🏛️ 02/10/2026 reseauinternational.net  11min ⁑️ 7 #328620

Édouard Philippe vs Attal : de Charybde en Scylla

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La bataille au sein du camp centriste est inévitable

L'histoire du mouvement politique centriste plonge ses racines jusque à l'époque de la Révolution française, qui a vu la naissance d'une classification politique qui perdure de nos jours. Lors de l'apprentissage sanglant de la "démocratie" républicaine, une formation politique se trouvait entre le marteau et l'enclume, constitués de la Montagne et de la Gironde, son nom est révélateur de l'estime qui était portée par les Français de cette époque : le Marais... Frange molle, indécise, fluctuante et votant souvent "avec les plus forts", elle était essentielle pour justifier les décisions des parlementaires, mais méprisée par ses veuleries, ses compromissions, sa corruption et ses difficultés à sortir de son immobilisme.

Force est de constater que le Marais n'a pas changé, bien que le Centre a connu une période de gloire, dominant la vie politique pendant la présidence de Giscard d'Estaing. Rien au fond n'avait vraiment changé, les compromissions étant les mêmes, les lâchetés peut-être encore plus notables. Aujourd'hui ce Marais domine la vie politique française, depuis l'incroyable entourloupe "Macron", où des politiciens professionnels se sont rassemblés pour former une nouvelle formation politique, La République En Marche, renommée désormais Renaissance... Un mot là aussi étonnant, la "renaissance" du Marais ayant été une extraordinaire opération de manipulation des masses. Depuis lors ce Marais, aujourd'hui appelé communément Macronie se disperse entre plusieurs formations politiques, qui dans les apparences seraient différentes, mais qui ont toutes été nourries à la même mamelle. À l'orée d'une présidentielle très attendue en 2027, le torchon brûle toutefois entre les carrières assoiffées de ce vaste marécage, notamment et surtout entre Édouard Philippe et Horizons, et Gabriel Attal et Renaissance.

Le Crépuscule des princes : ses dauphins veulent le trône... mais pas son héritage ! C'est le titre d'un livre paru aux Éditions du Rocher, coécrit par deux journalistes, Jérémy Marot, chef adjoint du service politique de l'AFP, et Pauline Théveniaud, grand reporter au service politique de RTL. L'ouvrage gros pavé de 422 pages concerne la fin du mandat d'Emmanuel Macron et la lutte féroce et au couteau qui se déroule pour sa succession en vue de l'élection présidentielle 2027. Confronté à un bilan calamiteux, une rapide décomposition des finances, au point d'avoir cumulé en seulement 9 ans, 1 200 milliards de dettes, Emmanuel Macron est souvent comparé à un fossoyeur. Jamais d'ailleurs un président n'aura connu une impopularité si grande, frôlant la détestation et la haine de nombreux Français, qui pourtant avait vu en lui "Jupiter", le "sauveur", la panacée... celui qui devait faire de la politique autrement, avec des gens nouveaux, des hommes et des femmes qui n'auraient pas été liés à la politique professionnelle, des gens de la société civile.

Depuis François Mitterrand, autre déception cuisante, avec un bilan déjà catastrophique pour la France, les Français n'avaient jamais autant espéré d'un président. Il apparaissait jeune, fringant, mis en scène également avec son épouse... Cette fascination qu'il exerça ne devait pas durer, mais son pouvoir d'attraction, celui du Marais, des certitudes et de l'immobilisme, devait encore le reconduire à l'Élysée en 2022. Comme toujours, le Marais drainait dans les franges les plus friables de la Nation, les "Versaillais", inquiets de changements radicaux, les ultrariches soucieux de le rester et de s'enrichir encore plus, les apparatchiks du système, que l'on parle de fonctionnaires, de politiciens professionnels locaux ou nationaux, de bien-pensants, de personnalités inquiètes et falotes, dont les aspirations se situaient entre une belle manucure, des vacances là où tout le monde se rend... une piscine dans le jardin et un "pouvoir d'achat". Ainsi Macron fût-il réélu pour un deuxième mandat, à l'instar d'ailleurs de François Mitterrand en 1988, ayant réussi l'incroyable tour de passe-passe avant lui. Mais les mandats passent vite et plusieurs années en arrière, voire immédiatement après l'élection de 2022, les cervelles macronistes du Marais n'ont cessé de s'agiter... de penser, de comploter et de s'imaginer... à la place du calife.

