Nord Stream 2 : coup de froid entre Paris et Berlin

12-06-2019 les-crises.fr 9 min #157697
Notez bien, car ce n'est jamais dit clairement, que l'idée est simplement d'avoir une liaison directe avec notre fournisseur...

Source :  Le Figaro, Nicolas Barotte

INFOGRAPHIE - Présenté comme un projet «économique» par l'Allemagne, Nord Stream 2 est de plus en plus critiqué en Europe, particulièrement en France, pour ses conséquences géopolitiques.

De notre correspondant à Berlin

Un vent de malaise, puis un compromis. La France et l'Allemagne ne sont pas passées loin de la crise, vendredi, alors que Paris s'est dissocié de son alliée  dans le dossier Nord Stream 2. Pour Berlin, de plus en plus isolé dans son soutien au projet de gazoduc, c'est un coup de semonce. Interrogée vendredi, la chancelière Angela Merkel a préféré éluder et se féliciter qu'un accord ait été finalement trouvé: «Je vois très souvent le président français, il y a une étroite coopération sur tous les sujets européens», a-t-elle commenté, comme on rappelle pour s'en convaincre ce qui devrait être une évidence.

La veille, Paris avait surpris en confirmant son intention de voter une directive européenne sur l'approvisionnement en gaz contestée par l'Allemagne. Ce texte risquait de mettre à mal le projet Nord Stream 2. Pour éviter d'accroître la dépendance de l'Union européenne envers la Russie, et son bras armé Gazprom, la commission proposait en effet de poser des conditions aux entreprises chargées de l'approvisionnement énergétique en obligeant à distinguer le fournisseur et le producteur. En clair, Gazprom n'aurait plus été en mesure de contrôler intégralement le pipeline. Nord Stream 2, dont le terminal aboutit en Allemagne, n'aurait plus été économiquement aussi rentable. Les opposants à Nord Stream 2, notamment les pays de l'Est de l'Europe, s'étaient réjouis du ralliement de la France, qui auparavant s'était montrée discrète et alignée derrière Berlin.

«L'Allemagne comptait bloquer cette directive mais elle a beaucoup évolué. Elle a compris qu'elle n'avait pas une minorité de blocage et que la directive aurait été adoptée sans elle», a-t-on commenté à Paris. Présenté comme un projet «économique» par l'Allemagne, Nord Stream 2 est en effet de plus en plus critiqué en Europe pour ses conséquences géopolitiques. Décidés à contrer l'influence russe, les États-Unis ont même menacé de sanctions les entreprises qui y participent.

Après 24 heures de froid, le compromis élaboré entre la France et l'Allemagne prévoit que la gestion d'un pipeline construit à partir d'un pays tiers sera confiée au pays d'arrivée, en l'occurrence l'Allemagne. Celle-ci, et au travers d'elle l'Europe, sera en mesure de mieux «contrôler» l'infrastructure et d'imposer à la Russie des garanties: l'Europe veut éviter que l'Ukraine notamment soit victime de Nord Stream 2 en perdant ses ressources économiques liées au transit du gaz sur son territoire. Angela Merkel s'était prononcée en faveur de telles garanties sans se donner les moyens de pression nécessaires sur la Russie.

À Paris, on s'est réjoui que Berlin ait évolué. Pour Angela Merkel, qui amende sa position depuis plusieurs mois, c'est tout de même un revers et le signe d'une perte d'influence. Pour apaiser les tensions avec Washington, l'Allemagne a aussi promis l'ouverture d'un terminal de gaz liquéfié, qui permettra aux États-Unis d'augmenter ses propres exportations énergétiques.

Deux semaines après les déclarations d'amitié franco-allemande lors de la signature du Traité d'Aix-la-Chapelle, le tandem semble déjà grippé. Tout un symbole: le chef de l'État Emmanuel Macron vient aussi d'annuler sa participation à la Conférence sur la Sécurité de Munich, le week-end prochain, où il devait retrouver la chancelière Angela Merkel. Ils auraient pu y exposer leurs vues communes sur les enjeux internationaux. Mais le président de la République a préféré se concentrer sur ses obligations nationales et la crise des gilets jaunes.

Source :  Le Figaro, Nicolas Barotte, 08-02-2019


Le projet de gazoduc Nord Stream 2, signe de l'étiolement de la relation franco-allemande ?

Source :  Libération, Johanna Luyssen, 08-02-2019

Les Vingt-Huit viennent de difficilement se mettre d'accord sur la marche à suivre dans le chantier controversé du pipeline Nord Stream 2, qui prévoit d'acheminer 55 milliards de mètres cubes de gaz russe par an vers l'Europe via la mer Baltique.

Plus les mois passent, plus le projet de gazoduc Nord Stream 2,  surnommé «le pipeline de Poutine» par le tabloïd Bild, devient embarrassant pour l'Allemagne.  Ce pipeline, dont la construction devrait s'achever à la fin de l'année, doit acheminer 55 milliards de mètres cubes de gaz russe par an vers l'Europe via la mer Baltique, en traversant les eaux territoriales de cinq pays : la Russie, la Finlande, la Suède, le Danemark et l'Allemagne. Le projet associe Gazprom à plusieurs entreprises européennes : Shell, OMV en Autriche, Wintershall et Uniper en Allemagne, et Engie en France.

En modifiant radicalement le tracé de la «route du gaz» entre la Russie et l'Europe, Nord Stream 2 devrait donc - et c'est bien là le cœur de la controverse actuelle - rendre le continent européen particulièrement dépendant de la Russie d'un point de vue énergétique. Et priver l'Ukraine, mais aussi la Pologne ou la Slovaquie de substantiels droits de transit. Dans le cas de l'Ukraine, les conséquences politiques d'un tel assèchement financier ( estimé à 3 % de son PIB), devraient être conséquentes.

Directive européenne

Pour toutes ces raisons, le projet suscite des réserves, notamment à la Commission européenne. L'institution craint...

Suite à lire sur :  Libération, Johanna Luyssen, 08-02-2019

P.S. voici un article en lien avec "la sécurité énergétique" de l'UE :

Voir aussi :  Ukraine 'may cut Russia energy for Europe'

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