👨‍👩‍👦 15/10/2026 mondialisation.ca  12min ⁑️ 6 #329990

 Blocages lycéens : la mobilisation s'étend avec le soutien de Lfi

De Paris à Bruxelles: la jeunesse n'accepte plus

Par  Marc Vandepitte

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De Paris à Bruxelles.

Un spectre hante le monde, un spectre qui a déjà fait tomber plusieurs gouvernements et qui est porté par la génération dite Z [1], les jeunes nés entre 1997 et 2012.

Les jeunes mettent les élites à l'épreuve  partout dans le monde.

En peu de temps, le Bangladesh, le Népal et Madagascar ont vu leurs gouvernements tomber, tandis qu'au Maroc, en Indonésie, aux Philippines, au Kenya et au Pérou, les manifestations massives de jeunes continuaient à prendre de l'ampleur.

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Source :  france24.com

En Europe aussi, les jeunes descendent massivement dans la rue. En Espagne, en Allemagne, en Grande-Bretagne, en France, en Belgique, aux Pays-Bas et en Italie, les jeunes remplissent les rues, les places et les universités. Ils organisent des manifestations, des occupations, des actions de solidarité et des mouvements de protestation étudiants.

Les raisons varient d'un pays à l'autre. Parfois, il s'agit de la Palestine, parfois de l'éducation, du climat, du racisme, des mesures d'austérité, des logements inabordables, de l'augmentation du coût de la vie ou des scandales de corruption. Mais derrière ces différentes revendications se pose de plus en plus souvent la même question : dans quel type de société voulons-nous vivre ?

Jordan Devlin, arrêté à la suite d'une action directe contre le fabricant d'armes israélien Elbit Systems en Grande-Bretagne,  témoigne :

"J'agis contre Elbit parce que le risque de passer des mois en prison est dérisoire comparé au désespoir que l'on ressent en étant témoin des horreurs qu'ils rendent possibles. Dans ce cas, la distinction entre le bien et le mal est sans ambiguïté. Je suis donc honoré de saisir cette occasion de contribuer à façonner un monde dans lequel je veux vivre, et de détruire complètement les maux flagrants de la société que nous avons tous été amenés à ignorer."

Lors des manifestations des élèves du secondaire du 5 octobre en Belgique, Mohammed Boufous, élève de sixième secondaire à l'Athénée Charles Janssens à Ixelles,  a exprimé la frustration de nombreux jeunes :

"On vient vraiment manifester pacifiquement, faire passer un message. Et nous tout ce qu'on demande c'est d'être écoutés, entendus. On veut qu'on arrête de prendre des décisions qui nous concernent à notre place."
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Ces dernières années, la résistance n'a été nulle part aussi visible que lors du mouvement de solidarité massive avec la Palestine. Des jeunes qui, auparavant, étaient à peine actifs politiquement sont descendus dans la rue. Ils ont organisé des actions dans les universités, installé des campements de tentes et exigé que les établissements rompent leurs liens avec les entreprises et les universités israéliennes.

Ils l'ont fait malgré un environnement souvent hostile. Des étudiants ont été accusés d'extrémisme, des directions universitaires ont envoyé la police sur les campus et des dirigeants politiques ont tenté de limiter les manifestations ou de les discréditer. En Grande-Bretagne, des milliers de militants pro-palestiniens ont été arrêtés depuis 2025 sur la base de la législation antiterroriste. Jordan Devlin, que nous avons cité plus haut, a passé 547 jours en prison sans avoir été reconnu coupable de quoi que ce soit. Il a été entièrement acquitté de toutes les accusations.

La violence policière reste constamment d'actualité. Lors des récentes manifestations de lycéens en France et en Belgique, des affrontements avec la police ont également eu lieu. Salomé, l'une des lycéennes françaises ayant participé au blocage d'un établissement scolaire,  témoigne :

"Le blocus se déroulait calmement. Puis les forces antiémeutes sont arrivés en trombe, ils ont couru et gazé tout le monde. Ils nous coursaient comme s'ils y prenaient du plaisir."
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Lola, âgée de 16 ans, également originaire de France, ne s'est pas laissé intimider par l'intervention policière du 2 octobre. "Cela ne fait que nous mettre encore plus en colère", a-t-elle  raconté. "La police n'a pas le droit de nous frapper ni d'utiliser des gaz lacrymogènes contre nous." En France, un lycéen de 15 ans  a perdu une main lorsqu'une grenade de la police a explosé.

