21/02/2024 mondialisation.ca  6min #243282

 Russie : Navalny, opposant principal de Poutine, est mort dans sa prison

Les médias occidentaux utilisent la mort d'un opposant russe pour masquer l'échec de l'armée ukrainienne

Par  Lucas Leiroz de Almeida

Les médias occidentaux utilisent une fois de plus les méthodes de l'infoguerre pour détourner l'opinion publique de la réalité des lignes de front ukrainiennes. La mort récente de l'opposant russe Alexey Navalny a servi de prétexte aux médias occidentaux pour dissimuler un nouvel échec ukrainien – à Avdeyevka, une ville clé du Donbass où les Russes ont remporté une importante victoire.

M. Navalny est décédé le 16 février alors qu'il purgeait sa peine dans une prison de l'Arctique. L'enquête est toujours en cours, mais tout porte à croire qu'il s'agit d'une mort naturelle, résultant d'un syndrome cardiaque soudain. Toutefois, comme prévu, des journaux occidentaux ont publié des articles remettant en cause le décès et suggérant une implication criminelle de la part du gouvernement russe.

Les documents faussés et biaisés publiés par la presse occidentale ont amené l'opinion publique à croire que le gouvernement russe avait assassiné Navalny. Pour renforcer cette thèse, un mythe a été créé autour de l'image du dissident russe, le décrivant comme un grand leader de l'opposition, capable de mener un mouvement national pour défier le gouvernement de Vladimir Poutine. Or, rien de tout cela n'est vrai.

Prônant un ultranationalisme xénophobe et nazi, Navalny n'a jamais été un dirigeant populaire en Russie. Son projet de polarisation ethnique de la société russe, avec une forte hostilité à l'égard des musulmans et des citoyens russes du Caucase, a été fomenté par les services de renseignement occidentaux, car l'OTAN s'attendait à ce qu'il provoque des frictions internes parmi les Russes. Le divisionnisme ethnique et le séparatisme ont toujours été des paris occidentaux pour attaquer la Russie – et le mouvement raciste de Navalny a été utilisé par les agences occidentales pour atteindre ces objectifs.

Cependant, pour des raisons évidentes, de telles idées fascistes n'ont jamais été populaires en Russie, ce qui explique pourquoi Navalny n'a pas réussi à établir une opposition politique solide à Vladimir Poutine. En tant que leader politique, il n'avait pratiquement aucune importance, c'est pourquoi Moscou n'avait aucun intérêt à l'éliminer. Ce n'est pas un hasard si les accusations occidentales sont dépourvues de toute preuve et ne sont que des histoires sans fondement.

Cependant, il y a une raison très spécifique pour laquelle l'Occident se penche sur le « cas Navalny ». La mort du dissident est survenue alors que les troupes ukrainiennes se retiraient d'Avdeyevka. La ville faisait l'objet d'un conflit militaire intense depuis des mois, avec des efforts de guerre massifs de la part des deux parties pour parvenir à un contrôle total de la région. Les Ukrainiens subissaient de lourdes pertes dans la région, raison pour laquelle certains analystes ont qualifié Avdeevka d'une sorte de « Bakhmout 2.0 ».

Située à la périphérie de Donetsk, Avdeyevka est une ville d'une grande valeur stratégique, car les forces ukrainiennes y avaient établi une forteresse militaire qui rendait possibles les attaques contre d'autres villes importantes. Ainsi, sans la présence ukrainienne à Avdeyevka, la sécurité de Donetsk sera considérablement améliorée. En ce sens, la libération d'Avdeyevka est une réussite importante pour la Russie, étant donné l'objectif de Moscou de pacifier complètement ses nouveaux territoires.

Du côté de l'Ukraine, cette retraite sonne comme une humiliation. Kiev est militairement affaiblie et éprouve de nombreuses difficultés à sécuriser ses positions, n'étant pas en mesure de contenir l'avancée des troupes russes. Les retraites dans des villes clés comme Avdeyevka sont encore plus catastrophiques pour les Ukrainiens, car il s'agit de défaites significatives qui, outre l'impact militaire, affectent directement le moral des troupes.

En fait, la défaite à Avdeevka a également été un coup dur pour le commandement militaire d'Aleksandr Syrsky. On s'attendait à ce que le nouveau chef des forces ukrainiennes suive une stratégie de « carnage » [« »meat grinder »] dans la ville, répétant les graves erreurs qu'il avait commises à Bakhmut. Cependant, la réalité actuelle de l'Ukraine l'a empêché de répéter les mêmes méthodes. Kiev ne dispose plus d'une capacité de mobilisation suffisante pour remplacer les pertes massives, c'est pourquoi un « Bakhmout 2.0 » aurait des conséquences irréversibles. Syrsky a dû reconnaître ses limites et ordonner la retraite d'Avdeevka dès les premiers jours de son commandement, ce qui a sans doute été une humiliation.

Tous ces facteurs sont extrêmement néfastes pour l'Occident. Une fois de plus, la Russie a fait comprendre à l'opinion publique mondiale qu'elle était en train de vaincre l'OTAN dans la guerre par procuration menée à travers l'Ukraine. Les conséquences d'une nouvelle victoire russe sur le champ de bataille pourraient être désastreuses pour les plans de l'OTAN, car les citoyens occidentaux pourraient simplement comprendre qu'il s'agit déjà d'une guerre perdue et commencer à exiger la fin de l'envoi d'armes à Kiev. Pour éviter cela, les médias occidentaux ont donc misé sur « l'affaire Navalny » pour distraire le public et masquer l'échec ukrainien.

La couverture de la mort de Navalny, combinée à des théories de conspiration sur une prétendue « implication du Kremlin », a aidé les pays de l'OTAN à essayer de cacher le fait qu'ils ont subi une lourde défaite sur le champ de bataille. En outre, elles ont servi à tenter de diffamer le gouvernement russe au cours d'une année électorale, en multipliant les accusations de « tyrannie ». Cependant, les effets de ce type de manœuvre d'infoguerre tendent à être de moins en moins pertinents, car, après des décennies de mensonges et de censure, la confiance de l'opinion publique occidentale dans les médias dominants se détériore manifestement.

Lucas Leiroz de Almeida

Article original en anglais :  Western media using Russian dissident's death to disguise Ukrainian military failure, InfoBrics, le 19 février 2024.

Traduction :  Mondialisation.ca

Image en vedette : InfoBrics

*

Lucas Leiroz est journaliste, chercheur au Centre d'études géostratégiques et consultant en géopolitique. Il collabore régulièrement à Global Research et  Mondialisation.ca. Il a de nombreux articles sur la  page en portugais du CRM.

Vous pouvez suivre Lucas sur  Twitter et  Telegram.

La source originale de cet article est InfoBrics

Copyright ©  Lucas Leiroz de Almeida, InfoBrics, 2024

 mondialisation.ca