{"167420":{"id":"167420","parent":"0","time":"1578938752","url":"http:\/\/cadtm.org\/La-realpolitik-du-president-Lula-et-les-altermondialistes","category":"Latina","title":"La \u00ab realpolitik \u00bb du pr\u00e9sident Lula et les altermondialistes","lead_image_url":"http:\/\/newsnet.fr\/img\/newsnet_167420_5f584f.jpg","hub":"newsnet","url-explicit":"la-realpolitik-du-president-lula-et-les-altermondialistes","admin":"newsnet","views":"95","priority":"3","length":"15403","lang":"fr","content":"\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_167420_5f584f.jpg\" \/\u003E\u003Cp\u003EContre Sommet du G8 \u00e0 Evian en 2003 (CC - Wikimedia)\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELors du sommet du G8 \u00e0 Evian (France) d\u00e9but juin 2003, le pr\u00e9sident br\u00e9silien Luiz Inacio Lula Da Silva a rencontr\u00e9 une d\u00e9l\u00e9gation de repr\u00e9sentants des mouvements sociaux et ONG qui composent et animent le dit mouvement altermondialiste. Nous avons recueilli le t\u00e9moignage d'Eric Toussaint, pr\u00e9sident du Comit\u00e9 pour l'annulation de la dette du Tiers Monde (CADTM).\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEric Toussaint commence d'abord par exprimer diff\u00e9rentes critiques sur la politique \u00e9conomique men\u00e9e par le gouvernement br\u00e9silien. Il poursuit l'entretien en expliquant le d\u00e9roulement de la rencontre et ce qui s'y est dit. Pour terminer, il tire quelques conclusions sur l'\u00e9volution 'lib\u00e9rale' de Lula et plus globalement sur l'Am\u00e9rique latine.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EContexte :\u003C\/b\u003E A l'occasion du sommet annuel tenu par le G8 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, Grande-Bretagne, France, Italie, Canada, Russie) \u00e0 Evian les 1\u003Csup\u003Eer\u003C\/sup\u003E et 2 juin 2003, plusieurs chefs d'Etat non membres du G8 \u00e9taient les invit\u00e9s du pr\u00e9sident français Jacques Chirac. Celui-ci souhaitait donner l'impression \u00e0 l'opinion publique internationale que le G8, la France en particulier, souhaitaient dialoguer avec le reste du monde en invitant des chefs d'Etat non membres du G8. Avaient r\u00e9pondu \u00e0 l'appel le pr\u00e9sident Lula du Br\u00e9sil et les chefs d'Etats ou de gouvernement de Chine, d'Inde, du Nigeria, du S\u00e9n\u00e9gal, d'Afrique du Sud, d'Egypte, du Mexique... Fondamentalement, il s'agissait de contribuer \u00e0 l\u00e9gitimer le G8, club informel des principales puissances mondiales, \u00e0 un moment où sa cr\u00e9dibilit\u00e9 est au plus bas. Les hôtes du pr\u00e9sident Chirac se sont r\u00e9unis \u00e0 Evian avant le d\u00e9but de la v\u00e9ritable r\u00e9union du G8 au moment où plus de 100.000 manifestants d\u00e9filaient dans les rues de Genève (Suisse) et d'Annemasse sur le thème G8 ill\u00e9gal. Parmi les thèmes principaux : l'annulation de la dette du tiers Monde, l'opposition au militarisme, la lutte contre l'OMC, la solidarit\u00e9 avec le peuple palestinien, l'accès aux m\u00e9dicaments g\u00e9n\u00e9riques... et l'opposition \u00e0 la r\u00e9forme n\u00e9olib\u00e9rale du système des pensions et de l'\u00e9ducation qui mobilise en France des millions de travailleurs.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EHier, tu as eu l'occasion de rencontrer, avec d'autres, un des chefs d'Etat, invit\u00e9 sp\u00e9cial du G8 : le pr\u00e9sident Lula du Br\u00e9sil. Peux-tu expliquer le sens de cette rencontre et \u00e0 travers cela, la politique men\u00e9e par le pr\u00e9sident Lula ?