
Les historiques - onze familles et quatre fermes - sont les plus anciens habitants de la Zad. Tous ont refusé de quitter leurs lieux de vie et de travail contre les indemnités versées par la société Aéroport du grand-ouest-Vinci (AGO). Mais fin décembre, ils ont été assignés en référé expulsion. Le concessionnaire du futur aéroport demande une astreinte financière de 200 euros par jour de retard et par dossier. « Pour les paysans, qui ont plusieurs dossiers (le logement, les bâtiments agricoles), cela peut monter à 1000 euros par jour », détaille Claude, locataire sur la Zad. L'audience devant le juge des expropriations doit avoir lieu le 13 janvier prochain, à Nantes.
Les paysans à la manœuvre
Quand ils ont su que leurs collègues étaient menacés d'expulsion, le sang des paysans n'a fait qu'un tour. Les collectifs des organisations professionnelles agricoles indignées par le projet d'aéroport (Copains) se sont rapidement mobilisés. 400 tracteurs ont été acheminés vers Nantes pour la manifestation, depuis la Loire-Atlantique mais aussi l'Ille-et-Vilaine et le Morbihan. En haut des cabines flottent des drapeaux de la Confédération paysanne et des antennes locales de la Fédération nationale des agriculteurs biologiques (Fnab). Le rassemblement prend des airs de jacquerie : des fourches arborent des panneaux et banderoles : « Non aux expulsions, la terre aux paysans ! »


« Il y a tous les âges, c'est très fédérateur, cela fait vraiment du bien »
« Les gens qui rêvent d'un autre monde ratent vraiment quelque chose en n'étant pas présents ici aujourd'hui, pense Laurence, la cinquantaine. Il y a tous les âges, c'est très fédérateur, cela fait vraiment du bien. » S'ils rêvaient d'une mobilisation massive, les organisateurs ont été surpris par son ampleur. « Nous avons organisé cette mobilisation en dix jours à peine, se réjouissent Camille et Dominique, qui vivent depuis trois ans sur la Zad. C'est incroyable de voir tout ce monde, tous ces tracteurs, tous ces vélos. » « Il y a quelques jours encore, seulement 200 tracteurs étaient annoncés », ajoute un paysan. « Nous sommes là aujourd'hui, nous serons là demain et tous les jours s'il le faut », lance Son, 26 ans, qui a fait une demi-heure de vélo depuis Nantes pour rallier le rassemblement.



Françoise, Marie-Claire et Laurence arrivent d'Angers. Elles sont membres du comité de soutien créé depuis 2012 [1]. « On organise des manifestations chez nous, et on interpelle régulièrement nos élus à propos du projet d'aéroport. Nous avons aussi accueilli la tracto-vélo qui a rallié la Cop en décembre. Et quand c'est nécessaire, nous nous déplaçons à Nantes ou sur la Zad. » « On voit que l'on n'est pas tout seuls, c'est vraiment important », a lancé Sylvain Fresneau, paysan laitier à Notre-Dame-des-Landes depuis 1984 et aujourd'hui menacé d'expulsion.
« Ne pas les laisser seuls face à la machine qui essaie de les écraser »
Les opposants au projet assurent qu'il n'y a aucune urgence à évacuer qui que ce soit. « C'est tellement vrai que Vinci continue d'accorder des baux précaires aux paysans pour la nouvelle saison. » Et pour le moment, aucun projet de permis de construire n'a encore été déposé. « En fait, en prenant les historiques à la gorge avec les astreintes financières, ils veulent appauvrir la diversité sociale de la Zad, qui en fait sa force », analysent Camille et Dominique, qui vivent sur la zone depuis trois ans. « Ils veulent nous faire partir sans que les forces de l'ordre n'interviennent », ajoute Marcel Thébault, paysan laitier sur la Zad depuis 1999. « Mais notre détermination est sans faille. On ne lâche rien », lance Sylvain Fresneau.


Hollande stoppera-t-il les expulsions ?
« Nous demandons solennellement à François Hollande d'honorer ses engagements et de faire stopper immédiatement toute procédure d'expulsion jusqu'à aboutissement de tous les recours. » En mai 2012, suite à une grève de le faim de 21 jours de certains opposants à l'aéroport, François Hollande et le premier ministre d'alors Jean-Marc Ayrault s'étaient engagés à n'expulser personne tant que les recours juridiques des opposants n'étaient pas épuisés. Les dits recours ont été rejetés en juillet dernier par le tribunal administratif de Nantes. Mais les opposants ont fait appel et estiment donc que les recours ne sont toujours pas épuisés.


Bombes lacrymos et canons à eau
Mais vers 23 h, la situation s'est tendue. Les forces de l'ordre annoncent qu'elles prévoient de passer à l'attaque. « Apre?s, nous avoir pris en tenailles sur les deux co?te?s du pe?riphe?rique, positionne?s a? quelques dizaines de me?tres de nos tracteurs, il nous a e?te? ordonne? de partir en ces termes : « Vous avez dix minutes pour vous de?cider, soit vous partez, soit vous restez et il y aura de la casse et des blesse?s des deux co?te?s », rapporte le collectif copain 44. La pre?sence des ambulances ne laisse aucun doute sur les intentions pre?de?termine?es d'une recherche de l'affrontement. »


Nolwenn Weiler
Photos : © Myriam Thiébaut
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