Les raids de Trump et la puanteur du fascisme

13-07-2019 wsws.org 7 min #159089

Par Eric London
13 juillet 2019

Samedi soir, les sans-papiers de toute l'Amérique diront bonne nuit à leurs conjoints, parents et enfants, craignant que ce soit la dernière fois qu'ils pourront le faire. Dès dimanche, l'Administration de Trump prévoit de lancer les plus grands raids anti-immigrés de l'histoire des États-Unis, ciblant 2000 familles à arrêter et à expulser dans 10 des villes les plus peuplées du pays.

Pour la première fois depuis un siècle, le gouvernement américain mènera une opération de type militaire contre son propre peuple à l'échelle nationale. Des scènes qui rappellent l'Allemagne de 1938 ou le Chili de 1973 se dérouleront dans les rues des villes ciblées: Los Angeles, Chicago, New York, Houston, Baltimore, Miami, Denver, San Francisco, Atlanta, et New Orleans.

Des milliers de policiers armés, soutenus par des véhicules blindés, des drones et des hélicoptères, se précipiteront dans les quartiers populaires, défonçant les portes et arrachant les gens à leurs maisons et aux rues.

Les raids cibleront ostensiblement les immigrants qui font l'objet d'«ordonnances finales de renvoi», y compris ceux qui n'ont jamais été avisés qu'ils étaient en procédure d'expulsion. Toutefois, le gouvernement s'est vanté de cibler toute personne aux adresses qu'il avait choisies. Comme l'a écrit le New York Times hier:

Les services de l'immigration et des douanes (ICE) mèneront les raides pendant plusieurs jours, comprennant des déportations «collatérales», selon les responsables, qui ont parlé sous couvert d'anonymat en raison de la phase préliminaire de l'opération. Dans ces déportations, les autorités peuvent détenir des immigrants qui se trouvent sur les lieux, même s'ils ne sont pas la cible des raids.

On attachera les victimes avec des menottes en plastique et on les emmènera dans des fourgonnettes de l'ICE, où elles pourront apercevoir leurs êtres chers pour les derniers instants. Le gouvernement transportera les détenus vers un réseau de camps de concentration situés dans des régions isolées du pays, où leurs familles ne pourront pas leur rendre visite ou auraient peur de le faire. Une fois enfermés, ils seront à la merci des fascistes qui gardent les camps, où les conditions sont pires que sous l'internement des Japonais d'Amérique pendant la Seconde Guerre mondiale.

Si un pays étranger visé par l'impérialisme américain menait de telles opérations criminelles (Iran, Venezuela, Syrie, etc.), l'ensemble de l'establishment politique américain exigerait une intervention militaire.

Au lieu de cela, le Parti démocrate s'adapte aux plans de Trump. La Présidente démocrate de la Chambre, Nancy Pelosi, a donné une conférence de presse hier. Elle a exhorté Trump à considérer une proposition démocrate qui vise à limiter le droit des réfugiés à demander l'asile lorsqu'ils sont physiquement présents aux États-Unis. Pelosi a dit qu'elle pensait que Trump trouverait un projet de loi parrainé par la Démocrate californienne Zoe Lofgren «attirant».

En effet, il le trouvera bien attirant... Selon un communiqué de presse du bureau de Lofgren, la Loi sur le Triangle du Nord et la stabilisation des frontières «établirait des Centres de traitement désignés dans toute l'Amérique centrale. Ces centres enregistreraient et traiteraient les demandes de réinstallation des réfugiés aux États-Unis ou ailleurs». Ce système impose que les immigrants restent dans leur pays d'origine pour demander l'asile. Aujourd'hui, s'ils arrivent à entrer aux États-Unis, ils ont droit à une procédure régulière. Cette proposition Démocrate équivaut à une répudiation ouverte du droit d'asile international, en vertu duquel un individu a le droit d'entrer dans un pays étranger sûr pour échapper aux persécutions.

Le plan Démocrate prévoit la création de «personnel supplémentaire dans les installations [des douanes et de la protection des frontières]» et «l'élargissement de l'autorité des services chargés de l'application de la loi» pour surveiller la frontière.»

