
Komla YAWO
La communauté internationale vient de donner un nouvel élan à la lutte contre le mariage des enfants. L' Assemblée générale des Nations unies a décidé de consacrer chaque année le 27 novembre à l'élimination du mariage des enfants, du mariage précoce et du mariage forcé. Cette nouvelle journée internationale entend transformer un problème souvent considéré comme une réalité familiale ou culturelle en une question majeure de droits humains, de protection de l'enfance et d'égalité entre les sexes.
L'enjeu dépasse largement la création d'une nouvelle date dans le calendrier international. Il s'agit surtout de maintenir la pression sur les États et les acteurs sociaux alors que, malgré certains progrès, le phénomène reste massif. Selon l' UNICEF, environ 650 millions de femmes et de filles vivant aujourd'hui ont été mariées avant l'âge de 18 ans. Chaque année, quelque 12 millions de filles sont encore mariées durant leur enfance.
Mariage des enfants, une atteinte durable aux droits des fillesLe mariage des enfants ne constitue pas seulement une union conclue trop tôt. Il peut bouleverser toute la trajectoire d'une jeune fille. L'interruption de la scolarité, les grossesses précoces, l'isolement social, la dépendance économique et l'exposition accrue aux violences figurent parmi ses principales conséquences.
Derrière les statistiques se trouvent donc des parcours de vie interrompus. Une fille mariée très jeune dispose généralement de moins de possibilités pour poursuivre ses études, accéder à un emploi ou décider librement de son avenir. Le mariage précoce entretient ainsi un cercle dans lequel pauvreté, faible accès à l'éducation et inégalités entre les sexes se renforcent mutuellement.
La pratique concerne aussi les garçons, mais elle touche très majoritairement les filles. L'UNICEF estime que la prévalence du mariage avant 18 ans est environ cinq fois plus élevée chez les filles que chez les garçons.
Une nouvelle journée internationale, mais surtout un appel à l'actionLa portée symbolique du 27 novembre est importante. Une journée internationale peut servir de rendez-vous annuel pour mesurer les progrès, attirer l'attention sur les pays les plus exposés et rappeler les engagements pris dans le cadre des Objectifs de développement durable.
Mais la reconnaissance internationale ne suffira pas. Les lois interdisant le mariage avant 18 ans doivent être effectivement appliquées. Les familles doivent également pouvoir disposer d'alternatives, notamment grâce à l'éducation, à la protection sociale et à l'accès aux opportunités économiques.
L'UNICEF souligne d'ailleurs que les progrès mondiaux restent trop lents pour atteindre l'objectif de mettre fin au mariage des enfants d'ici à 2030. L'Afrique subsaharienne constitue particulièrement un défi. La région affiche aujourd'hui la prévalence régionale la plus élevée, autour de 31 % chez les jeunes femmes, contre 38 % une décennie auparavant.
En Afrique, l'urgence est aussi démographique et socialeLe combat contre le mariage des enfants prend une dimension particulière en Afrique subsaharienne. La croissance démographique, la pauvreté, les crises et les déplacements de populations risquent de ralentir davantage les progrès si les politiques publiques ne sont pas renforcées.
La solution ne repose donc pas uniquement sur la répression. Elle passe aussi par le maintien des filles à l'école, l'autonomisation économique des familles, la sensibilisation des communautés et une meilleure protection des adolescentes. Les expériences internationales montrent que l'éducation des filles et les investissements publics en leur faveur peuvent contribuer à faire reculer durablement le phénomène.
Le 27 novembre devra ainsi être davantage qu'une date symbolique. Son véritable succès se mesurera à la capacité des États à transformer les engagements internationaux en politiques concrètes. Car derrière chaque mariage d'enfant évité, c'est une possibilité supplémentaire donnée à une fille de rester à l'école, de protéger sa santé, de choisir son avenir et de devenir pleinement actrice de sa propre vie.