Attal un blanc-bec immature... Ce sont les mots qui ont été prononcés par Édouard Philippe à propos de son principal opposant dans les corridors du Marais. Édouard Philippe n'est plus à présenter, il naquit à Rouen en 1970, intégrant deux usines de production "des créatures du système", d'abord Sciences Po Paris, puis l'École nationale d'administration. Ce bureaucrate devait devenir rapidement un conseiller politique, d'abord d'Alain Juppé dans l'UMP, effectuant ensuite une carrière politique professionnelle locale, puis nationale. Après un cours passage dans le privé, dans la société AREVA, il devait soudainement apparaître derrière Emmanuel Macron. Il devint Premier ministre, le premier de la Macronie, incapable de réformes et l'un des grands responsables des répressions, des tués et des centaines de blessés du grand mouvement des Gilets Jaunes. Fragilisé et peu charismatique, la crise du Covid-19 qu'il n'avait pas su gérer, le persuada de prendre la fuite avant qu'il ne soit trop tard : le 3 juillet 2020 il démissionnait.
Mais l'homme avait sans doute de très grande ambition et des arrières pensées. En se retirant en 2020, lui le premier Premier ministre de la Macronie, se ménageait du temps pour l'oubli... des Français. Dès le 9 octobre 2021, Édouard Philippe fondait un parti politique, le Parti Horizons, dont l'objectif était officiellement : "de soutenir la réélection d'Emmanuel Macron tout en élargissant sa base vers la droite avec une logique de partenariat autorisant la double appartenance". En clair Édouard Philippe fondait un second parti macroniste, une stratégie qui pouvait paraître suicidaire, mais en réalité très subtile. En effet, en se démarqua de la base historique du parti d'Emmanuel Macron, Philippe pouvait paraître comme une sorte d'opposant, d'alternative, d'électron libre. Si l'idée était effectivement de soutenir Macron dans cette élection de 2022, les ambitions présidentielles étaient claires pour 2027. Par ce parti, il se désolidarisait finalement du bilan global d'Emmanuel Macron, tout en se replaçant vers un Marais étendu, qui comme dans l'hémicycle de la Convention Nationale était celui des compromis, des attentes dans l'ombre et des opportunités. Il fut le tout premier candidat à se déclarer pour le siège de président, dès septembre 2024, tout en critiquant la décision de dissolution de l'Assemblée Nationale par Macron. Une position habile, mais ne pouvant pas balayer d'un seul revers de main le parti présidentiel Renaissance. Par l'impossibilité constitutionnelle d'Emmanuel Macron à se représenter, le candidat bientôt déclaré pour le deuxième des trois partis macronistes fut Gabriel Attal... le "blanc-bec immature" !

Gabriel Attal... l'autre Édouard Balladur, l'homme politique sans ancrage local. Ce furent là aussi les mots d'Édouard Philippe, des propos rappelant son expérience gouvernementale très mitigée, avec un passage d'un an au Ministère de l'Éducation nationale et de seulement 6 mois comme Premier ministre, un temps où Attal fut incapable de mettre en œuvre la moindre réforme, encore moins de gérer un budget. Beaucoup plus jeune, Gabriel Attal naquit en 1989, à Clamart dans les Hauts-de-Seine et fut diplômé de l'Académie de France à Rome. C'est par le népotisme et le clientélisme et non par le passage par une grande école de hauts-fonctionnaires et de créatures du système, qu'il commença sa carrière lui aussi comme "conseiller", au Ministère des Affaires sociales et de la Santé, sous la présidence de François Hollande. Malgré son expérience limitée, Macron l'a rapidement nommé secrétaire d'État à l'Éducation nationale et à la Jeunesse, avant d'en faire son chef du gouvernement. Il fut le plus jeune chef de gouvernement de toute la Ve République, n'ayant alors que 34 ans.

Le Parti Renaissance étant une coquille vide, ou plutôt peuplée de créatures du Marais, de "bigorneaux" traînant des affaires devant la justice, ou détestés par l'opinion publique, Gabriel Attal n'eut aucun mal à s'imposer comme le candidat du parti. Sa candidature fut beaucoup plus tardive, elle ne pouvait d'ailleurs être clairement déclarée plus tôt, Renaissance étant tout de même sous le contrôle d'Emmanuel Macron (22 mai 2026). A propos d'Édouard Philippe, de 19 ans son aîné, Attal ne fut pas tendre, parlant d'un candidat transparent, effacé, inexistant qui par rapport à lui ne serait pas "tranchant et qu'il était meilleur que lui en campagne". Cette affirmation s'est écroulée lorsqu'Attal, un verre de bière à la main, tel le "prolétaire", mais n'ayant pas pu se départir de son costume et d'un aspect "trop propre sur lui", de bourgeois suffisant et méprisant, lança sa fameuse campagne de la tournée... des bars et des bistrots. Malgré des centaines d'invités, à Montpellier, Lorient, Nîmes ou Paris, la moyenne des "spectateurs" de cette mascarade fut de 7 à 20 malheureux groupies, venus applaudir ou entendre le candidat à la présidentielle. Des vidéos ont aussi des assistances sombres, silencieuses, à la limite du scepticisme et subissant des monologues malgré l'annonce qu'il y aurait de réels échanges avec le candidat. La manœuvre n'est pas sans rappeler les fameux dîners chez les Français de Giscard d'Estaing, une étrange opération de propagande pour tenter de montrer un président proche des Français et loin des airs aristocratiques et pédants que rappelaient son nom, mais aussi ses manières et son phrasé lent et condescendant.

