
par Marina Vostrakova
Le coût de l'inaction environnementale au Maroc commence à s'exprimer en chiffres massifs, révélant un décalage structurel entre la production de déchets plastiques et la capacité réelle du pays à les traiter. Un rapport récent de Greenpeace met en lumière une équation économique alarmante : alors que les dommages annuels infligés aux écosystèmes marins de la façade méditerranéenne marocaine sont estimés à 1,2 milliard de dollars (environ 12 milliards de dirhams), le seul besoin d'investissement pour moderniser la gestion des déchets dans la région Casablanca-Settat s'élève à 14 milliards de dirhams.
L'analyse des flux de plastique révèle une faille systémique dans la chaîne de traitement. Sur les 422 000 tonnes de déchets plastiques produites annuellement au Maroc, Greenpeace estime que 250 000 tonnes sont gérées de manière inadéquate et que 75 000 tonnes finissent directement en mer. Ce coût environnemental représente environ 0,8% du PIB national, un chiffre que l'organisation précise être conservateur, car il exclut les pertes indirectes pour les secteurs stratégiques du tourisme et de la pêche.
Cette situation est le résultat d'une disparité profonde dans l'accès aux services de base et d'une incapacité à opérationnaliser les infrastructures prévues. En 2019, si la collecte couvrait 96% des zones urbaines, elle ne touchait que 10% des zones rurales. Plus critique encore est le déficit industriel : sur 26 centres de tri initialement programmés, seuls neuf ont été construits, et seulement trois étaient opérationnels lors de l'évaluation.
Face à ce constat, la région Casablanca-Settat tente d'amorcer une transition vers une économie circulaire. Abdellatif Maâzouz, président du Conseil régional, a évalué à 14 milliards de dirhams l'enveloppe nécessaire pour développer les filières de valorisation dans les zones de Casablanca, Médiouna, El Jadida, Mohammedia, Sidi Bennour et Berrechid. Le projet de Médiouna, fruit d'un partenariat public-privé d'un montant de 157 millions de dirhams, sert désormais de modèle pour transformer des "points noirs" environnementaux en sites réhabilités, avec l'ambition de dupliquer l'expérience à Berrechid, Sidi Slimane et Mohammedia.
L'enjeu s'inscrit dans une dynamique régionale nord-africaine où le Maroc, avec l'Égypte, représente plus d'un quart des importations de polymères et produits plastiques en Afrique entre 1990 et 2017. Greenpeace avertit que si les tendances actuelles persistent, les dommages cumulés aux écosystèmes marins en Méditerranée pour l'Égypte, le Maroc et la Tunisie pourraient atteindre 22 milliards de dollars d'ici 2040.
Au-delà de la simple gestion des décharges, la problématique glisse vers une question d'aménagement global. Pour les autorités régionales comme pour les observateurs environnementaux, le coût financier de la transition infrastructurelle, bien que colossal, devient l'unique alternative viable face à l'érosion continue du capital naturel et économique du littoral marocain.
source : Pravda.ru