\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EEric Toussaint :\u003C\/b\u003E Luis Inacio Lula Da Silva, \u00e9lu pr\u00e9sident avec une \u00e9crasante majorit\u00e9 des voix en octobre 2002, plus de 65 %, souhaitait voir des repr\u00e9sentants des mouvements altermondialistes d'Europe. Nous nous sommes rendus \u00e0 quatre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de ces mouvements, Jacques Nikonoff, Pr\u00e9sident d'Attac France, Rafaella Bolini, repr\u00e9sentant le Forum Social Italien, Helena Tagesson (Suède), de la campagne contre l'OMC et moi-même pour le CADTM. La rencontre a eu lieu \u00e0 Genève dans la r\u00e9sidence de l'ambassadeur du Br\u00e9sil.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAvant de nous rendre \u00e0 cette rencontre, nous avions d\u00e9cid\u00e9 de dire clairement que nous n'engagions pas le mouvement, nous n'avions aucun mandat donn\u00e9 par d'autres mouvements pour les repr\u00e9senter. Nous ne repr\u00e9sentions que nous-mêmes et nous n'avions pas l'intention de nous prêter, par exemple, \u00e0 un jeu de conf\u00e9rence de presse au cours de laquelle le pr\u00e9sident du Br\u00e9sil aurait pu nous utiliser pour avaliser la politique qu'il mène. Nous aurions agi de cette façon avec n'importe quel pr\u00e9sident mais, ici, en plus, nous nous trouvons dans une situation où, quelques mois \u00e0 peine après avoir occup\u00e9 son poste de pr\u00e9sident, la politique de Lula est manifestement contradictoire avec les attentes de toute une s\u00e9rie de mouvements sociaux avec lesquels nous travaillons directement.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EAlors c'est quoi, les mesures tout \u00e0 fait contestables ?\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ci\u003EPrimo\u003C\/i\u003E, le pr\u00e9sident Lula a d\u00e9sign\u00e9 comme pr\u00e9sident de la Banque centrale un des gros patrons, Henrique Meirelles, l'ancien pr\u00e9sident d'une des grosses banques am\u00e9ricaines pr\u00e9sentes au Br\u00e9sil, la Fleet Boston. C'est donc clairement un repr\u00e9sentant de la classe capitaliste qui est mis \u00e0 la tête de la Banque centrale et le message est clair : chercher \u00e0 donner confiance aux march\u00e9s financiers. C'est le premier problème.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDeuxième problème, le pr\u00e9sident Lula est favorable \u00e0 octroyer l'autonomie \u00e0 la Banque centrale, c'est-\u00e0-dire qu'il prend les mesures souhait\u00e9es par les n\u00e9o-lib\u00e9raux : c'est ce qu'ils ont fait avec la Banque centrale europ\u00e9enne par rapport \u00e0 la Commission europ\u00e9enne. Ce qui veut dire que le pouvoir politique abandonne encore un peu plus le contrôle sur un instrument central pour orienter l'\u00e9conomie d'un pays. Quand on ne contrôle pas directement la banque centrale, on ne contrôle pas la monnaie nationale, les taux d'int\u00e9rêt, etc. C'est quelque chose de très important.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ETroisième point contestable dans la politique de Lula : c'est la r\u00e9forme du système de pension qu'il a entreprise et qui fait très fortement penser \u00e0 la r\u00e9forme de Raffarin, combattue par un très large mouvement social avec les grèves que l'on connaît en France. En fait, le pr\u00e9sident Lula s'en prend au système de pension des travailleurs du secteur public et veut favoriser les fonds de pension priv\u00e9s. Il y a d'autres \u00e9l\u00e9ments de sa politique contestables : des hauts taux d'int\u00e9rêt, le maintien des accords avec le FMI, le remboursement de la dette publique ext\u00e9rieure...\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EComment a eu lieu cette visite ?