26/07/2026 reseauinternational.net  6min #321319

Sur l'État, les bonnes notions

par Geoffrey Delavallée

Pour la plupart des gens, l'État va de soi. Comme l'air qu'on respire ou l'économie (de marché (1)). Il leur apparaît comme immuable, éternel, massif, incontournable. Une sorte de dieu.

C'est se méprendre sur son essence, sa nature. Or, si on veut (faire) une Révolution, le minimum c'est de comprendre ses mécanismes (histoire de les déjouer).

1ère chose à savoir : l'État est une fiction

Pour illustrer mon propos, une anecdote. Il y a quelques années (2018), la police espagnole a saisi plusieurs centaines (!) d'uniformes de policier floqués du drapeau catalan. Dans le cadre du projet de sécession de la Catalogne par rapport à la nation espagnole, sur lequel elle enquêtait. Il s'agissait pour les catalans indépendantistes de remplacer l'autorité espagnole par une autorité "purement" catalane. D'occuper l'espace et d'ainsi jouer la carte du fait accompli.

Qu'est-ce que tout ça signifie ? Que l'État n'est qu'une convention (2), un artifice. Que l'uniforme des policiers n'est en fait qu'un costume, un déguisement. L'État n'est sacré (au sens religieux) que si vous le jugez comme tel (3) → sans son bras armé qu'est la police, l'État se réduit à un club de pédants qui vocifèrent des imprécations dans un coin (à Madrid), qui n'intéressent ni n'inquiètent personne (à Barcelone). Et c'est quoi un policier, si ce n'est un fonctionnaire en uniforme ? (4)

2e chose à savoir : l'État est une mafia qui a réussi

Prenons l'exemple d'Haïti : actuellement, ce pays est une ruine. Le gouvernement de Port-au-Prince ne contrôle même pas les quartiers périphériques de la capitale ! Qui les contrôle ? Des bandes criminelles organisées, qui pullulent comme autant de petites armées. Des gangs de rue avec des armes lourdes, du genre militaire ! Elles contrôlent des territoires (qui entre, qui sort)... comme un État contrôle ses frontières, elles rançonnent ses populations (racket)... comme un État fait payer l'impôt, elles trafiquent des marchandises rentables (drogues, contrefaçons...)... comme un État il y a quelques siècles encore (sel, tabac, or...). Comprenez ceci → les mafias sont des proto-États : leurs pratiques sont les versions primitives de celles des États modernes. Elles n'ont pas d'hymne, de drapeau, de devise ni ne frappe monnaie mais elles font la loi (localement)... et c'est ça, être un État → le "cratos"/domination (démo-cratie, aristo-cratie, plouto-cratie...). Pour paraphraser Marx - qui fait du capital du travail "mort" (5), l'autorité est du pouvoir "mort" (le rapport de force, etc.).

3e chose à savoir : l'État (contemporain) est l'expression de la domination d'une classe

Dans nos pays occidentaux, qui contrôle les élections contrôle la présidence/parlement (6). Qui contrôle le président/parlement contrôle le gouvernement. Qui contrôle le gouvernement contrôle la police. Et qui contrôle la police contrôle le Peuple. CQFD

Les naïfs diront que c'est justement le Peuple qui fait l'élection → démocratie ! Les gens un peu plus éclairés diront que c'est l'argent → ploutocratie ! (7)

Mais l'État est-il condamné à n'être que l'organisation de la domination d'un groupe sur la masse, que ce groupe soit une race (l'apartheid en Afrique du Sud), des religieux (l'Iran des mollahs) ou des acteurs économiques (la France ploutocratique) ? Je pense que non : l'horizontalité en politique (opposé à la verticalité/hiérarchie (8)) est le projet ultime, notre apocalypse (9) (dans le bon sens du terme). Il suffira d'élever le niveau spirituel de chacun, de dépasser nos contingences "animales" (cupidité, jalousie, angoisses existentielles...).

4e chose à savoir : l'État n'est ni immortel ni omnipotent ni omniscient

Une menace intérieure pèse actuellement en France, qui souligne à elle seule le caractère mortel de l'État : l'islam politique ! Les facteurs significatifs s'accumulent, les planètes s'alignent : populations nombreuses, jeunes et haineuses (la douane), des structures de commandements solides (mots d'ordre des mosquées) et en face... une police républicaine en sous nombre, désarmée et/ou démotivée. (10)

L'État commet aussi des erreurs, verse dans la faute. Par exemple ? Un policier qui pète un câble et qui défonce la tête d'un citoyen lors d'une interpellation "musclée". Ça arrive parce que les policiers ne sont que des êtres humains (11), pas des robots sans failles. L'État se trompe, se fourvoie, échoue. L'État a aussi des moyens limités : très évidents lors de catastrophes naturelles (inondations). Tout ça compte, dans une Révolution !

L'État s'ingénie à tout savoir sur nous : caméras de rue, contrôle de nos connections internet, traçabilité de nos achats. C'est objectivement problématique. Mais il ne lit pas (encore ?) nos pensées. Et notre imprévisibilité demeure, à ses yeux → l'État peut encore se faire surprendre.

Pour conclure...

Une Révolution, ça ne consiste pas à contester la politique économique d'un État (Gilets jaunes) ou à détruire ses symboles (12) (anti-fa'). L'essence d'une Révolution, c'est de dépasser le présent, l'actuel. De faire du nouveau avec ce qu'on trouve hic et nunc (13). Une Révolution c'est "construire par-dessus", un peu comme les couches successives des fondations des cités antiques, exhumées par les archéologues : une civilisation plus jeune remplace une autre, trop vieille. Et si vous êtes un peu bricoleur, vous saurez que quand on fabrique quelque chose, il arrive qu'on se blesse. Que le sang coule...et alors ? Qu'est-ce que vous préférez : des chaînes autour du cou ou du sang sur les mains (et même pas le vôtre, en plus) ?

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