Source: Reuters
L'accord sur la Syrie a provoqué de vives réactions de politiciens aux quatre coins du globe. Si l'UE et Ankara expriment l'espoir que l'accord fasse cesser la violence en Syrie, les USA et la Grande-Bretagne restent prudents, voire sceptiques.
Moscou et Washington ont annoncé qu'un accord était intervenu à Genève après plus de 13 heures de négociations entre le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et le secrétaire d'Etat américain John Kerry. Il a pour but de relancer le cessez-le-feu intervenu en février dernier mais qui n'est plus respecté. Ce nouveau cessez-le-feu entrera en vigueur le 12 septembre pour permettre aux convois humanitaires de satisfaire les besoins des civils souffrant de la violence. L'accord prévoit également des opérations militaires conjointes entre les Etats-Unis et la Russie en Syrie, à condition que le cessez-le-feu soit respecté pendant une durée de sept jours.
Damas, l'Europe et la Turquie saluent l'accord
Le gouvernement de Damas a approuvé l'accord de trêve russo-américain qui doit entrer en vigueur lundi 10 septembre entre régime et rebelles, a rapporté l'agence officielle syrienne Sana.
Elle a précisé qu'il «y aura une cessation des hostilités dans la ville d'Alep pour des raisons humanitaires».
La chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, s'est pour sa part félicité de la trêve en Syrie et a appelé l'ONU à l'action. «L'accord...est très bienvenu. Toutes les parties au conflit non liées aux organisations terroristes reconnues par le Conseil de sécurité des Nations unies doivent garantir sa mise en œuvre effective», a-t-elle déclaré.
L'envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a également salué l'accord en affirmant que cette entente fournissait «des règles claires» pour cesser les hostilités.
Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a exhorté à la mise en œuvre immédiate de la trêve. «J'appelle toutes les parties impliquées au conflit en Syrie et dans la région à respecter l'accord conclu entre Washington et Moscou et arrêter les combats lundi [le 12 septembre] au plus tard», indique son communiqué.
La Turquie qui a intensifié sa participation au conflit syrien le mois dernier en lançant une opération au sol contre les terroristes et les Kurdes qui bordent sa frontière, a soutenu l'accord en le qualifiant d'initiative satisfaisante. Ankara a souligné «l'importance que les affrontements se terminent dans toute la Syrie, mais en premier lieu à Alep et qu'une aide humanitaire soit fournie». Le ministère turc des Affaires étrangères a aussi exprimé sa bonne volonté de participer au règlement du conflit.
La France a qualifié cet accord russo-américain de «crucial». Selon Jean-Marc Ayrault, il doit ouvrir «la voie à un règlement politique» sous condition :«Les bombardements aériens et les attaques contre les civils doivent cesser, l'accès humanitaire doit être assuré au bénéfice de toutes les populations assiégées et le martyre d'Alep doit cesser». La ville d'Alep est le théâtre de combats entre de nombreuses parties impliquées dans la guerre syrienne depuis plusieurs dernier mois.
En parallèle, «la France poursuit ses consultations au Conseil de sécurité afin que l'utilisation intolérable d'armes chimiques...soit condamnée et sanctionnée», lit-on dans un communiqué du ministre français des affaires étrangères.
D'autres pays européens, tels que la Suède et la Norvège, ont aussi salué l'accord.
Scepticisme voilé de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis
Mais pas tous les pays ne se sont pas aussi optimistes. Ainsi, le soutien du Royaume-Uni s'est manifesté de manière ambiguë. Le chef de la diplomatie britannique Boris Johnson a d'un côté salué l'accord tout en dénonçant de l'autre le gouvernement syrien. «Il est vital que le régime de Damas s'acquitte de ses obligations, et j'appelle la Russie à utiliser toute son influence d'assurer que cela se produise. Cela sera jugé seulement par leurs actions», indique son communiqué.
Le Pentagone a, pour sa part, exprimé un scepticisme à peine voilé concernant la conclusion de cet accord et a déclaré qu'il n'entamerait pas la coopération promise avec la Russie avant que Damas ne respecte pleinement le cessez-le-feu. «Ces engagements doivent être pleinement remplis avant que toute coopération militaire se produise. Nous surveillerons de près la mise en œuvre de l'accord dans les jours à venir», a indiqué le porte-parole du Pentagone, Peter Cook.
10 sept. 2016
RT: francais.rt.com
Syrie : la mauvaise fois des USA sans limites
Par Mikhail Gamandiy-Egorov, 8 sept. 2016
La mauvaise foi des élites étasuniennes ne date pas d'hier et cela n'est une nouveauté pour personne. Mais dans le cas concret de la Syrie, la politique criminelle des USA atteint effectivement le comble.
