Par Frédéric Farah
Deux événements, survenus à quelques semaines d'intervalle, racontent l'état réel de la société française. D'un côté, une étude de l'Insee révèle que plus d'une personne sur cinq a connu des privations matérielles et sociales entre 2022 et 2025. De l'autre, une canicule d'une intensité exceptionnelle rappelle que les catastrophes climatiques frappent d'abord les plus vulnérables. À rebours des récentes déclarations de Yann Barthès, selon lesquelles nous serions "tous logés à la même enseigne" face à la chaleur, ces deux constats racontent une tout autre histoire : le changement climatique ne suspend pas les inégalités sociales, il les exacerbe. Plus que jamais, l'insécurité sociale travaille notre société, comme la pandémie de Covid-19 l'avait déjà révélé. Malgré l'ampleur de la redistribution, la cohésion nationale se fissure et des logiques de sécession progressent. Une société ne se défait pas toujours dans le fracas. Elle peut aussi s'éroder en silence.
Il y a un peu plus de six ans, la pandémie de Covid-19 bouleversait la France comme une grande partie du monde. Pendant plus d'un an, confinements et arrêts d'activité ont rythmé le quotidien. Mais derrière une épreuve apparemment commune se cachaient des réalités profondément inégales. Les habitants de logements exigus, les aides-soignantes, les travailleurs de la logistique et, plus largement, les salariés de première ligne ont payé un tribut particulièrement lourd. La crise sanitaire révélait une nouvelle fois l'ampleur de la crise du logement, tandis que les réponses politiques continuaient d'être renvoyées à plus tard derrière un activisme législatif souvent plus spectaculaire qu'efficace.
Six ans plus tard, en juin 2026, une vague de chaleur d'une violence exceptionnelle balayait le pays, reléguant presque celle de 2003 au second plan. Pour ceux qui en doutaient encore, le changement climatique n'est plus une menace lointaine : il s'installe durablement et promet des étés toujours plus éprouvants. Là encore, derrière les chiffres de la mortalité, les inégalités sociales surgissent avec une force saisissante.
Les ménages confrontés à la précarité ou à des logements dégradés ont été les premiers exposés. Les plus aisés ont pu compter sur la climatisation, le télétravail ou, pour certains, une résidence secondaire. Les classes populaires, elles, ont dû affronter la chaleur sans ces protections. Les travailleurs de première ligne ne pouvaient interrompre leur activité, tandis que de nombreux enfants des quartiers populaires cherchaient un peu de fraîcheur dans l'espace public, parfois au péril de leur sécurité, entre baignades interdites et ouvertures sauvages de bouches d'incendie.