Des « occupant(e)s » de la zad de Notre-Dame-des-Landes publient ce lundi un appel à « défendre la zad ». C'est un texte d'urgence, face aux menaces renouvelées du pouvoir, mais aussi une tentative de donner le vrai sens de ce qui se cultive dans le bocage : l'autonomie, l'émancipation, la solidarité.
C'est un joli texte sur Notre-Dame-des-Landes qui paraît ces jours-ci aux Editions de l'Eclat, mais un texte d'urgence : alors que le pouvoir ronge son frein pour détruire la zad (zone à défendre) située sur le site du projet d'aéroport et défaire le mouvement populaire qui s'oppose, des habitant.e.s de la zad et des proches ont écrit cet « appel à défendre la zad partout, et, à travers elle, tout l'espoir contagieux qu'elle contient dans une époque aride ». Il s'agit de donner à voir et à sentir, non seulement l'énergie prête à se déployer dans la bataille qui semble de nouveau s'annoncer, mais surtout l'enjeu qui n'est pas tant la défense d'une espérance que la possibilité de la cultiver et de la multiplier.
Courte, ramassée, écrite avec une élégance héritée du mouvement situationniste, la brochure raconte le premier acte du renouveau de la lutte. Depuis des années, associations et paysans se battaient avec panache et obstination contre le rouleau compresseur ; mais ils finissaient par s'épuiser devant le mur juridique construit par les bétonneurs. A partir de 2009, des « occupant.e.s » ont commencé à s'installer dans le bocage et à redonner du souffle au combat. Ces forces nouvelles ont pu s'éprouver lors de l'opération policière « César » déclenchée en octobre 2012. Le récit relate ces semaines de bataille inflexible et souple menée par « une communauté de lutte en train de naître », réunissant les occupant.e.s - alias zadistes -, des « habitant.e.s et des paysan.e.s de la zad pour lesquels partir d'ici a toujours été inconcevable » et des militants et voisins, auquels se joignent « des paysans des quatre coins de la région » tandis que « partout en France surgissent plus de 200 comités locaux ».

Le gouvernement est bafoué. « Il est hors de question de laisser un kyste s'organiser, se mettre en place, de façon durable, avec la volonté de nuire avec des moyens parfois dangereux », menace Manuel Valls, alors ministre de l'Intérieur. « Nous mettrons tout en œuvre pour que la loi soit respectée, pour que les travaux puissent avoir lieu ». Et le 23 novembre 2012, la violence policière se déchaîne, qui fera plus de cent blessés ; mais de nouveau, occupants, habitants, voisins résistent, pendant qu'à Nantes, des dizaines de tracteurs de paysans bloquent deux ponts et deux bacs sur la Loire. Le samedi 24, dix mille personnes manifestent à Nantes. Le gouvernement plie, la police se retire.
C'est alors que commence la deuxième époque de la geste des zadistes : pendant encore cinq mois, les gendarmes resteront postés au carrefour stratégique de la zad. Avant de partir, et c'est en avril 2013 que les travaux des champs reprendront, dans l'allégresse, autour du collectif Sème ta zad.

Une nouvelle vie sociale se déploie, et l'on voit apparaître un atelier de couture, un autre de réparation de vélos, une conserverie, une brasserie, une nouvelle boulangerie, un restauroulotte, une meunerie, un espace d'écriture et d'enregistrement de rap, une salle de danse et des cours d'autodéfense.

Mais l'ambition va au-delà de la survie et de la stratégie. La zad est un lieu d'expérimentation, de renouvellement, d'invention, d'émancipation. « Il ne s'agit plus seulement d'affronter le pouvoir sous sa forme la plus visible, mais de se battre contre ce qui s'est niché au plus profond de nos êtres. Il y a toujours, en nous tous, quelque chose de ces individus séparés, engoncés dans leurs identités sociales, culturelles, politiques. La mise en échec d'un dispositif policier ne suffira jamais à détruire ce qui nous tenaille encore de consumérisme, de dépendances dévastatrices, de préjugés, de sexisme ordinaire... Comment nous délester de l'habitude lâche de vouloir tout déléguer, qui cohabite si bien avec l'ambition néfaste de vouloir tout contrôler ? Les conflits qui naissent dans le bocage, qu'ils portent sur l'usage d'un bien commun, sur un désaccord politique ou sur une agression physique, ne sont pas fondamentalement différents de ceux qui animent n'importe quel quartier ou village. Sauf qu'il n'y a plus ici d'instance supérieure et hégémonique pour arbitrer et intervenir. Nous devons alors prendre à bras-le-corps des enjeux complexes que nous nous empressons d'ordinaire de taire ou de confier à une quelconque institution spécialisée : police, justice, hôpital psychiatrique, conseil municipal, chambre d'agriculture... ».

« C'est ce foisonnement constant qui conjure la possibilité d'une prise de pouvoir. C'est ce qui rend impossible qu'une composante de la lutte ne devienne hégémonique, ou qu'un leader détienne entre ses mains la parole et le destin du mouvement. » Les occupants de la zad invoquent le précédent héroïque de la Commune de Paris, cet intervalle de quelques mois, en 1871, durant lequel le peuple de la capitale a cru pouvoir édifier une organisation libérée de l'Etat. Elle fut écrasée par les conservateurs de l'époque appuyée par les Prussiens qui avaient envahi le pays. « Les zad sont aujourd'hui comme autant de communes libres. Et nous affirmons ici que ces communes ne se laisseront plus expulser ».

Mais l'urgence, aujourd'hui, reste impérative : « Il faut défendre la zad ». Contre l'attaque toujours possible des forces du pouvoir. Mais aussi « comme possibilité historique, d'ores et déjà devenue contagieuse, qui peut s'actualiser en mille autres endroits, et de mille manières encore. »
Défendre la zad, ( Editions de l'Eclat), 48 p., 3 ?.
Livre en téléchargement : Défendre la zad.

Source : Hervé Kempf pour Reporterre
Photos :
Mauvaise troupe, sauf :
Les foins et la traite : © Philippe Graton.