Après avoir fait des « appels » frôlant l'indécence pure et simple en demandant à la Russie durant le Sommet du G20 en Chine des « concessions » en Syrie, les élites US ont lancé désormais ce qu'ils nomment les « dernières propositions » et qui se résument à trois points principaux :
cessation totale des hostilités en Syrie et notamment à Alep,
interdiction de survol pour les forces aériennes syriennes du territoire syrien (!)
et troisième point, qui peut-on dire serait le résultat des deux précédents : campagne aérienne commune russo-étasunienne.
Maintenant répondons-y point par point.
Cessation totale des hostilités et surtout à Alep, là où on assiste au tournant décisif de la guerre dans laquelle a été plongée la Syrie il y a plus de cinq ans ? Pour quelle raison ? Laisser souffler les terroristes et leur permettre de reprendre du terrain ? Inacceptable.
Second point : interdiction pour les forces aériennes de Syrie de survoler leur propre territoire au moment de la phase cruciale dans la lutte antiterroriste ? Les USA se moquent de qui ?
Et dernier point : opération aérienne commune ? Pour faire quoi ? Après que la Russie ait proposé nombre de fois de coordonner la lutte antiterroriste à tous les intéressés et d'en faire la priorité, les USA n'ont fait que jouer les sourds.
Et maintenant ils proposent une coordination ? Ridicule.
Sans oublier que l'opération antiterroriste russe, commencée il y a un tout petit moins d'un an (pour rappel à la demande officielle du gouvernement syrien, à l'énorme différence des USA) a donné incomparablement plus de résultat que ladite « opération » de la coalition US (on se demande d'ailleurs si il y avait « opération »). En passant dernier exemple en date : le numéro deux de Daech, Abou Mohammed al-Adnani, qui a été éliminé près d'Alep, par une frappe russe.
La réalité est pourtant simple. Les USA qui voient parfaitement que les groupes terroristes sur lesquels ils comptaient arriver à leur fin et dans lesquels d'énormes sommes ont été investis, notamment de la part des régimes saoudien et qatari, qui sont au plus mal depuis les dernières années et à bout de souffle, ont beaucoup de mal à accepter de reconnaitre leur défaite pure et simple. Et essaient donc par tous les moyens de gagner du temps et retarder la victoire finale de la Syrie et de ses alliés sur le terrorisme.
Maintenant parlons perspectives. Mis à part l'absence totale de morale dans cette politique étasunienne (et c'est bien loin d'être nouveau), et qui a clairement et une fois de plus montré son vrai visage et ses véritables intérêts (qui sont tout sauf de lutter contre le terrorisme), les Etats-Unis ne savent plus vraiment comment pouvoir sortir la tête de l'eau, ou en d'autres termes du chaos syrien auquel ils ont énormément contribué. En effet, créer et développer le chaos à différents endroits du monde, les USA en sont les champions absolus. Mais résoudre l'équation de sortie de ce même chaos, cela ne rentre aucunement dans la compétence des élites US.
Pourtant l'offre qui leur a été faite par la Russie aurait permis de sortir de ce bourbier avec ne serait-ce qu'un minimum de dignité (même si dans le cas US cette notion est très difficilement collable). A savoir s'associer officiellement et réellement à la lutte antiterroriste et ainsi pouvoir ne serait-ce qu'au minimum prétendre avoir contribué au succès final (bien que vraiment au minimum) dans le combat contre le terrorisme. Certes, il leur aurait fallu oublier le plan de faire tomber les autorités légitimes de Syrie une bonne fois pour toute. Avoir accepté cette éventualité aurait effectivement permis aux USA de sortir pas totalement humiliés. Mais c'est trop dur à faire pour les élites étasuniennes due à leur obstination d'imposer leur volonté partout dans le monde et le complexe de supériorité développé depuis la « fin » de la guerre froide. Résultat de quoi, les USA tentent de s'accrocher encore au scénario qu'ils avaient écrit et dessiné pour la Syrie et qui désormais s'éloigne de plus en plus.
Le gouvernement syrien est au plus fort, grâce à la résistance du peuple syrien, de son armée et bien sûr à l'aide de ses alliés russe, iranien, du Hezbollah libanais, et aussi de la Chine qui dernièrement d'un soutien très majoritairement diplomatique, commence à prendre position sur d'autres domaines, y compris militaire (un accord a d'ailleurs été signé récemment entre Pékin et Damas sur la formation des militaires syriens en Chine). Les terroristes, eux, sont au plus bas. De leur propre aveu. Les élites occidentales et golfistes ne sont donc simplement pas en mesure de lancer « des propositions de dernière chance » à qui que ce soit, et encore moins à la Russie. La dernière chance au contraire serait pour eux d'accepter tout simplement le nouveau monde, et ce nouveau monde commence par la Syrie. Difficile oui on sait bien. Mais il le faut. Reste bien sûr une autre option pour les USA & consorts. Entrer en guerre directe en Syrie aux côtés des groupes terroristes pour tenter de les sauver. Mais si cela se passait, leur masque tomberait définitivement pas seulement aux yeux d'une très large partie de l'humanité, mais aussi aux yeux de leurs propres citoyens, pour certains pas encore convaincus.
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