
par Ali Riza Taşdelen
La colère sociale, qui n'a cessé de croître avec la participation des Gilets jaunes, a plongé le gouvernement Macron dans une crise politique.
Les manifestations lancées en France il y a un mois par des lycéens sont en train de se transformer en un mouvement populaire à l'échelle nationale grâce à la participation des Gilets jaunes. La descente dans la rue de centaines de milliers de personnes le 17 octobre a montré l'ampleur de la réaction sociale suscitée par les politiques néolibérales mises en œuvre depuis quarante ans.
Au lieu d'apporter des solutions aux problèmes de l'éducation, du chômage et du coût de la vie, le gouvernement Macron met l'accent sur les mesures de sécurité. Les débats axés sur les images de pillages et d'incendies criminels occultent les revendications politiques de ce mouvement de masse.
Une révolte lancée dans un lycée a emmené les pays. Tout a commencé le 17 septembre à Créteil, près de Paris. Les enseignants du lycée Saint-Exupéry se sont mobilisés contre le manque de personnel, les cours annulés et les mauvaises conditions d'accueil. Le lendemain, les élèves ont eux aussi bloqué l'établissement. Ce sont les enseignants qui ont allumé la mèche des actions d'aujourd'hui.
Les manifestations se sont rapidement propagées aux banlieues pauvres de Paris, puis à Lyon, Marseille, Nantes, Rennes et d'autres villes.
Le 6 octobre, des centaines de milliers de personnes étaient dans la rue. Le ministère de l'Éducation a annoncé que les cours étaient totalement ou partiellement perturbés dans 891 lycées. Aux élèves se sont joints des enseignants, des parents d'élèves, des étudiants universitaires et des syndicats. Ainsi, les problèmes liés à l'éducation se sont transformés en une lutte politique remettant en cause les politiques économiques et sociales du gouvernement.
La colère sociale s'est unie à celle des Gilets jaunes. Les manifestations du 17 octobre ont marqué une nouvelle étape du mouvement. Selon les organisateurs, 800 000 personnes ont participé aux actions ; selon le ministère de l'Intérieur, 550 000.
Cette fois-ci, les Gilets jaunes étaient également dans la rue. D'ailleurs, l'appel à manifester du 17 octobre avait été lancé par les Gilets jaunes dès le début du mois de septembre, avant même les manifestations des lycéens.
Alors que dans les grandes villes, les étudiants et les syndicats se sont mis en avant, dans les petites villes et les zones rurales, les carrefours, les échangeurs d'autoroutes et les stations-service se sont transformés en lieux de protestation.
Plus de 1700 actions ont été menées dans toute la France. Les Gilets jaunes, les lycéens, les étudiants, les agriculteurs, les pompiers, les ouvriers, les enseignants, les professionnels de santé, les défenseurs du climat, les habitants des quartiers populaires et les retraités se sont mobilisés.
Les jeunes réclament une éducation équitable et un avenir sûr. Les travailleurs s'opposent à l'érosion de leurs salaires, tandis que les retraités dénoncent leurs difficultés financières. Les agriculteurs se plaignent de la hausse des prix du gazole et des coûts de production.
Les revendications de ces différents groupes convergent vers les mêmes politiques économiques. La participation des Gilets jaunes est donc essentielle. Le mouvement, qui a débuté dans les lycées, se transforme en une réaction commune des différentes classes et couches de la société.
Des véhicules en feu, des centaines de milliers d'invisibles. Le 17 octobre, dans certaines villes, notamment à Paris, Lyon et Marseille, des véhicules ont été incendiés, des magasins saccagés et des bâtiments publics attaqués. Cependant, à la télévision, ce sont ces images qui ont été mises en avant, plutôt que la raison pour laquelle des centaines de milliers de personnes manifestaient. Les inégalités dans l'éducation, la pauvreté et le coût de la vie ont été relégués au second plan. On a tenté de réduire la lutte sociale à un simple problème d'ordre public.