Pourtant, les jeunes continuent à descendre dans la rue. Cette génération découvre que la politique, c'est bien plus que cocher une case sur un bulletin de vote une fois tous les quelques années. La politique signifie aussi se rassembler, s'organiser, exercer une pression et refuser d'accepter ce qui est présenté comme inévitable.

Une génération apathique ?

Les jeunes sont souvent décrits comme individualistes, accros aux réseaux sociaux ou politiquement apathiques. Cette image tient de moins en moins la route. À travers les manifestations de jeunes, on voit au contraire une génération très préoccupée par le monde qui l'entoure. Cette génération parle de guerre et de climat, mais aussi des prix des loyers, des contrats précaires, de la pression psychologique, de la discrimination et de la marchandisation de l'enseignement.

De nombreux jeunes grandissent dans une incertitude permanente. Posséder son propre logement devient inaccessible pour beaucoup. Étudier coûte de plus en plus cher. Les emplois stables sont de moins en moins évidents. Les services publics sont sous pression. En même temps, ils voient comment des milliards sont consacrés à l'armement, alors que les gouvernements affirment qu'il n'y a pas suffisamment d'argent pour la protection sociale, la culture ou l'éducation.

Le poids de cette incertitude apparaît clairement dans les récentes manifestations pour le logement en Espagne. Victoria Nájera, 27 ans, originaire de Madrid, vit de manière indépendante depuis quelques mois, mais consacre plus de 40 % de son salaire au loyer. L'absence de perspectives face à la crise du logement la fait régulièrement pleurer chez elle. "Je ne vois pas d'avenir dans lequel je pourrais posséder mon propre logement", a-t-elle  déclaré le 3 octobre.

Et les jeunes ne sont pas les seuls à en souffrir. À Las Palmas, Aisha, 36 ans, a manifesté avec sa fille de quatre ans. Elle et son partenaire travaillent tous les deux, mais même avec deux revenus, ils arrivent à peine à joindre les deux bouts. "Nous payons 1 000 euros de loyer et, souvent, nous n'arrivons pas à la fin du mois",  raconte-t-elle.

On dit aux jeunes qu'ils devront faire des sacrifices. Mais de plus en plus d'entre eux posent une question simple : des sacrifices pour quoi, et pour qui ?

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Source :  elpais.com

À cela s'ajoute la crise climatique. Les jeunes voient comment les vagues de chaleur deviennent de plus en plus extrêmes, les inondations détruisent des villages entiers et les incendies de forêt réduisent de vastes régions en cendres. Pour eux, il ne s'agit plus de menaces lointaines, mais d'avertissements concernant leur propre avenir, qui devient de plus en plus incertain. Alors que la nécessité de prendre des mesures radicales grandit, ils constatent surtout chez les dirigeants politiques des tergiversations et un manque d'ambition.

La guerre aussi approche. Les gouvernements européens augmentent considérablement leurs budgets militaires et de plus en plus de voix s'élèvent en faveur d'un service militaire (obligatoire). En France, le chef d'état-major des armées  a déclaré que le pays devait "être prêt à accepter de perdre ses enfants". Mais pour cette génération, ce n'est pas une option : comme le montrent  les grèves des lycéens allemands, les jeunes refusent de servir de chair à canon pour des décisions qu'ils n'ont jamais choisies.

Prise de conscience politique

Ce qui rend ces manifestations intéressantes, c'est que les différentes revendications sont de plus en plus souvent liées entre elles. Ceux qui protestent contre la guerre à Gaza parlent aussi de colonialisme et de racisme. Ceux qui descendent dans la rue pour la justice climatique parlent d'entreprises qui réalisent des bénéfices tandis que les coûts sociaux sont répercutés sur la population.

Les étudiants qui protestent contre l'augmentation des frais d'inscription font le lien avec les réductions budgétaires dans les services publics. Les jeunes travailleurs qui se mobilisent pour de meilleurs salaires se heurtent à la même logique économique qui met également sous pression le logement, les soins de santé et la mobilité.

Cela ne signifie pas que tous les jeunes partagent la même analyse. Ni qu'il existe un seul grand mouvement cohérent. Mais on observe une prise de conscience croissante du fait que les problèmes auxquels les gens sont confrontés ne sont pas entièrement indépendants les uns des autres.

La discrimination n'est pas un problème individuel lorsque des groupes entiers ont systématiquement moins de possibilités. La pauvreté n'est pas un échec personnel lorsque les salaires ne suivent pas l'augmentation du coût du logement et de la vie. La crise climatique ne peut pas être résolue en disant aux gens d'utiliser d'autres pailles ou sacs de courses, alors que les grandes entreprises continuent à augmenter leur production et leurs émissions.