\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEric Toussaint : Etant donn\u00e9 la politique que je viens de d\u00e9crire, on y allait quasiment avec des semelles de plomb parce qu'on ne voulait pas être utilis\u00e9s ou pi\u00e9g\u00e9s. Nous avions donc d\u00e9cid\u00e9, dans le cadre d'un accord sur la proc\u00e9dure du d\u00e9roulement de la s\u00e9ance, que chacun d'entre nous (les quatre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s), prendrait cinq minutes pour pr\u00e9senter les revendications principales que nos mouvements avancent, comme alternatives \u00e0 la mondialisation actuelle, et qui concernent directement le Br\u00e9sil. Voici comment s'est d\u00e9roul\u00e9e la rencontre : on a \u00e9t\u00e9 reçus par le pr\u00e9sident Lula, accompagn\u00e9 du ministre du Travail et du ministre des Relations ext\u00e9rieures, de plusieurs d\u00e9put\u00e9s et de deux conseillers proches du pr\u00e9sident. Le pr\u00e9sident Lula a pr\u00e9sent\u00e9 pendant une demi-heure la politique de son gouvernement, en d\u00e9fendant les mesures d'aust\u00e9rit\u00e9 qu'il a prises (augmentation des taux d'int\u00e9rêt, coupes claires dans le budget pour un montant de plus de trois milliards de dollars - 14 milliards de r\u00e9ales) et en disant qu'elles \u00e9taient n\u00e9cessaires pour stabiliser une situation \u00e9conomique très difficile. Il a annonc\u00e9 que dor\u00e9navant, il allait commencer \u00e0 concr\u00e9tiser - ça prendra quelques ann\u00e9es a-t-il dit - les engagements qu'il a pris auprès du peuple au cours de sa campagne \u00e9lectorale.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ENous avons avanc\u00e9 les choses suivantes. Jacques Nikonoff, pr\u00e9sident d'Attac France, a dit que son mouvement \u00e9tait tout \u00e0 fait oppos\u00e9 aux fonds de pension priv\u00e9s et qu'il \u00e9tait très inquiet de voir qu'au Br\u00e9sil, le gouvernement actuel faisait la promotion de ces fonds de pension.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDeuxièmement, il a redit l'int\u00e9rêt manifeste du mouvement \u00e0 ce que le Br\u00e9sil se prononce clairement pour la taxe Tobin. Il faut savoir que Lula est venu avec une proposition au G8 d'une taxe sur les ventes d'armes pour financer un projet mondial de lutte contre la faim. Chirac, dans une conf\u00e9rence de presse, a dit que la proposition de Lula lui semblait plus opportune que la taxe Tobin et en a profit\u00e9 donc pour attaquer la taxe Tobin. C'\u00e9taient les deux \u00e9l\u00e9ments centraux avanc\u00e9s par Jacques Nikonoff.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EMoi, j'ai avanc\u00e9 pour le CADTM que l'Am\u00e9rique latine \u00e9tait confront\u00e9e, un peu comme dans les ann\u00e9es 80, \u00e0 une h\u00e9morragie \u00e9norme de richesses qui la quittaient et qui se rendaient vers les cr\u00e9anciers du Nord (plus de 200 milliards de transfert net n\u00e9gatif sur la dette entre 1996 et 2002, l'\u00e9quivalent de deux plans Marshall. Le Br\u00e9sil \u00e0 lui seul a perdu, entre 1997 et 2001, plus de 70 milliards de dollars de transfert net n\u00e9gatif sur la dette, dont 27 milliards aux d\u00e9pens des finances publiques), essentiellement des banques priv\u00e9es, des march\u00e9s financiers, le FMI et la Banque mondiale. J'ai insist\u00e9 sur le fait qu'il ne fallait pas attendre une crise de paiement, une crise d'insolvabilit\u00e9, pour prendre des initiatives - d'ailleurs pr\u00e9vues en l'occurrence par la Constitution br\u00e9silienne - c'est-\u00e0-dire r\u00e9aliser un audit sur les origines et le contenu exact de la dette ext\u00e9rieure du Br\u00e9sil, pour d\u00e9terminer ce qui est l\u00e9gitime et ill\u00e9gitime. C'est pr\u00e9vu par la Constitution de 1988 du Br\u00e9sil. En 2000, lors d'un pl\u00e9biscite organis\u00e9 par le MST, la CUT, la Campagne Jubil\u00e9 Sud du Br\u00e9sil, la Conf\u00e9rence Nationale des Evêques (avec le soutien du PT), plus de 90 % des 6 millions de Br\u00e9siliens qui ont vot\u00e9, se sont prononc\u00e9s pour la suspension du paiement de la dette le temps de r\u00e9aliser l'audit. Les parlementaires du PT ont d\u00e9pos\u00e9 un projet de loi dans ce sens. Aucun pr\u00e9sident jusqu'\u00e0 aujourd'hui ne l'a r\u00e9alis\u00e9. J'ai dit \u00e0 Lula : « \u003Ci\u003EC'est vraiment l'occasion, puisque vous avez le pouvoir, de lancer l'initiative et ainsi d'avoir les conditions pour suspendre les paiements et \u00e9pargner l'argent du remboursement de la dette pour de l'investissement social, des transformations, etc.