Les actions des groupes marginaux de type Black Bloc doivent également être remises en question ici. Il convient également d'enquêter sur la possibilité que les services de renseignement aient infiltré ces structures et les aient orientées. Car le résultat politique qui en découle est évident : les images de violence servent à mettre en avant les politiques de sécurité du gouvernement. D'autre part, il ne faut pas oublier les conditions de vie des jeunes entraînés dans le sillage de ces groupes. La pauvreté, le chômage, la discrimination et l'exclusion sociale dans les banlieues comptent parmi les sources d'une colère qui s'accumule depuis des années.
Le souvenir des émeutes de banlieue de 2005 et 2023 est encore vif. Mais ce qui distingue le mouvement actuel, c'est qu'il trouve un écho auprès de couches sociales plus larges et mieux organisées.
Une violence policière débridée. On a assisté à une violence policière excessive et incontrôlable à l'encontre des manifestants. Le 17 octobre à Paris, des gaz lacrymogènes ont été lancés avant même le début de la marche vers la place de la République. À Strasbourg, des manifestants pacifiques ont été pris pour cible. À Saint-Étienne, un jeune homme a eu la main arrachée. À Mulhouse, une jeune femme a perdu un œil. À Lens, un adolescent de 15 ans a perdu une main. À Tours, un lycéen de 16 ans a perdu un œil.
Le gouvernement Macron a rappelé sa politique de sécurité. Après le 17 octobre, Macron a condamné les violences et déclaré que l'autorité de l'État serait préservée. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a évoqué la possibilité de couvre-feux partiels dans certaines villes. Lundi, un couvre-feu a été décrété à Paris, notamment, mais aussi à Lyon, Marseille et dans de nombreuses autres localités.
Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a quant à lui reconnu que le contrôle avait été perdu dans certaines villes et a présenté sa démission. Macron a rejeté cette démission. Cette évolution met en évidence l'ampleur de la crise à laquelle le gouvernement est confronté.
D'un côté, la contestation sociale ne cesse de s'amplifier ; de l'autre, des débats ont commencé sur l'insuffisance des forces de l'ordre. Cependant, le gouvernement se concentre sur la répression des événements de rue plutôt que sur les causes économiques de la crise.
Le bilan de quarante ans de politiques néolibérales. Il serait erroné de chercher les causes de la révolte en France au cours du dernier mois. Les politiques néolibérales mises en œuvre depuis quarante ans ont érodé les services publics. Les privatisations, la désindustrialisation et la précarité du travail ont aggravé les inégalités sociales. Aujourd'hui, environ 9,8 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté. Des millions de personnes ont du mal à se nourrir correctement et sainement.
La dette publique a atteint 119% du PIB, dépassant ainsi les 3500 milliards d'euros. Les paiements d'intérêts sont devenus insupportables pour le budget ; les intérêts de la dette, estimés à 79 milliards cette année, devraient s'élever à 91 milliards dans le budget de 2027.
D'autre part, alors que des économies sont prévues dans le budget dans les domaines de l'éducation, de la santé et des affaires sociales, les dépenses de défense sont en hausse.
Les organisations étudiantes réclament environ 10 milliards d'euros de ressources supplémentaires pour l'éducation. Le gouvernement invoque quant à lui les contraintes budgétaires. Le problème réside autant dans le manque de ressources que dans la manière dont les ressources existantes sont allouées aux différentes priorités sociales.
Dans d'autres pays d'Europe également, des manifestations ont lieu en raison des problèmes liés à l'éducation, aux salaires, au logement et au coût de la vie. Ces événements montrent que la crise en France s'inscrit dans le cadre d'une transformation économique plus large. C'est là que réside l'importance politique du mouvement lancé par les lycéens français.
Ce n'est plus seulement la pénurie d'enseignants ou les mesures du gouvernement Macron qui sont remises en cause, mais l'ordre économique lui-même, incapable d'assurer aux jeunes un emploi et un avenir.
Le mouvement populaire, qui prend de l'ampleur avec la participation des Gilets jaunes, remet à l'ordre du jour en France le coût social de quarante ans de politiques néolibérales.
source : Observateur Continental