
Violences du 17 octobre: le gouvernement donne l'ordre d'incriminer LFI
Par TRT, le 20 octobre 2026
L'information est publiée hier soir par Mediapart, le média d'investigation en ligne. Selon des sources au sein des services du renseignement, le gouvernement a demandé d'imputer les violences du samedi 17 octobre à la France insoumise.
Tollé du côté de La France insoumise. Clémence Guetté réagit sur son compte Facebook. La députée LFI du Val-de-Marne déclare :
"C'est un scandale. Le pouvoir est incapable de gérer le chaos qu'il a mis dans le pays, il doit cesser de tenter d'en sortir par des dérives autoritaires dangereuses".
Manuel Bompard, secrétaire national de LFI estime sur Facebook que l'article de Mediapart est d'une très grande importance :
"On peut y lire comment le gouvernement manipule les services du renseignement pour imputer à tort à La France insoumise des actes dont elle n'est pas responsable. C'est une véritable affaire d'État".
Un article qui arrive à point nommé puisque le président du Sénat, Gérard Larcher, a estimé lundi soir, dans une interview au Figaro, que la question de l'interdiction de La France insoumise pouvait être "posée", après les violences qui ont émaillé les manifestations en France samedi.
data:text"La fabrique d'un bouc émissaire"
Le titre de l'article publié lundi soir par Mediapart donne le ton :
"On nous demande d'écrire que LFI est derrière le mouvement : autour du 17 octobre, la fabrique d'un bouc émissaire."
Le média commence par rappeler que la procureure de la République de Paris a insisté, dès lundi soir, sur un point : elle ne peut pas affirmer que les auteurs de pillages ou de dégradations appartiennent à l'ultragauche. Les personnes interpellées sont souvent peu connues des services de police et n'ont aucune revendication politique.
C'est pourtant la version répétée par le pouvoir en place, du Premier ministre Lecornu à ses ministres. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a accusé lundi le
"mouvement de l'ultragauche" de vouloir "organiser un désordre [...] profond dans le pays jusqu'à l'élection présidentielle".
Une version reprise par le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, qui assure sur France 2 que
"les factieux d'ultragauche qui vont vouloir déstabiliser les institutions"
sont l'une des principales menaces pour la France. Ni plus ni moins.
Le gouvernement accusait déjà LFI d'être à l'origine des blocages de lycées depuis le 27 septembre. Une tactique de communication politique assez classique qui consiste à désigner un coupable quand on n'a pas les moyens de répondre aux revendications des manifestants.
Mais cette fois, la machine politique va plus loin. Selon les informations de Mediapart, ces accusations envers LFI sont contestées jusque dans les services du renseignement. Les journalistes ont eu accès à des échanges écrits entre collègues des services de renseignement. Un commissaire s'interroge :
"Il y a des choses indicibles, mais quand on nous demande texto d'écrire que c'est LFI qui est derrière le mouvement alors que c'est objectivement faux de l'avis général des RT, forcément on a des décisions politiques".
Selon la police et les services de renseignement, les militants d'ultragauche représentaient à peine 20 % des pilleurs-casseurs. Les autres seraient des délinquants d'opportunité.
Mediapart cite également un syndicaliste de la police qui s'étonne. Selon lui, LFI n'a rien à voir avec les événements du 17 octobre.
"C'est dangereux de politiser ainsi un échec aussi grossier et surtout de ne pas en assumer l'entière responsabilité."
Le policier explique ne pas aimer LFI, mais être mal à l'aise avec cette stratégie politique.
La même musique que pendant les Gilets jaunes
L'article de Médiapart souligne également l'impréparation du gouvernement qui a été mis en garde. Les services du renseignement ont interpellé les responsables politiques depuis des mois contre un possible embrasement lié à la hausse du coût de la vie et donc à un éventuel retour des Gilets jaunes. Selon le média Intelligence Online, la Direction nationale du renseignement territorial (DNRT) répétait que le mouvement des Gilets jaunes allait refaire surface sous une forme différente et potentiellement plus violente.
Les journalistes de Mediapart ont également pu contacter des préfets qui réfutent, eux aussi, la mainmise de LFI sur les événements du week-end. Certains s'étonnent de la confusion que veut entretenir le gouvernement entre La France insoumise et l'ultragauche, qui est minoritaire en France et n'est pas un parti politique.
En d'autres termes, comme pendant la crise des Gilets jaunes, le gouvernement macroniste accuse la gauche d'être le grand ordonnateur des violences et des émeutes. Il politise un mouvement social pour décrédibiliser les revendications des 800 000 personnes qui ont défilé et pour éviter d'avoir à élaborer une réponse politique à ce mouvement social. La réponse est aujourd'hui sécuritaire, même si Emmanuel Macron a promis des annonces pour les lycées dans les jours à venir.
data:textDimanche 18 octobre, le président de la République ne déclarait-il pas solennellement que les casseurs et les pilleurs seraient sévèrement punis, lors de son allocution télévisée, ajoutant que les débats devaient se tenir dans les réunions publiques et les syndicats, et non dans la rue par la violence ?
Certains, comme le parti Les Républicains, envisagent déjà de limiter le droit de manifester. Bruno Retailleau, le président des Républicains, veut un état d'urgence, et Antoine Savignat, avocat et ancien parlementaire LR, a proposé lundi d'interdire les manifestations à l'échelle nationale face à une situation que la police ne maîtrise plus.