
Si le phénomène existe depuis plusieurs années, une nouvelle étape a en effet été franchie fin janvier, quand la SNCF a annoncé la création d'une nouvelle classe "Optimum" réservée aux adultes afin de garantir davantage de confort aux voyageurs. Cette initiative avait suscité une vive polémique et conduit la Haute-commissaire à l'Enfance à saisir la CNCDH afin d'évaluer les conséquences de ce phénomène sur les droits des enfants.
Selon le rapport, la présence des enfants dans l'espace public s'est considérablement réduite au cours des quarante dernières années. L'institution relève un paradoxe entre les inquiétudes croissantes liées à la baisse de la natalité et une tolérance de plus en plus faible à l'égard des enfants dans les lieux publics. Elle cite notamment le déplacement d'aires de jeux ou de jardins publics à la suite de plaintes de riverains, ainsi que les difficultés rencontrées par les familles dans les restaurants, les trains ou d'autres espaces ouverts au public.
Le président de la CNCDH, Jean-Marie Burguburu, affirme que bannir les enfants de certains lieux publics constitue une discrimination incompatible avec les engagements internationaux de la France. Il rappelle que le pays est signataire de la Convention internationale des droits de l'enfant de 1989, qui garantit aux mineurs le respect de leur dignité et de leurs droits.
Pour la Haute-commissaire à l'Enfance, Sarah El Haïry, la distinction opérée en fonction de l'âge est également discriminatoire et relève d'une infraction pénale. Selon elle, le débat dépasse largement la seule question de quelques établissements et interroge le modèle de société que la France souhaite construire. "Une société qui s'adapte aux enfants ou une société qui demande aux enfants de disparaître ? Mon choix est clair : une République qui fait une place à tous ses enfants !", a-t-elle déclaré, estimant qu'"à force de vouloir des lieux sans enfants, nous finirons par construire une société sans enfance".
La CNCDH reconnaît que certaines restrictions liées à l'âge peuvent être légitimes lorsqu'elles répondent à l'intérêt supérieur de l'enfant, notamment pour l'accès à certains contenus, comme (films, jeux,...). Dans certains cas, elles peuvent même aller jusqu'à restreindre la liberté d'aller et venir. Mais cet objectif de sécuriser l'enfant est rarement le moteur de la mise en place des zones "No Kids".
Au contraire, l'institution y voit plutôt "un symptôme de ce que certains qualifient de domination adulte ou d'adultisme. Celle-ci repose sur un ensemble de préjugés fondant un système de discriminations envers les enfants au motif de leur jeune âge".
Afin d'inverser cette tendance, la Commission recommande d'interdire les espaces "No Kids" lorsqu'ils ne sont pas motivés par la protection des enfants. En parallèle, l'institution propose de rendre l'espace public plus accueillant pour les enfants en réduisant la vitesse de la circulation automobile, ou encore en mettant en place des campagnes de sensibilisation du grand public afin d'améliorer la tolérance et la cohabitation intergénérationnelle.
Par ailleurs, la CNCDH estime qu'il est indispensable de mieux intégrer les enfants dans les politiques publiques. Parmi ses propositions figurent la relance d'initiatives favorables aux familles, comme le label "Choix des familles", récemment remis en avant par le gouvernement, ainsi que l'abaissement de l'âge du droit de vote pour certaines élections afin de renforcer la prise en compte des intérêts des mineurs.
Pour l'institution, une société qui marginalise les enfants compromet son propre avenir. "Une société sans enfants est une société sans avenir", souligne Jean-Marie Burguburu, appelant à replacer les plus jeunes au cœur du projet collectif.
La publication de ce rapport intervient dans un contexte de chute continue des naissances. Pour la première fois, la France a connu un solde naturel négatif. En 2025, 645 000 bébés ont vu le jour en France. C'est 2,1% de moins qu'en 2024. "La baisse des naissances s'est accentuée et a notamment été spectaculaire en 2023, avec 7% de moins", explique Sylvie Le Minez, responsable de l'unité des études démographiques et sociales à l'Insee. Le "réarmement démographique" souhaité par Emmanuel Macron se fait attendre.