Le torchon brûle entre les deux candidats, tandis qu'Attal affirmait également qu'il n'était : "en rien inférieur à son rival et mériter de figurer sur un bulletin de vote, ayant une équipe de campagne comme aucune autre et promettant de faire campagne jusqu'à la dernière seconde".

Dans les sondages, les intentions de vote au premier tour sont de 19,5% de vote pour Édouard Philippe, contre 13,5% pour Gabriel Attal. L'avantage est certainement qu'Édouard Philippe avait justement pris le large dès sa démission de juillet 2020. Même si Attal, du bout des lèvres a lancé quelques pics au bilan Macron, il ne peut se départir du fait qu'il est... le candidat du parti présidentiel. Dans la tête de la masse malléable ou non des Français, il reste donc l'héritier et le dauphin déclaré d'Emmanuel Macron. C'est évident pour lui une situation compliquée, car Macron est de très loin le président le plus impopulaire de la Ve République, dont la cote est tombée à 11 % en septembre. C'est sur cette base que Gabriel Attal doit partir à la bataille... contre Édouard Philippe et les autres formations politiques sur les rangs.

Aucun des centristes ne peut se targuer de résultats impressionnants. Sous son ministériat, Édouard Philippe qui resta pourtant plus de trois ans au pouvoir, fut incapable de mener des réformes qui furent inachevées ou particulièrement controversées. À son départ, ayant largement contribué à creuser la dette française, il laissa une situation économique dégradée. Il laissait d'ailleurs tous les dossiers épineux en suspens, notamment la réforme des retraites, la réforme institutionnelle ou encore la réforme de l'assurance chômage. Le pire en plus de la dette et des déficits furent les attaques contre les plus faibles, la baisse des APL, nécessaire pourtant aux étudiants et aux plus fragiles, ou la hausse de la CSG contre les retraités, éternels victimes des régimes successifs, sans parler de la suppression de l'ISF, favorisant les riches et ultrariches.

Le bilan d'Attal ne fut pas plus brillant, il fut "Monsieur rigueur budgétaire". Les propos étaient faciles, mais en fait une nécessité faisant loi... Avec alors plus de 1 000 milliards supplémentaires de dette, l'homme osa dire : "qu'il n'avait pas d'argent magique", alors que la dette continua ensuite d'être creusée, jusqu'à 1 200 milliards en 2025 et qui dépassera sans doute les 1 300-1 400 milliards supplémentaires en 2027. Aucune réforme ne fut entamée par Attal, emporté dans la fournaise de la dissolution coûteuse de l'Assemblée nationale (l'organisation d'élections de ce niveau se chiffre autour des 130 millions d'euros, un nouveau trou dans le budget !). Sa seule réforme comme Ministre de l'Éducation nationale, "le choc des savoirs", constituant des groupes de niveaux au collège fut officiellement enterrée par un décret de mars 2026... Il faut dire que les syndicats dans leur ensemble et le Conseil supérieur de l'éducation s'y étaient massivement opposés. Tous les autres textes et réformes, dont celle de l'assurance chômage fut suspendue, abandonnée, les réformes de la justice des mineurs, le projet pour l'indépendance de l'agriculture furent elles aussi enterrées. Toutes les annonces d'Attal et des promesses, dont la "taxe Lapin", "la dé-smicardisation", la semaine de quatre jours, la débureaucratisation, l'uniforme à l'école et bien d'autres effets de manche et d'annonces ne connurent jamais la moindre réalisation, ou parfois des expérimentations vite abandonnées.

Le plus dramatique est qu'entre "Monsieur Déficit, Édouard Philippe et "Monsieur Bilan Fantôme", il n'y a jamais eu que des différences ténues, alors que ce qui les rapprochent, ce sont les échecs, les déroutes, la dette, la déconstruction de la société française, sa division, la république communautaire, celle des clientèles, des cercles endogames, des corruptions et des affaires judiciaires, du népotisme, des incompétences et surtout de l'absence notable, avéré et confirmé de l'intérêt premier qui aurait dû être le fil conducteur de leur politique : le Peuple Français.

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