Prenant prétexte de la mobilisation sociale, le président français relance son offensive contre les réseaux sociaux. Alors qu'un amendement déposé au Sénat prévoit de nouveaux pouvoirs de blocage, Alexandre Regnaud dénonce les projets européens de contrôle de l'information, qu'il considère comme une menace majeure pour les libertés publiques.
Il est vrai qu'Emmanuel Macron s'intéresse depuis longtemps aux réseaux sociaux. En juillet 2023, profitant de l'affaire Nahel et des émeutes qui avaient suivi, il avait déjà proposé de restreindre l'accès aux plateformes en cas de situation d'urgence. L'opinion publique n'étant pas prête, le gouvernement avait dû faire marche arrière dès le lendemain. Il fallait donc mieux préparer les esprits et déplacer la fenêtre d'Overton.
Le "désordre" du 17 octobre semble lui offrir le prétexte idéal pour relancer ce projet phare d'une partie de la techno-oligarchie européenne : le contrôle des réseaux sociaux. Le 26 octobre, il a déploré que les réseaux sociaux "abîment nos démocraties" et permettent aux pilleurs de s'organiser.
Immersion au cœur du "ministère de la Vérité" orwellien
À partir de fin octobre 2025, Emmanuel Macron organise un véritable tour de France pour "sonner le tocsin" sur les dangers des réseaux sociaux, comme le rappelle Le Monde.
Il multiplie les déplacements et évoque des pistes qu'il souhaite transformer en "décisions concrètes" début 2026. Le 28 novembre, à Mirecourt, il annonce une "action judiciaire en référé" pour bloquer en 48 heures les "fausses informations". À Arras, il propose ensuite de créer un "label" des sites d'information fiables, validés par l'État, qui seraient les seuls à suivre. Une plongée directe dans le "ministère de la Vérité" orwellien.
Face au tollé, Macron recule le 2 décembre, affirmant avoir été mal compris. Mais dès le 10 décembre, il confirme son intention de faire voter une loi pour interdire les réseaux sociaux aux moins de "15 ou 16 ans" avant la fin de son mandat.
Présentée quelques jours plus tard, en janvier 2026, la loi est adoptée le 21 juillet avec les voix de la macronie et du RN. Coup de tonnerre : le Conseil constitutionnel la rejette le 14 août, estimant que le dispositif porte une "atteinte disproportionnée à la liberté d'expression et de communication" et ne garantit pas suffisamment la protection de la vie privée lors de la vérification de l'âge.
Face à une opinion publique pas encore prête pour ce tournant ouvertement totalitaire, il fallait lâcher du lest et passer la patate chaude à l'Union européenne.
Le Digital Fairness Act, un prétexte à la vérification des identités
Comme par enchantement, les technocrates de Bruxelles préparent pour le quatrième trimestre 2026 un "Digital Fairness Act" (DFA). Le 16 septembre, un mois après le rejet du Conseil constitutionnel français, von der Leyen annonce que le texte prévoit notamment d'interdire les réseaux sociaux aux moins de 13 ans.
Le passage de 15 à 13 ans importe peu, la protection des mineurs n'est pas le véritable enjeu, contrairement à ce qui est clamé.
L'enjeu, c'est la vérification de l'âge avant d'accéder à un site ou à un réseau social, autrement dit la vérification de votre identité sous prétexte de vérifier votre âge. Soit un immense pas vers l'identité numérique et ses dérives liberticides (crédit social, contrôle, censure politique, etc).
Il s'agit de savoir exactement qui visite quel site, regarde quelle vidéo ou lit quel article, pour pouvoir, à terme, le sanctionner. Vous qui lisez un article sur une plateforme et un média censurés et interdits dans l'UE, cela devrait vous parler. Le liriez-vous aussi facilement si vous aviez dû montrer votre carte d'identité ? Vous auriez au moins hésité, et c'est précisément ce qu'ils recherchent !
"Ils ne veulent surtout pas que vous vous questionniez davantage"
Un mois après l'annonce de von der Leyen, Macron revient à la charge après les événements du 17 octobre. Cette insistance s'explique par l'élection présidentielle qui approche et les sondages donnant les candidats de son camp perdants dans toutes les configurations. Il est donc urgent pour lui de maîtriser le champ de l'information, autrement dit la propagande.
Le véritable problème des réseaux sociaux, la raison pour laquelle ils veulent tant les contrôler, c'est l'émergence, voire la domination, des médias alternatifs.
Les macronistes ont ainsi introduit en douce un amendement gouvernemental (n° 94) au Sénat, le lundi 26 octobre 2026, dans le cadre du projet de loi dit "casseurs-payeurs", examiné à partir du lendemain, mardi 27 octobre. Toujours cette habitude d'utiliser des propositions de bon sens pour y glisser leurs plans liberticides.
Le texte crée une procédure d'urgence permettant de bloquer les réseaux sociaux qui ne retireraient pas, dans l'heure, les contenus signalés par l'administration comme appelant à "l'insurrection ou à l'armement contre l'État". Il s'appuie sur le règlement européen 2021/784, dit "TCO", qui concerne... le terrorisme.
Une décision administrative, donc de l'État et sans contrôle judiciaire, prise dans un délai ultracourt, qui ne permet donc pas la moindre contestation légale ou indignation populaire, mais étendue à un domaine aussi flou que "l'insurrection ou l'armement contre l'État". Soit le moyen idéal de censurer le moindre appel à une quelconque manifestation contre la politique macroniste, puisque la différence entre manifestation et insurrection est donc laissée par la loi à l'interprétation de l'État lui-même, sans recours judiciaire possible.
Si une telle atteinte à la démocratie est glissée dans une loi anticasseurs, c'est, comme pour la protection des mineurs invoquée par Macron et l'UE, pour mieux contrôler les idiots utiles de la soi-disant opposition, qui n'oseront pas voter contre.