\u003C\/i\u003E ». Puis j'ai sugg\u00e9r\u00e9 que le Br\u00e9sil lance un appel aux autres pays latino-am\u00e9ricains pour constituer un front des pays endett\u00e9s pour le non-paiement.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELa troisième intervenante, Helena Tagesson, su\u00e9doise, avançait la n\u00e9cessit\u00e9 d'empêcher qu'\u00e0 Cancun, en septembre 2003, se concr\u00e9tisent les accords de l'OMC pris \u00e0 Doha en novembre 2001 et essayer de paralyser la r\u00e9union comme on avait r\u00e9ussi \u00e0 le faire \u00e0 Seattle fin novembre 99 - d\u00e9but d\u00e9cembre quand, par la mobilisation et profitant des contradictions entre Europe et Etats-Unis, on a r\u00e9ussi \u00e0 faire obstacle \u00e0 une offensive plus forte en matière de lib\u00e9ralisation du commerce. En 2001, l'OMC a pris sa revanche. Elle a r\u00e9ussi \u00e0 avoir un agenda très n\u00e9o-lib\u00e9ral avec l'Accord g\u00e9n\u00e9ral sur le commerce des services, qui doit être d\u00e9finitivement concr\u00e9tis\u00e9 et d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 Cancun. Donc, elle insistait sur le fait que nous avons quatre mois pour essayer de paralyser Cancun. Elle proposait que le Br\u00e9sil aille, avec les autres pays du Tiers Monde, dans ce sens-l\u00e0. Et notamment d'être très attentif \u00e0 la question de la privatisation de l'eau voulue par l'OMC alors qu'il y a des exp\u00e9riences modèles au Br\u00e9sil comme \u00e0 Porto Alegre en ce qui concerne l'exploitation et la distribution d'eau. Exp\u00e9riences modèles qui mourront si jamais on applique l'agenda de Doha \u00e0 Cancun.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELa quatrième intervenante \u00e9tait Rafaella Bolini du Forum Social Italien, elle est une des animatrices du mouvement anti-guerre ; les Italiens ont \u00e9t\u00e9 extrêmement actifs dans la campagne contre la guerre en Irak. Elle a demand\u00e9 au Br\u00e9sil qu'il prenne l'initiative de demander la convocation d'une Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de l'ONU, pour provoquer un vote de l'Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de condamnation de l'occupation de l'Irak par les Etats-Unis et leurs alli\u00e9s. Le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 de l'ONU vient de voter une r\u00e9solution le 22 mai qui, en fait, l\u00e9gitime l'occupation militaire de l'Irak par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l'Australie. Et on n'a \u00e9videmment pas confiance dans le Conseil de S\u00e9curit\u00e9. Par contre, même si on ne doit pas se faire trop d'illusions, si r\u00e9ellement il y avait un d\u00e9bat \u00e0 l'Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de l'ONU, si les pays pouvaient r\u00e9ellement voter, il pourrait y avoir une majorit\u00e9 contre l'occupation de l'Irak. Cela a eu lieu \u00e0 plusieurs reprises dans les ann\u00e9es 70 et 80. Israël a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 plusieurs fois, malgr\u00e9 l'opposition des Etats-Unis, parce que les Etats-Unis \u00e9taient en minorit\u00e9.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ECe que Lula a r\u00e9pondu, c'est qu'il y avait une grande diff\u00e9rence entre ce qu'on souhaitait faire et ce qu'on pouvait faire. Tout ça pour dire que nos propositions \u00e9taient bien sympathiques mais qu'il ne voyait pas comment les r\u00e9aliser. Il a justifi\u00e9 clairement sa politique favorable aux fonds de pension priv\u00e9s. Il n'a pas pris d'engagement sur la question de la dette. Il a dit sur la question du commerce, qu'il voulait effectivement limiter la d\u00e9r\u00e9glementation et limiter la port\u00e9e de l'Accord g\u00e9n\u00e9ral sur le commerce des services. En ce qui concerne l'Irak, il a dit que, en tant que pays, il s'\u00e9tait clairement oppos\u00e9 \u00e0 la guerre contre l'Irak. Mais il n'est pas all\u00e9 plus loin, il n'a pas dit qu'il allait prendre une initiative concernant l'Assembl\u00e9e de l'ONU.