Et la paix peut difficilement être défendue de manière crédible lorsque les gouvernements investissent en même temps des montants records dans l'armement. C'est à travers ce type de liens que la prise de conscience politique grandit.

Questions fondamentales

La manière dont de nombreux jeunes militants s'expriment est également frappante. Leur message est souvent moins fait de slogans que ne le laissent entendre leurs adversaires. Ceux qui écoutent des interviews d'étudiants, de militants pour le climat ou de jeunes militants syndicaux n'entendent généralement pas de slogans creux. Ils expliquent calmement pourquoi ils protestent.

Ils parlent de membres de leur famille à Gaza. De camarades d'études qui ne peuvent plus se permettre de payer leurs études. D'amis qui ne trouvent pas de logement. De la peur du changement climatique. Du racisme qu'ils subissent eux-mêmes ou dont ils sont témoins. Le ton est sobre, mais leurs revendications n'en sont pas moins fondamentales, bien au contraire.

Ils ne se contentent pas de quelques petites corrections apportées aux politiques existantes, mais posent des questions sur la manière dont le pouvoir et les richesses sont répartis.

Pourquoi les actionnaires ont-ils plus d'influence que les travailleurs ? P

Pourquoi les multinationales peuvent-elles réaliser des bénéfices toujours plus importants alors que les gouvernements imposent des coupes budgétaires ?

Pourquoi les personnes sans logement peuvent-elles si peu compter sur une protection, alors que l'immobilier est devenu un produit d'investissement ?

Pourquoi la violence militaire est-elle si rapidement présentée comme une solution, alors que la diplomatie et les investissements sociaux sont constamment écartés comme étant naïfs ou trop coûteux ?

Pourquoi l'Occident parle-t-il tant de démocratie et de droits humains alors qu'il continue à soutenir inconditionnellement Israël ?

Pourquoi les gouvernements continuent-ils à accorder des milliards de subventions aux énergies fossiles alors que la crise climatique s'aggrave de plus en plus ?

Ces questions ne concernent pas des phénomènes marginaux, mais touchent aux fondements de l'organisation de notre société.

Ensemble, nous sommes forts

Dans le passé, le progrès social ne s'est jamais produit de lui-même. Les droits des travailleurs, les droits des femmes, le droit de vote, les lois antiracistes et la sécurité sociale ont été obtenus parce que les gens se sont organisés. Ils ont tout simplement refusé de croire que l'ordre existant était immuable et ont revendiqué leurs droits.

Aujourd'hui encore, le changement commence souvent à petite échelle. Des étudiants se soulèvent contre la direction de leur université, des lycéens organisent des grèves pour le climat ou des jeunes adhèrent à un syndicat. Les comités de solidarité avec la Palestine ou les habitants de quartiers qui protestent contre les logements inabordables témoignent également de cette même volonté de changement.

Prises séparément, de telles initiatives semblent parfois fragiles. Mais lorsque différents mouvements se rejoignent, leur signification change. Ainsi, une manifestation étudiante devient partie intégrante d'une lutte plus large pour les services publics. L'action climatique se lie à la justice sociale, tandis que les organisations antiracistes, les syndicats, les mouvements féministes et les militants pour la paix se renforcent mutuellement.

C'est là que réside la véritable force de cette génération, et cela peut  servir d'exemple aux anciennes générations. Une question importante à cet égard est de savoir quelle marge de manœuvre leur est accordée pour façonner leur propre avenir et dans quelle mesure ils peuvent compter sur le soutien des enseignants, des travailleurs et d'autres groupes de la population.

Ceux qui refusent de se taire peuvent changer beaucoup de choses. C'est particulièrement le cas lorsque les jeunes prennent conscience qu'ils ne sont pas seuls.

Marc Vandepitte

Note :

1 Le terme "génération Z" s'inscrit dans une tradition selon laquelle les spécialistes du marketing divisent la population en groupes cibles (consommateurs) auxquels ils attribuent des caractéristiques communes supposées. Mais les jeunes ne constituent pas en eux-mêmes un groupe homogène. Ce qui les pousse aujourd'hui à descendre dans la rue ne peut pas simplement s'expliquer par leur année de naissance. Leurs protestations sont avant tout une réaction aux conditions sociales dans lesquelles ils grandissent et à l'incertitude qui entoure leur avenir.

La source originale de cet article est Mondialisation.ca

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