
par Patrick Reymond
Malgré une crise énergétique durable et ne pouvant que s'aggraver, même si certains partent du principe que tout va s'arranger et revenir à la normal du gaspillage généralisé et globalisé, ce qui est lisible et visible, c'est le changement générationnel.
Lors du grand choc de 1973/74, pensons générations. Un homme de 50 ans à l'époque, était donc né en 1923, avait connu la guerre, savait que tout peut s'effondrer et ramener bien loin en arrière pour ce qui est des standards de vie. Il ne pensait pas voyage, ce n'est venu d'abord timidement, qu'avec la génération d'après-guerre.
Une personne de 50 ans aujourd'hui, est donc né en 1976, n'a connu que l'abondance, la linéarité, même si le chômage existe, mais le schéma mental est intact, et donc, voyages et tourisme coûteux en énergie, peuvent continuer tranquille et pépère leur "développement", battre des records relatifs. En effet, il faut toujours se méfier des statistiques, qui, crée par Vauban pour dire la vérité au Roy, a fini comme tout le reste, à n'être que le paravent du mensonge le plus éhonté.
Le voyage en avion (il est préférable de dire "en Navion"), c'est l'apanage d'une classe riche, les 20% les plus aisés, qui le prend comme au va aux toilettes pour une diarrhée, c'est vital et impératif. Ça distingue du prolo (les 80%), ça permet de partir de son clapier cher, d'éviter la campagne où il y a des coqs, des vaches et pire, des habitants qui peuvent pas piffrer parisiens, lyonnais et tous les habitants des villes centre. Et surtout, ça évite de regarder l'absence souvent totale de vie sociale.
Pendant le covid, Singapour faisait partir des avions pour nulle part pour ces camés du voyage.
De plus, visiblement, partir peut revêtir des situations bien différentes. Naguère en 1970, partir en vacances, c'était très souvent, partir en famille, ou prendre des locations à très courte portée, une dizaine ou une vingtaine de kilomètres, ça c'est éloigné pour partir loin, mais il est clair que "le" partir, c'est de nouveau à courte portée, ou de la famille. Certes, ce serait déshonorant pour les gens aisés, mais le mouvement est bien là.
Une jeune génération, biberonnée aux voyages, est certes, plus dans une optique de nécessité vitale, mais ça leur passera.
Visiblement, les aéroports, les ports, sont souvent en difficultés, financières, paravent aussi de la pénurie énergétique. D'ailleurs, la lutte féroce contre les parkings "clandestins", c'est à dire non officiels près des grands aéroports, nous livre la clef de compréhension, les aéroports ne sont rentables que par leurs parkings. Pour ceux, les plus nombreux (ou écrasante majorité), qui ne sont pas éternellement en demande de subventions d'équilibre pour leurs finances.
Il n'y a pas longtemps, j'étais écroulé de rire. Une personne me vantait son voyage au Japon, et il avait vu le Fujiyama. Le coup d'œil du volcan, valant selon lui, le déplacement, c'était même devenu le but exclusif... Je lui ai quand même fait remarquer que, pour un habitant de la Haute Loire, aller au Japon pour voir un volcan, c'était farfelu. En Effet, moi, toutes les semaines, je vois le mont Denise, le rocher d'Aiguilhe, le mont Gerbizon, le Vallier, le Mézenc et le Meygal (En plus j'en oublie !). En regardant le Puy-de-Dôme, on en avait encore plus, et pas loin. Mais on m'a répondu que le voyage était agréable (poser son cul dans un fauteuil et y prendre un verre ? Moi, je fais ça tous les jours dans mon salon et même plusieurs fois par jour) et sans doute, les douaniers nippons charmants ? (Ou Nippons ni mauvais ?).
De fait, l'occidental est intoxiqué par son vécu, son mode de vie antérieur, et les générations disparues le sont bien, avec leur vécu, leur moins bon niveau théorique d'éducation, mais leur meilleur connaissance des règles de français, d'écriture, leur connaissance des tables d'additions et de multiplications, leur seul certificat d'étude qui mettrait en déroute tous les étudiants manifestants, grévistes et mélenchonistes.
Le vécu des générations actuels, c'est le gavage des portables, des play-stations, et de la propagande impériales, wokiste et anti-raciste.
Les anciens avaient aussi leurs tares, notamment l'alcoolisme, où le français de 1939, roi en la matière avec ses 25 litres d'alcool pur par habitant a depuis était rattrapé et dépassé, et a nettement régressé. Là où le français s'appauvrit en voyages et tourisme, naguère, il claquait son fric au bistrot (500 000 en 1939 pour 40 000 000 habitants contre moins de 40 000 aujourd'hui) et celui-ci était souvent caricatural. À un carrefour, il y en avait souvent 4...
On a dit qu'en 1900, 40% du PIB français était avalé par l'alcool. On peut penser que voyage et tourisme sont un prélèvement nuisible sur l'économie, et non une création de valeur d'une ampleur aussi très importante. Sinon équivalente à ces 40%.
Encore, avec 12 litres d'alcool pur par habitant n'avons nous pas atteint le record obtenu par le régime de Vichy :
"L'effondrement de la mortalité par alcool en France à partir de 1940 est une conséquence directe de la Seconde Guerre mondiale et de l'Occupation. Alors que la France détenait un des records mondiaux de consommation, le conflit a brutalement tari les ressources en alcool, entraînant une chute spectaculaire des décès liés à l'alcoolisme chronique et à la cirrhose".
On voit, dans les deux cas, une dépense hors de contrôle, qui nuit gravement aux familles, à la santé publique.
Mais, voyage aujourd'hui et alcool en 1939 étaient simplement deux normes et pressions sociales
source : La Chute