Redoutant une cristallisation des colères le 17 octobre, le gouvernement français multiplie les réponses concrètes pour contenir la mobilisation des lycéens et la contestation sur les carburants et le pouvoir d'achat.
Le souvenir des Gilets jaunes est-il en train de se rappeler à la mémoire de l'exécutif ? Lors des questions au gouvernement ce mercredi 14 octobre, le patron des sénateurs PS Patrick Kanner a interpellé Sébastien Lecornu sur le budget et la possibilité d'une convergence des luttes. "Les colères montent inexorablement", a-t-il déploré, repris par RTL.
"Oui, monsieur le Premier ministre les crises s'accumulent, crise du logement, crise agricole, crise énergétique, crise du pouvoir d'achat, crise de la dette, crise environnementale et maintenant crise d'une jeunesse en détresse que vous êtes incapable de les rassurer parce que vous ne les comprenez pas", a-t-il déclaré.
Une première prise de température de l'accumulation de ces crises sera possible le samedi 17 octobre. Date à laquelle "la grande manifestation" des Gilets jaunes contre "la vie chère" doit se dérouler. Le mouvement pourrait être rejoint par celui des lycéens et des étudiants. 768 mobilisations sont prévues à travers toute la France.
Le "moment de la grande clarification"
Face aux sénateurs, Sébastien Lecornu a invoqué le "moment de la grande clarification" et choisit la stratégie du pragmatisme. Sans évoquer la "crainte" d'une convergence des luttes, l'exécutif cherche à désamorcer la situation "de manière la plus rationnelle et efficace possible", a souligné Maud Bregeon lors du compte-rendu du Conseil des ministres, mercredi 14 octobre.
"Mon rôle n'est pas d'émettre ou de ne pas émettre des craintes, a indiqué la porte-parole du gouvernement. Le rôle de l'exécutif est d'aborder les sujets avec la tête froide", a-t-elle indiqué énumérant les crises lycéenne, celle liée au pouvoir d'achat, mais aussi les crises agricole et budgétaire.
À la recherche de "réponses pratiques"
Une amorce de réponses déjà initiée par Sébastien Lecornu le 7 octobre à travers une allocution - exercice rare pour un Premier ministre - depuis Matignon sur le mouvement lycéen mais aussi la bataille du budget, les crises du prix des carburants et agricole.
À commencer par les manifestations de lycéens et d'étudiants. Le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray a annoncé la mobilisation de 3.000 professeurs remplaçants dans les lycées en situation tendue. Une annonce qui n'a pas mis fin au mouvement.
La notion de pragmatisme énoncée par Sébastien Lecornu se retrouve aussi dans les propos du locataire du ministère de la rue de Grenelle. "Il faut apporter des réponses pratiques sur la question des emplois du temps, ce sera fait", a-t-il déclaré aux sénateurs.
Les prix du gazole baisseront "dès le 1er novembre"
Pragmatisme encore sur la flambée du prix des carburants. Le Premier ministre avait annoncé qu'il mettrait 10 millions de barils de gazole à la disposition des distributeurs en France, assurant que cette mesure permettra une baisse de 12 à 18 centimes du prix du litre à la pompe. Dans la foulée, le patron de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, s'est engagé à baisser le prix du litre de gazole pour les particuliers.
Sébastien Lecornu a aussi assuré que les prix du gazole baisseraient "dès le 1er novembre".
Le gouvernement s'est aussi engagé à publier chaque semaine les volumes libérés sur le marché, la baisse du coût que cela représente, et les prix moyens à la pompe au niveau national.
Des organisations lycéennes appellent à rejoindre la mobilisation de samedi
Souhaitant répondre aux propos tenus par le ministère de l'Éducation sur une "décrue" du mouvement lycéen, les organisateurs appellent à poursuivre la mobilisation lors de la manifestation du 17 octobre. Le président de l'Union syndicale Ryad Rani a appelé plusieurs organisations à rejoindre, la manifestation des Gilets jaunes.
"Nous ne lâcherons rien et nous ne braderons rien. Nous vous appelons massivement à rejoindre le mouvement des 'gilets jaunes' samedi pour enfin faire vivre cette convergence des luttes", a-t-il lancé. "Le mouvement s'intensifie, il y a une vraie convergence et on s'en réjouit", a-t-il déclaré.
"C'est très bien que ce soit un samedi, comme ça, ça permet que tous les Français et les Françaises viennent", a aussi réagi Sabrine Kharbach de l'Union étudiante. La présidente de l'organisation étudiante la Fage, Suzanne Nijdam, a redit attendre du gouvernement des "annonces, un chèque, un budget".
"Le 17", samedi, "partout où nos revendications sont partagées, nous répondrons présents", a également assuré la secrétaire générale du syndicat des enseignants Snes-FSU, Sophie Vénétitay.
