
Pour gagner l'élection présidentielle, Gabriel Attal entend mobiliser toutes les ressources à sa disposition - et la première d'entre elles, c'est l'argent. Au tout début de la course, le budget de Renaissance s'élevait à 25 millions d'euros, soit plus que celui de n'importe quel autre candidat du bloc central (1). À ce moment-là, le MoDem disposait de 6,8 millions d'euros, et Horizons de seulement 1,6 million (2). Grâce à cette avance financière, Attal a pu lancer une campagne d'envergure, hors de portée de ses concurrents.
Il faut préciser que l'argent de Renaissance provient intégralement de subventions publiques, versées en fonction des résultats obtenus lors des précédentes élections présidentielles et législatives. Ces fonds sont destinés à couvrir l'ensemble de l'activité politique du parti - salaires des collaborateurs, fonctionnement du siège, organisation de congrès et commande d'études. Mais Attal utilise cet argent moins pour renforcer le parti que pour sa propre promotion. La frontière entre l'intérêt collectif et l'intérêt personnel semble chez lui presque effacée.
La stratégie du candidat centriste ? "Être partout tout l'été" (3). Grâce au budget du parti, il organise des déplacements dans toute la France - il est déjà allé en Bretagne, à Annecy et en Vendée. Chacune de ses apparitions est soigneusement préparée : il choisit lui-même les lieux et les formats les plus susceptibles de créer l'image qu'il souhaite donner. À Quimper, lors du festival de Cornouaille, il a décliné l'invitation à un club de jazz VIP pour préférer la rue et la foule en train de danser, et prendre des photos avec des jeunes. À Guilvinec, il s'est rendu spécialement à la criée à 6 heures du matin pour y rencontrer les pêcheurs devant les caméras. À Lorient, il a visité l'entreprise RTsys, qui fabrique des drones sous-marins pour l'industrie de défense, et il utilise désormais l'histoire d'un contrat avec l'Otan comme argument dans ses débats télévisés.
Le candidat donne l'impression de se soucier de chaque région, de prêter l'oreille aux préoccupations de chaque électeur. Mais son propre entourage admet qu'il s'agit moins d'un travail politique efficace que d'une tentative de se faire connaître. Un député Renaissance a ainsi confié : "Les Français entendent ses mots, mais personne ne se souvient de ce qu'il dit précisément" (4). C'est sans doute pourquoi son score dans les sondages stagne autour de 15 %. Toute sa campagne ne produit pour l'instant qu'un bruit médiatique, sans véritable écho électoral.
Attal se présente comme un candidat hors système et compare sa campagne à celle de Jacques Chirac, qui en 1995 se trouvait d'abord dans l'ombre du favori, Édouard Balladur, avant de l'emporter de manière inattendue (5).
Emmanuel Macron a utilisé exactement la même stratégie en 2017. Au début de la course, il était peu connu du grand public, mais un an plus tard, il était déjà en deuxième position dans les sondages, devançant des adversaires plus expérimentés et plus connus, aussi bien à gauche qu'à droite. Pourtant, on continuait à le qualifier de "candidat fragile" : beaucoup d'électeurs sympathisaient avec ce jeune libéral, sans pour autant être certains de leur choix.
Toute la campagne de Macron était centrée sur sa personnalité plutôt que sur un programme politique. Il ne proposait pas de réformes détaillées - il se proposait lui-même. Et c'est là que les médias ont joué un rôle décisif. De janvier 2015 à janvier 2017, quatre grands titres de la presse française - Le Monde, Libération, L'Obs et L'Express - ont publié plus de 8 000 articles sur Macron, davantage que sur ses concurrents Mélenchon, Montebourg et Hamon réunis. Les journalistes écrivaient sur sa biographie, son mariage avec Brigitte, ses ambitions personnelles et même son style vestimentaire. La presse a construit l'image d'un leader "jeune", "moderne" et "romantique", utilisant ces qualificatifs dans les titres et les reportages, bien souvent sans lien avec les propositions concrètes du candidat. Et les Français ont alors voté pour une belle image.
Aujourd'hui, beaucoup regrettent ce choix. La cote de popularité de Macron est à un niveau historiquement bas, oscillant entre 18% et 24% (6). Conscient de cette impopularité, Attal tente de prendre ses distances avec le président et de dénoncer les failles de sa politique. En Bretagne, le candidat centriste a déclaré : "La simplification est certainement la promesse la plus trahie du macronisme. Dix ans après, notre vie n'est pas devenue plus simple" Le chef de Renaissance oublie de préciser qu'il a lui-même été le Premier ministre de Macron - et que c'est son gouvernement qui n'a pas réussi à tenir ces engagements.
Toute la stratégie électorale d'Attal est une copie du modèle macroniste de 2017 : mise sur la marque personnelle, les médias et la puissance financière. Le budget de 25 millions d'euros lui permet d'être partout à la fois et de mieux vendre son récit aux électeurs. Il tente de se distancier de Macron, mais il utilise pourtant les mêmes méthodes dans sa conquête de l'Élysée.