07/10/2016 arretsurinfo.ch  6min #119359

 Washington vient de déclarer la guerre à la Russie.

Syrie : Sommes-nous proches d'une guerre avec la Russie ?

 Par Eric Margolis

« OK les Russes ! Finie la gentille diplomatie américaine ! Terminé les braves types ! » C'est ce qu'a tonné la semaine dernière le secrétaire d'État américain John Kerry.

Lui lançant la réplique au vol, et toujours au bord de la crise de nerfs, Samantha Power, l'ambassadrice américaine aux Nations Unies, a explosé (au figuré) les Russes, en qualifiant de « barbare » leur campagne de bombardements en Syrie. Elle n'a pas mentionné le fait que les États-Unis utilisent des bombardiers lourds B-52 et B-1 et des drones meurtriers en Afghanistan. Les médias caniches américains et britanniques se sont empressés de diffuser des images atroces de bébés syriens, alors qu'ils n'ont jamais montré le moindre enfant afghan blessé !

Le noble lauréat du Prix Nobel de la Paix, Barack Obama, s'est contenté de prendre la tangente et de laisser ses sous-fifres se débrouiller avec le djihad anti-russe en plein essor à Washington. Il a pris l'avion pour Israël, où il devait assister aux funérailles nationales de Shimon Peres, désormais sanctifié par les médias comme « l'homme de paix» Israélien, alors qu'en fait, Peres a été le père du programme d'armement nucléaire d'Israël.

C'est aussi sous les auspices de Peres qu'Israël a secrètement offert ses ogives nucléaires et ses missiles balistiques Jericho au gouvernement d'apartheid de l'Afrique du Sud, assiégé par la résistance. C'est d'autant plus ironique de voir Israël insister sur le danger, pour la planète, de laisser l'Iran faire proliférer ce genre d'armes, alors que l'Iran n'en possède pas.

À Washington, plus personne ne s'occupe du canard boiteux Obama, et tout le monde tire la couverture à soi. Récemment, le Pentagone, qui n'en visiblement plus rien à fiche d'Obama, a plus que probablement saboté le plan américano-russe qui aurait dû mettre fin à la sanglante guerre civile de Syrie, en bombardant un camp de l'Armée syrienne, et en tuant près d'une centaine de soldats syriens. « Oh, désolés, c'était une erreur ! », a expliqué le Pentagone.

De nouveaux avions de combat russes sont en route vers la Syrie Chose qui ne présage non plus rien de bon, Moscou vient de mettre en garde les États-Unis contre toute velléité d'attaque des forces militaires russes. Les partisans de Hillary Clinton ne cessent de pousser à l'instauration d'une « zone d'exclusion aérienne » en Syrie, imposée bien sûr par les USA, qui signifierait en clair l'interdiction de vol des avions de combat russes et syriens et la prise de contrôle des systèmes syriens de défense anti aérienne. Autrement dit la porte grande ouverte à une troisième guerre mondiale.

Cette intensification de l'agressivité s'explique en partie par le fait que les troupes gouvernementales syriennes avec l'appui de la puissance aérienne russe, sont en train de faire des progrès sanglants mais considérables dans leur reprise des quartiers d'Alep encore tenus par les rebelles.

Simultanément, la Turquie est en train de réduire l'aide qu'elle apporte depuis cinq ans aux rebelles syriens, y compris au front Al-Nosra, allié d'Al Qaïda (depuis peu rebaptisé Jabhat Fateh al-Sha). L'Arabie Saoudite et les émirats du Golfe qui subventionnent la plus grande partie de la guerre civile, paraissent avoir des difficultés de trésorerie. Toutes les parties, dans ce sinistre conflit qui maintenant dure depuis cinq ans, sont épuisées et en ont marre de la guerre. Ce qui fut l'adorable Syrie est en ruines. Pour les insurgés sunnites extrémistes, le seul espoir réside dans une franche intervention militaire américaine. Ils attendent la va-t-en guerre Clinton comme le Messie.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergei Lavrov, a accusé cette semaine les États-Unis de protéger al-Nosra, qui, d'après lui, est leur « plan B » pour la Syrie. Il a également affirmé être sûr que les États-Unis installeront Al-Nosra à Damas si le gouvernement Assad tombe. Mais la majorité du peuple syrien et toutes ses minorités refuseraient farouchement d'être gouvernés par des islamistes fanatiques wahhabites.

L'auteur de ces lignes croit que les États-Unis aident Daech depuis longtemps et le considèrent encore comme une arme puissante à utiliser contre le gouvernement Assad. Pourquoi, sinon, aurait-il fallu tant de temps aux États-Unis et à leurs fantassins arabes et kurdes, pour se mettre à attaquer les places fortes de Daech à Raqqa et à Mossoul, qui se trouvent, je le sais, à faible distance en taxi ? Daech n'est qu'une bande disparate d'une vingtaine de Rambo amateurs, pas la Wehrmacht.

Une réponse possible est que Washington l'impériale ne sait absolument pas qui soutenir ni comment s'y prendre pour le faire. L'embrouillamini effarant de Sunnites, de Chiites, de Kurdes, d'Arabes, de Yasidis, de différentes sortes de Chrétiens, de sauvages de Daech, aux prises avec les États-Unis, Israël, la Turquie, la Russie, la France, la Grande-Bretagne, le Liban, la Jordanie et les états pétroliers, c'est juste un peu trop pour les politiques inéduqués, quand ce n'est pas carrément bornés, de Washington.
L'auteur de ces lignes croit depuis longtemps que certains éléments, à Washington, ont activement participé à la création de Daech, dans l'idée d'en faire un puissant outil contre les régimes pas assez obéissants du Moyen Orient, notamment la Syrie et la Libye. Israël qui chuchote beaucoup à l'oreille de Washington, a fait le même calcul en encourageant l'essor du Hezbollah et du Hamas, dans l'idée qu'ils s'opposeraient à l'Organisation de Libération de la Palestine. Ce sont eux, aujourd'hui, les ennemis les plus déterminés d'Israël, et non pas les régimes corrompus qui gouvernent le monde arabe.
La brillante idée de renverser le gouvernement syrien légitime remonte au Père de tous les Désastres, George W. Bush. C'est lui qui, de concert avec Israël, a projeté l'attaque de la Syrie. Son plan a reçu du plomb dans l'aile quand il s'est avéré impossible de mettre la main sur le moindre groupe d'opposition crédible à installer au pouvoir. L'opposition sunnite était essentiellement représentée par les Frères Musulmans, dont le simple nom effrayait Washington. C'est pourquoi on a attendu jusqu'en 2011 pour essayer d'imposer un « changement de régime » à la désobéissante Syrie.

Eric Margolis | 2 octobre 2016

Article original:  ericmargolis.com

Traduit par Sylvie Jolivet pour  Arrêt sur Info

Source:  arretsurinfo.ch

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