1 - Socrate et la démocratie
Vous n'appartiendriez pas à la génération du courage si vous n'étiez également celle de la hauteur. L'élévation n'est rien si sa vaillance triomphe seulement d'abaisser l'erreur. Il n'est d'orgueil que dans la lumière. Aujourd'hui, je vous demande d'apprendre votre soleil au milieu des récifs de l'histoire.
Ce n'est pas pour le motif que la démocratie est le moins catastrophique des régimes politiques, comme le disait Winston Churchill, qu'il deviendrait digne de l'audace de vos sacrilèges de négliger le diagnostic des désastres auxquels ce mode de gouvernement peut entraîner les nations. Les gouffres dans lesquels le suffrage universel précipite quelquefois les peuples sont connus. Le plus suicidaire est le retard des foules à prendre les armes contre les tyrannies. Mais le vote populaire mérite d'autres reproches encore que celui de sa paresse à croiser le fer avec les despotes. Le chef d'accusation le plus grave à lui signifier est d'avoir inventé un césarisme inconnu des Anciens et dont les vices paraissent connaturels aux libertés mêmes que les Républiques se disent attachées à défendre. Vous citerez donc l'opinion majoritaire à la barre de votre tribunal et vous prononcerez le réquisitoire actuel de la pensée, celui de Socrate l'iconoclaste,qui accusait le peuple d'Athènes de conduire la civilisation grecque au naufrage parallèle de la souveraineté de la cité et de la raison des philosophes.