Par Yvon Quiniou
Ainsi on aura tout vu. La France, pays des Droits de l'Homme et qui en a inventé le concept en 1789, interdit une manifestation de soutien à un peuple palestinien martyrisé, qui se déroulait à Paris, ville symbole ; et elle envoie ses CRS pour la réprimer par la violence. Chose unique : partout ailleurs en Europe les manifestations étaient autorisées, même si elles étaient encadrées, ce qui était la solution raisonnable si l'on voulait éviter d'éventuels débordements.

On aurait pu penser que le PS actuel, issu d'Epinay, voulant rompre avec le capitalisme et "changer la vie" dans le sillage de cette révolte libertaire que fut aussi Mai 68, qui entendait "interdire d'interdire", aurait gardé des traces de son élan culturel d'alors. C'est le contraire qui se passe à l'heure actuelle si l'on éclaire la signification de la répression d'avant-hier : elle constitue le point terminal d'une involution idéologique et politique, qui s'est faite par renoncements successifs, et qui me fait honte comme il doit faire honte à tous les démocrates et à tous les républicains. On peut lui trouver une explication tristement ou banalement politicienne : face à une droite en pleine débâcle, Hollande espère bien se retrouver au second tour de la prochaine présidentielle, sans doute face à Marine Le Pen, et il multiplie tous les clins d'œil en direction de l'électorat du centre et de la droite, dont les partisans d'Israël font évidemment partie, avec un cynisme proprement stupéfiant.
Mais expliquer ce n'est pas excuser et, dans le cas présent, c'est même aggraver la raison de s'indigner tant ce motif est médiocre : rester à tout prix au pouvoir. Hollande est un homme politique sans vision ni envergure, qui croit pouvoir gérer la France comme on gère un parti en tacticien ambitieux. Je ne sais même pas s'il est de gauche et je me souviens que Bourdieu (qui aurait été à la manisfestation d'avant-hier, lui), qui l'avait eu comme élève, le considérait comme une personnalité aux convictions de droite. Ce qui est sûr en tout cas, c'est que sous l'apparence d'un évènement qu'on pourrait trouver mineur mais qui ne l'est pas du tout, il a tombé le masque et commis la faute insigne et impardonnable de son septennat : bafouer le droit à l'expression d'une indignation devant une situation politique scandaleuse.
Cela restera comme une tache indélébile, la marque d'un honneur moral perdu. Jaurès, toi qui savais que la politique est indissociable de la morale, reveille-toi et réveille ceux qui osent, sans le moindre scrupule, se réclamer encore de ton nom !
Yvon Quiniou