Le texte du projet de loi démocrate appelle également à une «campagne d'information sur les dangers de la migration irrégulière» en Amérique centrale. En d'autres termes, les démocrates ont l'intention de diffuser des publicités en El Salvador, au Honduras et au Guatemala afin de faire peur aux réfugiés désespérés. Les démocrates veulent les empêcher de venir aux États-Unis, en raison des dangers de demander asile. Un siècle de guerre et d'exploitation impérialiste américaine a dévasté tous ces pays d'Amérique centrale.

Ceux qui veulent défendre les immigrés doivent dresser un bilan de la responsabilité du Parti démocrate dans l'attaque contre les travailleurs nés à l'étranger. Le Parti démocrate a soutenu toutes les principales lois anti-immigrés dans les années 1990 et 2000. Obama a déporté trois millions de personnes au cours de ses deux mandats, soit plus que la population totale de la ville de Chicago!

Des démocrates de «gauche» comme Alexandria Ocasio-Cortez et Rashida Tlaib se sont inclinés devant les dirigeants démocrates et ont facilité les provocations anti-immigrés de Trump. En juin, Ocasio-Cortez a laissé tomber son opposition catégorique à l'octroi de 5 milliards de dollars supplémentaires pour financer la Gestapo anti-immigrés de Trump après une réunion de trois heures avec Pelosi au Capitole. Elle et Tlaib ont ensuite voté «oui» pour que le projet de loi de crédits parvienne à la Chambre pour un vote complet.

Ce n'est que plus tard, après que Pelosi eut obtenu les votes pour l'adoption du projet de loi, qu'Ocasio-Cortez et Tlaib ont pu voter «non» pour sauver la face. Trump va maintenant encaisser le chèque que les démocrates lui ont donné pour financer les raids de ce week-end.

Tandis que les démocrates s'accommodent de Trump et facilitent ses agissements dictatoriaux, la colère monte au sein de la population américaine et internationale. Des centaines de millions de personnes dans le monde sont choquées, écœurées et scandalisées par la construction de camps de concentration en Amérique. Elles sont aussi choquées ainsi que par les informations qui font état de mauvais traitements infligés à des enfants détenus et les photos d'immigrants noyés dans le Rio Grande.

Plusieurs milliers d'Américains participeront aujourd'hui à des manifestations dans tout le pays pour exprimer leur détermination à empêcher que les pires crimes du XXe siècle ne se reproduisent sur le sol américain au XXIe siècle.

La tâche principale est de mobiliser l'opposition de la classe ouvrière à l'attaque contre les immigrés et les droits démocratiques dans leur ensemble. Tous les travailleurs, quel que soit leur statut du point de vue de l'immigration, seront la cible des types de mesures policières étatiques mises à l'essai contre les immigrants. La discussion sur la stratégie pour s'opposer à l'attaque doit commencer, y compris l'organisation de comités de défense des immigrants.

Dans les années 1850, après l'adoption de la Loi sur les esclaves fugitifs dans le cadre du compromis de 1850, les résidents du Nord ont réussi à mobiliser des masses de gens. Ce qui a permis d'empêcher les chasseurs d'esclaves dans le Nord de capturer des noirs et les vendre en esclavage dans le Sud. En 1851, une foule de 2500 personnes a physiquement empêché la capture de l'esclave évadé William «Jerry» Henry à Syracuse, New York. En 1854, 5.000 personnes ont sauvé l'esclave Joshua Glover d'une prison de Milwaukee, au Wisconsin, et l'ont aidé à s'échapper au Canada.

Les horreurs de la Loi sur les esclaves fugitifs ont amené des millions de personnes à conclure qu'il fallait mettre fin à des décennies de compromis pourries. Elles s'orientaient vers le renversement de l'odieux système esclavagiste par une action révolutionnaire de masse.

Aujourd'hui, les crimes de l'Administration Trump et la complicité des démocrates doivent conduire à la même conclusion. La défense des immigrés exige l'abolition du système capitaliste, l'ouverture des frontières et la garantie du droit de voyager dans le monde, de vivre et de travailler dans le pays de son choix sans crainte d'être arrêté ou expulsé.

(Article paru d'abord en anglais le 12 juillet 2019)

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