
par Caitlin Johnstone
De plus en plus d'êtres humains souffrent de la "psychose de l'empire".
Des gens incapables de passer dix minutes sans consulter leur téléphone, perdant des heures chaque jour sur les réseaux sociaux à faire défiler les écrans machinalement.
Des gens qui discutent avec des agents conversationnels, qui apprennent à connaître le monde et la vie à leur contact, qui se lient d'amitié et nouent des relations avec eux.
Des gens qui consomment à outrance podcasts, services de streaming, jeux vidéo, applications, cigarettes électroniques et friandises livrées à domicile par des travailleurs sous-payés venus de pays dévastés par les bombes.
Le pain a été conçu en laboratoire pour créer une dépendance féroce, tandis que les "jeux du cirque" numériques traquent vos préférences pour vous servir sur un plateau tous vos spectacles favoris.
La psychose de l'empire nous maintient dans un état permanent de distraction et de fuite, nous poussant à éviter sans cesse l'ici et maintenant, comme si nous cherchions désespérément à nous extraire de notre propre peau.
C'est un mécontentement frénétique. L'illusion tenace que la satisfaction nous attend juste au coin de la rue, après la prochaine agitation fébrile. C'est un trouble mental fabriqué de toutes pièces. Et il génère des milliers de milliards de dollars.
Dans l'empire capitaliste, les gens satisfaits ne génèrent aucune valeur. Nos esprits doivent être sans cesse sollicités et manipulés pour nous arracher à notre sérénité naturelle ; il faut nous maintenir dans un état permanent de labeur et d'insatisfaction, toujours en quête de la prochaine dose, du prochain produit. Des manipulateurs habiles ont trouvé le moyen d'amasser des fortunes colossales en exploitant l'agitation qu'ils attisent délibérément en nous.
Nous sommes psychologiquement bombardés de publicités et de messages consuméristes issus de la culture dominante, destinés à nous convaincre qu'il nous faut toujours plus et que nous ne sommes pas bien tels que nous sommes. Que nous ne sommes ni assez beaux, ni assez stylés, ni assez prospères, ni assez comblés. Les produits sont conçus pour créer une dépendance - nous obligeant à les acheter - et pour devenir rapidement obsolètes, nous forçant ainsi à en acquérir sans cesse de nouveaux.
Ils nous arrachent à notre état naturel de contentement pour nous le revendre ensuite. Ils nous incitent par la ruse à quitter notre foyer, pour ensuite nous faire payer un droit d'entrée afin d'y revenir. Les choses ont mal tourné. L'humanité a dévié de sa trajectoire. Ils ont privatisé les biens communs, colonisé le Nouveau Monde et érigé une société hiérarchisée séparant ceux qui possèdent de ceux qui sont démunis ; résultat : nous vivons tous comme des extraterrestres sur notre propre planète.
Nous ne sommes pas condamnés à subir indéfiniment cette folie engendrée par l'homme. Nous pouvons accomplir le travail intérieur nécessaire pour retrouver notre sérénité, tout comme nous pouvons mener l'action extérieure requise pour reconquérir ce que les manipulateurs nous ont volé.
Il n'est plus nécessaire de consentir à cette relation abusive. Un monde sain est notre droit de naissance. Nous démantèlerons la machine à produire de la folie et trouverons la paix, ancrés dans la terre de la planète qui nous a vus naître.
source : Caitlin Johnstone via Marie Claire Tellier