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EVoil\u00e0 un r\u00e9sum\u00e9 synth\u00e9tique de ce contact. J'en tire comme conclusion que l'espoir \u00e9norme non seulement d'une grande partie des Br\u00e9siliens, mais bien au-del\u00e0, dans le reste de l'Am\u00e9rique latine et dans le monde, de voir un gouvernement progressiste appliquer une orientation qui tourne le dos au n\u00e9o-lib\u00e9ralisme, et bien, cet espoir est manifestement en train d'être fortement d\u00e9çu. Et autant le dire depuis le d\u00e9but. Sinon, plus dure sera la chute si on se berce d'illusions sur les orientations r\u00e9elles du gouvernement Lula. Quelque part, ce qui ressort de la situation des derniers mois en Am\u00e9rique latine, c'est que, alors que de manière très claire, dans plusieurs pays, les gens ont vot\u00e9 sur des programmes de gauche - je pense \u00e0 Evo Morales en Bolivie, qui a eu un grand succès \u00e9lectoral mais qui n'a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9lu pr\u00e9sident. Je pense \u00e0 Lucio Gutierrez, soutenu par le mouvement indigène, PachaKutik et la CONAIE en Equateur, qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu sur un programme progressiste. Je pense \u00e0 Lula. Dans les deux derniers cas, ceux de Lula et Gutierrez, ils ont \u00e9t\u00e9 \u00e9lus pr\u00e9sidents mais ils se sont empress\u00e9s de faire des concessions aux march\u00e9s financiers et de r\u00e9aliser la continuit\u00e9 du programme n\u00e9o-lib\u00e9ral des pr\u00e9d\u00e9cesseurs qu'ils condamnaient dans leur campagne \u00e9lectorale. Et dans le cas de Gutierrez, c'est plus grave parce que lui, en plus, s'est pr\u00e9sent\u00e9 clairement comme le meilleur ami de Bush dans la r\u00e9gion et a dit que le pr\u00e9sident Colombien \u00e9tait son grand ami, tandis qu'il a affich\u00e9 clairement des distances très nettes \u00e0 l'\u00e9gard du pr\u00e9sident Chavez du Venezuela.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ECela montre que l\u00e0, il y a un enjeu important pour les mouvements sociaux : la n\u00e9cessit\u00e9 de maintenir leur ind\u00e9pendance par rapport aux gouvernements. Ce n'est pas parce que des partis qui, en principe, devraient repr\u00e9senter le programme des mouvements sociaux, arrivent au pouvoir, que les mouvements sociaux doivent mettre de l'eau dans leur vin, abandonner leur radicalit\u00e9 et passer \u00e0 l'attentisme en se disant « \u003Ci\u003Eon ne va pas mettre des bâtons dans les roues de nos amis politiques au gouvernement\u003C\/i\u003E ». Au contraire, il faut augmenter la pression sur de tels gouvernements pour qu'ils adoptent un comportement conforme \u00e0 ce qu'ils ont annonc\u00e9 et qui leur a permis de recevoir les suffrages populaires.\u003C\/p\u003E\u003Ctable\u003E\u003Ctbody\u003E\u003Ctr\u003E\u003Ctd\u003E\u003Caudio controls\u003E\u003Csource src=\"http:\/\/cadtm.org\/IMG\/mp3\/etoussaint.mp3\" type=\"audio\/mpeg\"\u003E\u003C\/audio\u003E\u003Cspan class=\"small\"\u003E\u003Ca href=\"http:\/\/cadtm.org\/IMG\/mp3\/etoussaint.mp3\" class=\"small\"\u003E\u003Cspan class=\"philum ic-chain\"\u003E\u003C\/span\u003E etoussaint.mp3\u003C\/a\u003E\u003C\/span\u003E\u003Cbr \/\u003E\n\u003Cb\u003EECOUTEZ LE TÉMOIGNAGE (16:32)\u003C\/b\u003E\u003C\/td\u003E\u003C\/tr\u003E\u003C\/tbody\u003E\u003C\/table\u003E\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"http:\/\/cadtm.org\/La-realpolitik-du-president-Lula-et-les-altermondialistes\"\u003Ecadtm.org\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E"}}